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Genèse 30
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Et Rachel vit qu’elle ne donnait point d’enfant à Jacob, et Rachel fut jalouse de sa sœur et dit à Jacob : Donne-moi des fils, sinon je suis morte.

Versets 1 à 8 - Les deux fils de Bilha

2 Et Jacob se fâcha contre Rachel, et dit : Suis-je à la place de Dieu qui t’a rendue stérile ?

Suis-je à la place de Dieu ? C’est Dieu qui fait vivre et mourir (1 Samuel 2.6 ; 2 Rois 5.7).

3 Et elle dit : Voici ma servante Bilha ; va vers elle, qu’elle enfante sur mes genoux, et par elle j’aurai, moi aussi, une famille.

Voir le même procédé de la part de Sara Genèse 16.2 et comparez Genèse 25.6, note.

Qu’elle enfante sur mes genoux. Rachel veut élever elle-même les enfants de sa servante ; elle va déjà faire acte de mère en leur donnant leurs noms.

4 Et elle lui donna Bilha, sa servante, pour femme, et Jacob alla vers elle. 5 Et Bilha conçut et enfanta un fils à Jacob. 6 Et Rachel dit : Dieu m’a rendu justice, et même il a entendu ma voix et m’a donné un fils. C’est pourquoi elle l’appela Dan.

Dieu m’a rendu justice : en me donnant une famille

Et même… Il a fait plus : il a permis que cet enfant soit un fils.

Dan signifie juge.

7 Et Bilha, servante de Rachel, conçut encore et enfanta un second fils, à Jacob. 8 Et Rachel dit : C’étaient des luttes de Dieu que mes luttes avec ma sœur ; aussi je l’ai emporté. Et elle le nomma Nephthali.

Luttes de Dieu : non pas des luttes surhumaines ni des luttes avec Dieu, comme on l’a souvent entendu, mais des luttes où Dieu seul peut quelque chose et où il a en effet agi. Comparez versets 2 et 6.

Nephthali dérive de naphthulim, le mot rendu dans notre verset par luttes.

Dans ces versets, Rachel emploie le nom d’Elohim (Dieu), tandis que, à la fin du chapitre précédent, Léa avait employé celui de Jéhova (I’Éternel). Si nous y regardons de plus près, nous voyons que dans tout le morceau Genèse 30.1-24, le nom qui désigne Dieu est constamment Elohim, même quand c’est Léa qui parle (versets 18 et 20), tandis que dans Genèse 29.31-35, c’est constamment Jéhova. Il faut conclure de là que dans ce récit le rédacteur a réuni deux documents : le jéhoviste et celui qu’on appelle second élohiste.

Sur le mot, l’Éternel employé par Rachel au verset 21, voir à ce verset.

9 Et Léa, voyant qu’elle avait cessé d’avoir des enfants, prit Zilpa, sa servante, et la donna pour femme à Jacob.

Versets 9 à 13 - Les deux fils de Zilpa

Léa est moins en droit que sa sœur de recourir à ce procédé, puisqu’elle a déjà quatre fils.

10 Et Zilpa, servante de Léa, enfanta un fils à Jacob. 11 Et Léa dit : Quelle bonne fortune !
Et elle le nomma Gad.

Gad signifie bonheur, bonne fortune.

12 Et Zilpa, servante de Léa, enfanta un second fils à Jacob. 13 Et Léa dit : Pour mon bonheur ! Car les filles me diront bienheureuse. Et elle le nomma Asser.

Asser signifie bonheur, mais sans l’idée de chance.

14 Ruben sortit au temps de la moisson des blés, et trouva des mandragores dans les champs, et il les apporta à Léa, sa mère. Et Rachel dit à Léa : Donne-moi, s’il te plaît, des mandragores de ton fils ?

Versets 14 à 20 - Les deux derniers fils de Léa

Ruben. C’était alors un enfant de quatre ans environ.

Temps de la moisson des blés : le mois de mai, qui est aussi le temps où les mandragores commencent à mûrir.

