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Genèse 41
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Genèse 41

Les songes de Pharaon et l’élévation de Joseph
1 Et il arriva, après deux ans entiers, que Pharaon eut un songe. Voici il se tenait près du fleuve ;
Versets 1 à 7 - Double songe de Pharaon

Nous trouvons dans tout ce récit de nombreux indices qui prouvent avec quelle exactitude les idées et les mœurs égyptiennes sont reproduites jusque dans les détails.

Fleuve : dans le texte, jéor. Ce mot n’est point hébreu, mais égyptien ; en copte, jéro ; on l’a retrouvé dans les inscriptions sous la forme de aur.

2 et voici que du fleuve montaient sept vaches belles à voir et fort grasses, et elles se mirent à paître dans la prairie.

Sept vaches. Ce songe a une couleur tout égyptienne. On peut voir encore chaque jour dans ce pays des vaches se baigner dans le fleuve. les sept vaches sont représentées chaque fois sortant du Nil, parce que les crues variables de ce fleuve étaient la cause de la plus ou moins grande fertilité du sol égyptien. Peut-être la vache est-elle choisie comme emblème, parce qu’elle était l’animal consacré à Isis, qui représentait la terre fertilisée.

Dans la prairie : en hébreu, le achou, proprement la verdure du rivage. Ce mot égyptien désignait les joncs et autres plantes de marais qui croissent sur le bord du fleuve.

3 Et voici sept autres vaches montaient du fleuve après elles, laides à voir et fort maigres, et elles vinrent se placer à côté des vaches qui étaient sur le bord du fleuve.

Le bord, littéralement la lèvre du fleuve, tournure absolument égyptienne, qu’on retrouve encore aujourd’hui dans la langue copte.

4 Et les vaches laides et maigres dévorèrent les sept vaches belles et grasses. Et Pharaon s’éveilla.

Dévorèrent les sept vaches…  : au lieu de paître l’herbe de la prairie.

5 Et il se rendormit et songea une seconde fois. Et voici sept épis montaient d’une même tige, gras et beaux.

Le même fait présenté sous une autre forme. Cette répétition montre qu’il s’agit de quelque chose d’important. Comparez verset 32.

Sept épis. Cette image est encore plus voisine de la réalité.

6 Et voici sept épis maigres et brûlés par le vent d’orient germaient après ceux-là.

Vent d’orient : plus spécialement du sud-est, direction qui ne peut être indiquée en hébreu ; en Égypte, c’est de ce côté-là que souffle le vent brûlant appelé chamsin.

7 Et les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins. Et Pharaon s’éveilla ; et voici c’était un songe.

Voici c’était un songe. La chose s’était présentée d’une manière si vivante à son esprit, qu’il l’avait crue vraie.

8 Et au matin, étant frappé dans son esprit, il envoya appeler tous les scribes et tous les sages d’Égypte. Et Pharaon leur raconta son songe ; et pas un ne l’interpréta à Pharaon.
Versets 8 à 16 - Joseph appelé comme interprète

Les scribes et les sages faisaient partie du corps sacerdotal égyptien. Ils écrivaient les hiéroglyphes ; aussi les voit-on représentés portant avec eux le matériel nécessaire ; ils étaient chargés des observations astronomiques et du cadastre, si important en Égypte pour rétablir les limites des domaines après les inondations. Ils exerçaient en même temps l’astrologie et la magie, annonçaient l’avenir et interprétaient les songes. Le roi en avait toujours un certain nombre dans son conseil ; dans des cas extraordinaires comme celui-ci, on convoquait en outre ceux des grands collèges de prêtres de l’Égypte.

Son songe : les deux songes en étaient un seul par leur signification.

L’interpréta : en hébreu, les interpréta.

9 Et le chef des échansons parla à Pharaon disant : Je vais rappeler aujourd’hui mes fautes.

Mes fautes : celles qui lui avaient attiré son emprisonnement.

10 Pharaon s’était irrité contre ses, serviteurs et m’avait mis en prison dans la maison du chef des gardes, moi et le chef des panetiers. 11 Et nous eûmes un songe dans une même nuit, moi et lui ; nous eûmes chacun un songe ayant sa propre signification. 12 Et il y avait là avec nous un jeune homme hébreu, serviteur du chef des gardes, et nous lui racontâmes nos songes, et il nous en donna l’interprétation ; il donna à chacun l’interprétation de son songe. 13 Et il arriva que les choses se passèrent comme il avait interprété ; moi, on me rétablit dans mon poste, et lui, on le pendit. 14 Et Pharaon envoya appeler Joseph, et on le fit sortir en hâte de la fosse. On le rasa, on lui mit d’autres habits, et il vint vers Pharaon.

