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Ezéchiel 21
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Plan du commentaire biblique de Ezéchiel 21

L’épée de l’Éternel contre Jérusalem et contre Ammon

Les chapitres précédents renfermaient plutôt des vues générales sur le passé et l’avenir d’Israël (voir surtout chapitres 16 et 20). Le regard d’Ézéchiel se rapproche maintenant de la catastrophe, de plus en plus imminente, qui doit terminer le passé et préparer l’avenir. Il l’annonce d’abord sous une forme figurée (versets 1 à 5) ; puis il donne l’explication de cette image (versets 6 à 22) ; enfin il applique la menace d’une destruction prochaine, renfermée dans ce tableau, à Jérusalem et à Ammon (versets 23 à 37).

1 Et la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots :
1 à 5

Une forêt située dans les contrées du midi va être livrée à un incendie qui n’en laissera rien subsister.

2 Fils d’homme, tourne ta face du côté de Théman, fais découler ta parole vers le sud et adresse ta prophétie à la forêt de la campagne du midi.

Théman. Ce mot, qui signifie proprement la droite, désigne au point de vue israélite le côté du midi. Mais on appelait spécialement de ce nom une contrée et une ville du pays des Édomites ; ce nom a donc sans doute dans ce passage, un sens énigmatique, comme ceux de Canaan et de Liban (Ézéchiel 17.3-4). D’après ce qui suit, le prophète veut désigner par là le pays de Juda, situé au sud-ouest pour celui qui habite en Babylonie.

Fais découler : comparez Amos 7.16.

La forêt : image du peuple de Juda.

3 Dis à la forêt du midi : Entends la parole de l’Éternel : Ainsi parle le Seigneur l’Éternel. Voici, je vais allumer au milieu de toi un feu qui dévorera en toi tout arbre vert et tout arbre sec. La flamme dévorante ne s’éteindra point, et tout ce qui est à la face du sol en sera brûlé, du midi au septentrion.

Un feu : l’emblème de la guerre prochaine.

Tout arbre vert, sec : tout habitant du pays, juste ou injuste (verset 8) ; comparez l’expression de Jésus Luc 23.31.

Tout ce qui est à la face, littéralement : toute face ; tout ce qui couvre le sol.

4 Et toute chair verra que c’est moi, l’Éternel, qui l’ai allumé ; il ne s’éteindra point.

Il ne s’éteindra point. Ce ne sera plus cette fois un châtiment passager, mais la ruine totale ; comparez Ézéchiel 15.7-8.

5 Et je dis : Ah ! Seigneur Éternel, ils disent de moi : Il ne fait que parler en paraboles.

Les auditeurs du prophète se plaignent en disant : Il a la manie du langage figuré, des proverbes. On ne sait jamais, quand il parle, ce qu’on doit prendre à la lettre.
Peut-être était-ce l’emploi figuré du nom de Théman qui provoquait cette exclamation ; puis aussi les images : la forêt, le feu.

6 Et la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots :
6 à 22

À ceux qui se plaignent de l’obscurité de la parole précédente, la suivante, en fait de clarté, ne laissera rien à désirer. Cette explication est une répétition, parfois littérale, de la parabole elle-même. L’épée de l’Éternel remplace ici le feu ; c’est évidemment l’emblème du courroux de Dieu s’exerçant par le moyen de l’armée étrangère qui envahira le pays.

7 Fils d’homme, tourne ta face vers Jérusalem, et fais découler ta parole vers les lieux saints ; et adresse ta prophétie à la terre d’Israël.

Comparez verset 2.

Les lieux saints : le temple et ses parvis. Cette expression est très naturelle dans la bouche de gens vivant loin de leur pays.

8 Dis à la terre d’Israël : Ainsi parle l’Éternel : Voici, j’en veux à toi. Je tirerai mon épée de son fourreau et je retrancherai de toi justes et méchants.