Mandragores, ou : pommes d’amour, d’après l’hébreu. Le nom scientifique est atropa mandragora. Le fruit est une baie jaunâtre de la grosseur d’une noix de muscade, provenant d’une plante de la même famille que la belladone et abondante en Palestine. C’est un narcotique assez puissant. Aujourd’hui encore chez les Arabes on lui attribue la propriété de rendre les femmes fécondes.

15 Et Léa lui dit : Est-ce peu que tu prennes mon mari ? Tu prendrais encore les mandragores de mon fils ?
Et Rachel dit : Eh bien ! Il sera avec toi cette nuit en échange des mandragores de ton fils.

Que tu prennes… Il paraît que Jacob montrait clairement sa préférence pour Rachel. D’après les versets 16 et 20, il demeurait avec elle.

16 Et Jacob revint des champs le soir, et Léa sortit au-devant de lui et lui dit : Tu viendras chez moi, car je t’ai loué pour les mandragores de mon fils. Et il fut avec elle cette nuit-là.

Je t’ai loué. Le verbe employé en hébreu est sacar. Dans le nom qu’elle donnera à son fils, elle fera allusion à cette expression.

17 Et Dieu exauça Léa, et elle conçut et enfanta à Jacob un cinquième fils.

Les mandragores ne servent de rien à Rachel, tandis que Léa, qui a prié (Dieu exauça), obtient un nouveau fils.

18 Et Léa dit : Dieu m’a donné mon salaire pour avoir donné ma servante à mon mari. Et elle le nomma Issacar.

Mon salaire, secari, d’où le nom d’Issacar : il y a salaire. Elle voit aussi là une récompense de sa condescendance. Ainsi Léa a deux raisons pour appeler son fils de ce nom (comparez verset 16).

19 Et Léa conçut encore et enfanta un sixième fils à Jacob ; 20 et Léa dit : Dieu m’a richement dotée ; cette fois mon mari habitera avec moi, puisque je lui ai enfanté six fils. Et elle le nomma Zabulon.

Richement dotée. Ce riche don, c’est soit ses six fils, soit son mari, qui cette fois, espère-t-elle, lui sera rendu, en ce qu’il viendra habiter avec elle.

Zabulon. Ce nom fait à la fois allusion à zébed (don) et à zabal (habiter), mots qui tous deux ne se trouvent que dans ce passage.

21 Ensuite elle enfanta une fille, et elle la nomma Dina

Ensuite, ou : dans la suite. Cette expression séparant bien nettement la naissance de Dina de celles de tous ses frères, il est probable que Dina ne vint au monde que dans le courant des six années qui suivirent. L’auteur aura rapporté ce fait ici pour en finir avec ce sujet. Jacob eut encore d’autres filles (Genèse 37.35 ; Genèse 46.7), mais Dina seule est mentionnée, parce qu’elle jouera un rôle au chapitre 34.

22 Et Dieu se souvint de Rachel, et Dieu l’exauça et la rendit féconde.

Versets 22 à 24 - Naissance de Joseph

Dieu l’exauça. Rachel a enfin recouru au seul moyen efficace et son attente n’est pas trompée.

23 Et elle conçut et enfanta un fils, et elle dit : Dieu a ôté mon opprobre. 24 Et elle le nomma Joseph, en disant : Que l’Éternel m’ajoute encore un autre fils !

Joseph. Encore ici, double allusion : asaph (a ôté), verset 23 et joseph (qu’il ajoute), verset 24.

L’Éternel. Il est étonnant de trouver les mots Elohim et Jéhova simultanément dans la bouche de Rachel. Il est possible que l’une des interprétations du nom de Joseph soit tirée du récit élohiste et l’autre, du récit jéhoviste.

Dans toutes ces étymologies, remarquons que les termes dont se servent les mères au moment de la naissance de leurs fils et qui ont donné lieu à leurs noms, sont en général des expressions très rares, dont plusieurs ne se retrouvent nulle part dans le texte de l’Ancien Testament.

C’étaient donc probablement des expressions appartenant à un langage très ancien et que la tradition avait scrupuleusement conservées, en explication des noms des pères des douze tribus. Peut-être la tradition variait-elle parfois dans l’interprétation des noms, ce qui explique ces doubles allusions que nous trouvons par exemple dans les noms d’Issacar, de Zabulon et de Joseph.