La fosse. Voir Genèse 40.15, note.

On le rasa, Pour être pur, il fallait être complètement rasé ; on ne laissait croître la barbe et les cheveux qu’en signe de deuil. C’était le contraire chez les Israélites. Ce trait est donc parfaitement égyptien. Il est vrai que l’on trouve souvent sur les momies de petites barbes et des chevelures abondantes, mais ces insignes étaient postiches.

Mit d’autres habits. Cela aussi faisait partie des rites de la purification. On lui donna probablement des vêtements de lin.

15 Et Pharaon dit à Joseph : J’ai eu un songe et il n’y a personne qui l’interprète. Et j’ai entendu dire de toi que, quand tu entends, un songe, tu l’interprètes. 16 Et Joseph répondit à Pharaon en disant : Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui donnera la réponse favorable à Pharaon. 17 Et Pharaon dit à Joseph : Dans mon songe, voici je me tenais sur le bord du fleuve.
Versets 17 à 36 - Joseph interprète les songes
18 Et voici que du fleuve montaient sept vaches grasses et de belle apparence, et elles se mirent à paître dans la prairie. 19 Et voici sept autres vaches montaient après elles, chétives, de très laide apparence et fort maigres ; je n’en ai point vu de pareilles en laideur dans tout le pays d’Égypte. 20 Et les vaches chétives et laides dévorèrent les sept premières, les vaches grasses ; 21 et elles entrèrent dans leur ventre sans qu’il parût qu’elles y fussent entrées : elles étaient aussi laides à voir qu’auparavant. Et je m’éveillai. 22 Et je vis en songeant, et voici sept épis montaient sur une même tige, pleins et beaux. 23 Et voici sept épis stériles, maigres et brûlés par le vent d’orient, germaient après ceux-là. 24 Et les épis maigres engloutirent les sept beaux épis. J’ai raconté cela aux scribes, et aucun ne me l’explique. 25 Et Joseph dit à Pharaon : Ce que Pharaon a songé, est un seul songe. Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu’il va faire. 26 Les sept belles vaches sont sept années ; et les sept beaux épis sont sept années ; c’est un seul et même songe. 27 Et les sept vaches chétives et laides qui montaient après elles sont sept années ; et les sept épis vides, brûlés par le vent d’orient, seront sept années de famine. 28 C’est ce que j’ai dit à Pharaon : Dieu a fait voir à Pharaon ce qu’il va faire. 29 Voici il va venir sept années de grande abondance dans tout le pays d’Égypte. 30 Et sept années de famine leur succéderont, et toute cette abondance sera oubliée au pays d’Égypte, et la famine consumera le pays.

Sept années de famine. On a supposé que ce chiffre sept était symbolique, car, dit-on, sept années successives de famine sont quelque chose de contraire aux lois de la nature. Mais ce fait n’est pas sans analogie en Égypte ; Ovide parle d’une famine de neuf ans, et un historien arabe rapporte qu’au moyen-âge il y eut dans ce pays une famine de sept, ans (de 1064 à 1071). Il suffit pour que la récolte manque que la crue du Nil soit inférieure à seize coudées (8 mètres), et cela peut arriver plusieurs années de suite.

31 Et l’on ne s’apercevra plus de l’abondance qui aura été dans le pays, à cause de la famine qui suivra ; car elle sera très grande. 32 Et si le songe a été réitéré pour Pharaon, c’est que la chose est décidée de la part de Dieu et que Dieu se hâte de l’exécuter. 33 Or maintenant, que Pharaon trouve un homme entendu et sage, et qu’il l’établisse sur le pays d’Égypte. 34 Que Pharaon fasse ceci : qu’il établisse des commissaires sur le pays, et qu’il impose du cinquième le pays d’Égypte durant les sept années d’abondance.

Qu’il impose du cinquième. Chaque année, au moment de l’inondation, les prêtres fixaient le taux de l’impôt de l’année d’après les revenus probables de chacun. Joseph, comptant sur un revenu annuel très considérable, conseille de fixer dès l’abord un impôt très fort, afin d’amasser dans les vastes greniers du roi des provisions qui seront vendues au peuple dans les années de famine.

35 Et qu’on rassemble tous les vivres que donneront les bonnes années qui viennent et qu’on fasse des amas de blé à la disposition de Pharaon, comme provision dans les villes, et qu’on les conserve.

À la disposition de Pharaon : dans les greniers du roi. Il y avait de ces greniers dans toutes les villes principales (comparez verset 48). C’étaient des bâtiments composés de plusieurs chambres coniques, qui se remplissaient par le haut.