La population tout entière, justes et méchants, sera enlevée du pays par le jugement divin ; ce sera le grand châtiment national. Malgré cela, dans le détail Dieu peut toujours accorder des adoucissements aux individus qu’il protège (Jérémie, Daniel, par exemple).

9 Et parce que je retranche de toi justes et méchants, c’est pour cela que mon épée sortira du fourreau contre toute chair, du midi au septentrion.

Parce que je retranche, littéralement : parce que j’ai retranché. Le jugement est déjà un fait accompli pour Dieu qui l’a décrété.

Ce verset est la reproduction de l’idée du verset 3.

10 Et toute chair saura que c’est moi l’Éternel qui ai tiré mon épée du fourreau ; elle n’y rentrera plus.

Reproduction des derniers mots du verset 4.

N’y rentrera plus : il n’y aura plus cette fois d’interruption, de répit, comme dans les châtiments précédents. C’est la fin.

11 Et toi, fils d’homme, gémis ; qu’on te voie gémir à te rompre les reins, et avec amertume.

Expression de l’angoisse à la vue du jugement qui s’avance. Ce n’est pas ici une simple figure de rhétorique. Le prophète éprouve réellement à l’avance toutes les douleurs du châtiment qu’il contemple en esprit.

À te rompre les reins ; comme nous dirions vulgairement : à te rompre les poumons.

12 Et quand ils te diront : Pourquoi gémis-tu ? Tu répondras : À cause d’une nouvelle qui arrive. Tout cœur défaudra, toutes mains faibliront, tout esprit s’éteindra, tous genoux se fondront. Voici, elle arrive, c’est fait !… dit le Seigneur l’Éternel.

Une nouvelle : celle de l’approche de Nébucadnetsar qui vient punir le parjure de Sédécias ; comparez Ézéchiel 24.15-27.

13 Et la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots :
13 à 22

On a appelé, le morceau suivant le chant de l’épée. C’est un discours d’un souffle poétique très puissant, l’un des plus beaux passages de l’Ancien Testament. Il nous paraît se diviser en deux strophes bien distinctes : versets 13 à 18 et 19 à 22.

13 à 18 L’épée préparée
14 Fils d’homme, prophétise et dis : Ainsi parle l’Éternel. Dis : L’épée, l’épée est aiguisée et fourbie.

L’épée, l’épée. Ézéchiel voit le glaive de Dieu, qui est celui de Nébucadnetsar, suspendu sur Jérusalem, en quelque sorte comme David voyait sur Morija le glaive de l’ange exterminateur frappant le peuple (2 Samuel 24.17).

Aiguisée se rapporte au tranchant ; fourbie au plat du glaive, qui reluit au loin.

15 C’est pour massacrer qu’elle est aiguisée, pour lancer l’éclair qu’elle est fourbie. Ou bien nous réjouirons-nous [en répétant] : Le sceptre de mon fils méprise tout bois.

Ou bien nous réjouirons-nous ? Ce passage est très énigmatique. Voici, à ce qu’il nous paraît, son sens probable : Ou bien continuerons-nous à nous rassurer, à nous réjouir même, en répétant, comme nous l’avons fait jusqu’ici…

Le sceptre de mon fils… On comprend que c’est ici l’un de ces dictons populaires qu’Ézéchiel aimait à citer (Ézéchiel 11.3 ; Ézéchiel 18.2, etc.). C’était probablement une allusion à la bénédiction que Jacob mourant avait donnée en ces termes à son fils Juda, le père de la race royale : Le sceptre ne sera point ôté de Juda… Le sceptre chez les anciens était proprement une houlette, un bâton recourbé ; comparez Ézéchiel 19.11-14. Par là s’expliquent les derniers mots : le sceptre national des rois de Juda est supérieur en dignité et en force à celui de toutes les autres nations ; Nébucadnetsar lui-même ne pourra le briser ; la royauté israélite peut mépriser toutes les autres.