Après deux générations (Isaac et Jacob), qui formaient un contraste frappant avec la promesse d’une nombreuse postérité, la famille patriarcale commence enfin à se développer d’une manière conforme à ces promesses. Onze fils naissent à Jacob dans l’espace de sept ans, car le verset 25 nous montre que la fin des sept ans de service de Jacob correspond avec la naissance de Joseph, le onzième fils.

Ce qui paraît plus étonnant encore, c’est que, dans cet espace de temps si restreint, Léa, à qui sont attribués six fils, ait eu une période de stérilité. La chose n’est pourtant pas absolument invraisemblable. Il est évident en effet que ces naissances ne sont pas toutes successives et que l’auteur a énuméré les enfants des quatre femmes de Jacob en prenant les groupes dans l’ordre où chacune d’elles a commencé à avoir des enfants. Des données qui précèdent, nous tirons le tableau suivant qui en établit l’accord.

25 Et il arriva, lorsque Rachel eut enfanté Joseph, que Jacob dit à Laban : Donne-moi mon congé, que je m’en aille chez moi, dans mon pays.

Versets 25 à 43 - Prospérité de Jacob

25-36

Contrat entre Jacob et Laban

25-26

Ceci se passe sept ans après le mariage de Jacob. Comparez Genèse 29.27 et Genèse 31.41.

Il n’a pas reçu de sa mère le message promis (Genèse 27.45).

26 Donne-moi mes femmes, pour lesquelles je t’ai servi, et mes enfants, et que je m’en aille, car tu sais toi-même le service que j’ai fait pour toi. 27 Et Laban lui dit : Si j’ai trouvé grâce à tes yeux… J’ai bien observé : l’Éternel m’a béni à cause de toi.

Laban embarrassé s’interrompt au milieu de sa phrase. Il aurait conclu en disant : Demeure auprès de moi.

J’ai bien observé. Le terme employé s’applique proprement à la consultation des augures ou des présages.

28 Et il dit : Fixe-moi ton salaire, et je te le donnerai. 29 Jacob lui dit : Tu sais toi-même comment je t’ai servi, et ce qu’est devenu ton bétail avec moi.

Versets 29 à 30

La pensée des services que lui a rendus Jacob doit engager Laban à accepter avec reconnaissance sa proposition, en apparence désintéressée, du verset 31.

30 Car c’était peu de chose que ton bien, avant moi, et il s’est extrêmement accru ; et l’Éternel a mis pour toi la bénédiction sur mes pas ; et maintenant, quand travaillerai-je aussi pour ma maison ? 31 Laban lui dit : Que te donnerai-je ?
Et Jacob dit : Tu ne me donneras rien du tout. Si tu m’accordes ce que je vais dire, je recommencerai à paître tes troupeaux et à les garder.

Rien du tout : rien en argent ; pas de salaire annuel

32 Je passerai aujourd’hui à travers tout ton troupeau, en mettant à part toute bête picotée et rayée et toute bête noire parmi les agneaux, et tout ce qui est rayé et picoté parmi les chèvres ; ce sera là mon salaire.

Jacob demande comme salaire tout ce qui est picoté, rayé et noir, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas complètement blanc parmi les moutons et tout ce qui est rayé et picoté, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas de couleur uniforme parmi les chèvres. Laban peut accepter sans arrière-pensée ce contrat, car en Orient les moutons sont presque toujours complètement blancs et les chèvres complètement noires ou brunes.

33 Et à l’avenir ma justice témoignera pour moi quand tu viendras reconnaître mon salaire. Tout ce qui ne sera pas picoté et rayé, parmi les chèvres et noir parmi les agneaux sera un vol, s’il est chez moi.

À l’avenir. On pourrait traduire aussi : demain ; dans ce cas le triage se serait fait une seule fois. Mais les versets 37 et suivants montrent que le contrat est applicable à toutes les années qui suivront. Quand signifie donc : toutes les fois que.