36 Et ces vivres serviront de réserve pour le pays en vue des sept années de famine qui seront au pays d’Égypte, et le pays ne périra pas par la famine. 37 La chose plut à Pharaon et à tous ses serviteurs.
Versets 37 à 46 - Joseph devient gouverneur de l’Égypte
38 Et Pharaon dit à ses serviteurs : Trouverions-nous un homme pareil à celui-ci, ayant en lui l’Esprit de Dieu ? 39 Et Pharaon dit à Joseph : Puisque Dieu t’a fait connaître tout cela, nul n’est entendu et sage comme toi.

Le plus sage des interprètes est tout désigné pour devenir le gouverneur suprême.

40 C’est toi qui gouverneras ma maison, et tout mon peuple obéira à ta bouche ; par le trône seulement je serai plus grand que toi.

Obéira à ta bouche : à tes ordres. On a traduit aussi : embrassera ta bouche, mais à tort, car le baiser d’hommage ne se donnait pas sur la bouche. Le premier ministre de Pharaon est appelé dans une inscription de la 18e dynastie grande bouche supérieure.

41 Et Pharaon dit à Joseph : Vois, je t’ai établi sur tout le pays d’Égypte. 42 Et Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à la main de Joseph, et il le fit revêtir d’habits de fin lin et lui mit un collier d’or au cou.

Anneau. On a retrouvé dans les tombeaux une grande quantité d’anneaux ; tout Égyptien d’un rang élevé en portait un. Il s’agit ici du sceau royal, qui conférait une autorité égale à celle du roi et que le premier ministre portait aussi en Perse (Esther 3.10 ; Esther 8.2).

Il semble que Pharaon ait créé cette charge pour Joseph, puisque jusqu’alors il portait lui-même cet anneau ; c’était peut-être une sorte de dictature à côté des fonctions ordinaires exercées par le premier ministre.

Habits de fin lin. C’étaient les vêtements des prêtres.

Collier d’or. Les dieux, les rois et les personnages illustres sont toujours représentés avec un large collier pendant sur la poitrine. Ces colliers à plusieurs rangs étaient formés d’objets symboliques, tels que poissons sacrés, lézards, yeux d’osiris, fleurs de lotus, etc. ; le tout réuni par des chaînes d’or artistement travaillées au lacet.

43 Et il le fit monter sur le second de ses chars et l’on cria devant lui : À genoux ! Et il fut établi sur tout le pays d’Égypte.

Cortège officiel pour introduire solennellement Joseph dans sa charge aux yeux de tout le peuple.

À genoux. Il y a dans l’original un mot égyptien, abrek, sur la signification duquel on a été longtemps indécis. On sait maintenant que abrok, signifie en ancien égyptien : Jette-toi à terre. Il y a un rapport de son entre ce mot et le mot hébreu barak, agenouiller. On rapporte que abrok est le mot qu’emploient encore aujourd’hui les chameliers pour faire agenouiller leurs chameaux.

44 Et Pharaon dit à Joseph : Je suis Pharaon ! Et sans toi nul ne lèvera la main ni le pied dans tout le pays d’Égypte. 45 Et Pharaon nomma Joseph Tsaphnath-Panéach, et il lui donna pour femme Asnath, fille de Potiphéra, sacrificateur d’On. Et Joseph sortit pour visiter le pays d’Égypte.

Tsaphnath-Panéach. Les LXX transcrivent ce mot Psomthomphanech, forme qui paraît être plus voisine de la forme égyptienne. Saint Jérôme le traduisait : Sauveur du monde (en copte, p-sot-om-ph-enech). Les égyptologues modernes traduisent plutôt : soutien de la vie (pe-net-em-p-anch). L’égyptologue Brugsch a proposé une autre traduction basée sur la forme hébraïque du mot : Gouverneur de la circonscription de la ville de la vie ; c’est-à-dire de la province séthroïtique, dont le chef-lieu était appelé dans la langue sacrée la ville de la vie.

Asnat. Ce nom égyptien signifie probablement : qui appartient à Néith (la Minerve des Égyptiens). D’autres l’ont rapproché du nom de femme Sant ou Snat, très fréquent dans les inscriptions, mais dont on ignore l’étymologie.

Fille de Potiphéra. Potiphéra signifie en égyptien : consacré à Ra, le dieu du soleil. Ce nom est donc probablement le même que celui de Potiphar (comparez Genèse 37.30, note), et les LXX l’ont entendu ainsi, puisqu’ils rendent les deux noms par Pétéphrès.

Ce n’est pas à dire que l’auteur ait confondu les deux personnages ; ce nom pouvait être un titre honorifique porté par plusieurs seigneurs.

Sacrificateur d’On. La ville d’On, en égyptien An, située dans la Basse-Égypte à l’entrée du Delta, fut nommée plus tard en grec Héliopolis, ville du soleil. Ce dernier nom semble être la traduction du nom sacré de cette ville. C’était le siège essentiel du culte du soleil ; c’était, là qu’était le plus vénéré des trois collèges de prêtres de l’Égypte (On, Thèbes et Memphis).

Il y avait dans les temples de la ville et sur les places qui les entouraient un grand nombre d’obélisques (images des rayons solaires), dont l’un, en granit rouge, est encore debout aujourd’hui ; il date de la douzième dynastie, et est ainsi antérieur à Joseph. Voir encore Ésaïe 19.18-19, notes.

En faisant entrer Joseph dans la classe des prêtres par ses fonctions et par son mariage et en changeant son nom, Pharaon faisait de lui un Égyptien.

46 Joseph était âgé de trente ans, quand il se présenta devant Pharaon, roi d’Égypte. Et Joseph sortit de devant Pharaon, et parcourut tout le pays d’Égypte.

Trente ans. Il était donc depuis treize ans en Égypte (Genèse 37.2).

Cette élévation subite d’un esclave à la dignité de premier ministre n’a rien d’étonnant en Égypte. Les inscriptions abondent en récits analogues. En particulier, une stèle conservée à Turin parle d’honneurs et de présents dont fut comblé un esclave qui avait plu au roi.

47 Et la terre rapporta à pleines mains pendant les sept années d’abondance.
Versets 47 à 49 - Les années d’abondance

À pleines mains. Expression très exacte : la moisson se faisait en prenant les épis par poignées et en coupant la tige un peu au-dessous de l’épi.

48 Et Joseph amassa tous les vivres des sept années qu’il y eut au pays d’Égypte, et il mit les vivres dans les villes ; il mit dans l’intérieur de chaque ville les vivres du territoire d’alentour.

Tous les vivres, c’est-à-dire la cinquième partie, dont il a été parlé verset 31.

Dans les villes. Voir verset 35, note.

49 Et Joseph amassa du blé comme le sable de la mer, en si grande quantité qu’on cessa de compter, parce qu’il était sans nombre.

On cessa de compter. Dans toutes les scènes de moisson que l’on voit sur les monuments, l’un des personnages essentiels est un scribe qui inscrit le nombre des gerbes rentrées.

50 Et avant qu’arrivât l’année de famine, il naquit à Joseph deux fils que lui enfanta Asnath, fille de Potiphéra, sacrificateur d’On.
Versets 50 à 52 - Naissance des deux fils de Joseph
51 Et Joseph donna au premier-né le nom de Manassé, car Dieu, dit-il, m’a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon père.

Le mot Manassé vient d’une racine qui signifie oublier.

M’a fait oublier… la maison de mon père. Calvin et d’autres voient dans ces paroles le signe d’une déchéance morale chez Joseph ; d’autres entendent par la maison de son père les chagrins qu’il y avait eus.

Plus simplement : Dieu, en accordant à Joseph une famille en Égypte, lui a donné des objets d’affection qui remplacent enfin pour son cœur la maison paternelle. Comparez Genèse 2.24.

52 Et il donna au second le nom d’Éphraïm, car Dieu, dit-il, m’a fait fructifier dans le pays de mon affliction.

Éphraïm signifie probablement double fertilité : Joseph a maintenant une double postérité.

53 Les sept années où l’abondance avait régné en Égypte s’achevèrent.
Versets 53 à 57 - Commencement de la famine
54 Et les sept années de famine commencèrent à venir, comme Joseph l’avait dit. Et il y eut famine dans tous les pays ; mais dans tout le pays d’Égypte il y avait du pain.
Mais dans tout le pays d’Égypte… Les particuliers avaient sans doute aussi mis du blé de côté. Mais ces provisions sont bientôt épuisées (verset 55).

55 Puis tout le pays d’Égypte fut affamé ; et le peuple cria à Pharaon pour avoir du pain. Et Pharaon dit à tous les Égyptiens : Allez vers, Joseph ; faites ce qu’il vous dira.

Fut affamé. Les auteurs anciens nous ont laissé des descriptions épouvantables de la famine en Égypte. Dans des moments pareils, on en venait jusqu’à manger de la chair humaine, et les autorités étaient impuissantes à empêcher ces atrocités.

56 Et la famine était sur toute la face du pays, et Joseph ouvrit tous les greniers qu’on y avait établis et vendit du blé aux Égyptiens. Et la famine s’accrut au pays d’Égypte. 57 Et toute la terre venait au pays d’Égypte pour acheter du blé auprès de Joseph ; car la famine s’était renforcée sur toute la terre.

Toute la terre : les gens de toutes les contrées d’alentour.