Ma justice témoignera : Tu constateras, en examinant mon troupeau, qu’il ne s’y trouve rien qui, d’après le contrat, dût te revenir.

Noir : ayant du noir, soit qu’ils soient complètement noirs, soit qu’ils soient tachetés (verset 32).

34 Et Laban dit : Eh bien ! Qu’il en soit comme tu dis. 35 Et le jour même, il sépara les boucs tachetés et rayés et toutes les chèvres picotées et rayées, tout ce qui avait du blanc, et tout ce qui était noir parmi les agneaux ; et il les confia à ses fils.

Tachetés est ajouté, mais cela ne change rien au contrat, qui portait que, parmi les chèvres, tout ce qui n’était pas de couleur uniforme serait à Jacob (verset 32).

Tout ce qui avait du blanc : parmi les chèvres.

Tout ce qui était noir : tout ce qui avait du noir.

Confia à ses fils. Mesure de sûreté, car il se défie de Jacob. Il confie à ses fils le troupeau de Jacob et à Jacob le sien, ce qui rendra impossible le mélange des deux troupeaux, qui seul pouvait donner naissance à des agneaux ou à des chevreaux revenant à Jacob.

36 Et il mit l’espace de trois journées de chemin entre lui et Jacob. Et Jacob paissait le reste des troupeaux de Laban.

Il mit l’espace de trois journées… Seconde mesure tendant au même but.

Lui : ses fils ; peut-être restait-il avec eux.

37 Et Jacob prit des baguettes vertes de peuplier, d’amandier et de platane ; il y pela des places blanches, mettant à nu le blanc des baguettes.

Versets 37 à 43 - Ruses de Jacob

37-39

Première ruse. Jacob invente le moyen de faire naître des agneaux et des chevreaux tachetés parmi les troupeaux de couleur uniforme appartenant à Laban.

Peuplier, amandier, platane : autant d’arbres dont le bois, dépouillé, de son écorce, est très blanc.

38 Et il mit les baguettes qu’il avait pelées en regard des brebis dans les auges, dans les abreuvoirs où les brebis venaient boire ; et elles entraient en chaleur quand elles venaient boire. 39 Et les brebis s’accouplaient à la vue des baguettes, et elles faisaient des agneaux tachetés, picotés et rayés. 40 Et ces agneaux, Jacob les mettait à part, et il tournait la face du troupeau vers ce qui était tacheté et tout ce qui était noir dans le troupeau de Laban. Il se fit ainsi des troupeaux à lui, qu’il ne joignait pas au troupeau de Laban.

Seconde ruse. Les bêtes de deux couleurs ainsi obtenues servent à la même fin que les branches pelées. Il les réunit à part, en avant du reste du troupeau, de telle sorte que la vue de ces animaux bigarrés agisse sur la partie du troupeau qui est derrière, tandis que celle-ci, n’étant pas vue par les premiers, ne peut exercer sur eux aucune influence.

Tacheté : parmi les chèvres.

Noir : parmi les moutons. Comparez verset 13.

Dans le troupeau de Laban. Quoique devant revenir à Jacob, les animaux bigarrés, mis à part sont encore considérés comme appartenant à Laban jusqu’à la visite de ce dernier.

41 Et il arrivait que, toutes les fois que les brebis vigoureuses entraient en chaleur, Jacob mettait les baguettes dans les auges sous les yeux des brebis, afin qu’elles s’accouplassent quand les baguettes y étaient.

Versets 41 à 42

Troisième ruse. Jacob vise non seulement à la quantité, mais aussi à la qualité. Les brebis vigoureuses entrant en chaleur en été et les chétives en automne, il n’avait recours à son premier expédient qu’en été, afin de n’obtenir que des produits vigoureux.

42 Mais quand les brebis étaient chétives, il ne les mettait point, en sorte que les agneaux chétifs, étaient pour Laban, et les vigoureux pour Jacob. 43 Et cet homme s’accrut extraordinairement, et il eut de nombreux troupeaux, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes.

Six ans lui ont suffi pour amasser toute cette fortune (Genèse 31.41).