L’expression : mon fils, se trouve dans la bouche, de Jacob bénissant, Juda ; comparez Comparez Genèse 49.9. Mais cette fois, c’est avec l’épée de Nébucadnetsar aiguisée et fourbie par l’Éternel lui-même que ce sceptre de bois va se rencontrer… Il a beau être du bois le plus dur ; que deviendra-t-il dans ce choc ?

16 Il l’a donnée à fourbir pour qu’on la prenne en main ; c’est une épée aiguisée, c’est une épée fourbie, pour être mise en la main de l’égorgeur.

Nébucadnetsar et son armée ne viennent pas avec leur épée, mais avec l’épée aiguisée et fourbie que l’Éternel leur a mise en main. Le décret divin s’exécutera infailliblement (verset 9).

17 Crie et hurle, fils d’homme, car elle est pour mon peuple, elle est pour tous les princes d’Israël. Ils sont livrés à l’épée avec mon peuple ; c’est pourquoi frappe sur ta cuisse !

Frappe sur ta cuisse : geste de grande douleur.

18 Car l’épreuve a été faite… Eh quoi ! Si même ce sceptre méprise, n’en serait-il rien ? Dit le Seigneur l’Éternel.

L’épreuve : celle de l’épée ; les Chaldéens ont montré ce qu’ils pouvaient faire. On pourrait entendre aussi : le temps d’épreuve accordé à Israël est maintenant achevé.

Si même ce sceptre méprise. Le roi de Juda a beau mépriser la puissance ennemie ; ce mépris insolent n’empêchera pas l’Éternel d’accomplir par elle son dessein arrêté.

19 Et toi, fils d’homme, prophétise et frappe main contre main. Que l’épée double, triple ses coups ; c’est l’épée qui tue, l’épée qui tue un grand, qui les enferme,

Seconde de partie du discours. L’ordre donné à l’épée.

L’Éternel s’adresse au prophète ; il doit lui-même donner à Nébucadnetsar l’ordre d’accomplir son œuvre de destruction : main contre main, geste servant à donner le signal.

Que l’épée double, triple ses coups, proprement : se double, se triple. C’est l’impression du spectateur qui voit fonctionner l’épée. Elle lui paraît se multiplier, tant sont rapides ses mouvements.

Qui tue un grand : sans doute le roi. Il est vrai que Sédécias n’a pas été tué. Mais le glaive figure ici l’armée victorieuse des Chaldéens et le courroux divin qui agit par elle. Sédécias a eu sa part dans ce jugement.

Qui les enferme : tout le peuple qui, en voulant fuir, rencontre de tous côtés l’épée vengeresse.

20 pour que les cœurs se fondent et pour faire trébucher beaucoup d’hommes ; j’ai mis la frayeur du glaive à toutes les portes. Oui ! Elle est fourbie pour lancer l’éclair, aiguisée, pour massacrer.

Tableau du sauve-qui-peut général, dans lequel les fuyards tombent les uns sur les autres.

21 En position, à droite ! En place, à gauche ! Frappe de tous côtés devant toi !

C’est le prophète qui excite le glaive à poursuivre les fuyards dans toutes les directions à la fois. Le prophète imite les commandements militaires.

22 Moi aussi, je frapperai main contre main et j’assouvirai mon courroux. Moi, l’Éternel, j’ai parlé.

L’Éternel déclare que le prophète, en donnant le signal tout à l’heure dans la vision (verset 19), n’a fait que préfigurer ce qu’il va faire lui-même en réalité, quand il donnera au roi de Babylone le signal du départ pour son expédition dévastatrice.

23 Et la parole de l’Éternel me fut adressée en ces mots :
23 à 37

Dans cette troisième partie du chapitre, le prophète décrit l’exécution de l’ordre de l’Éternel, donné à son glaive vengeur, Nébucadnetsar. Celui-ci a entendu le signal. Il est parti de Babylone ; il arrive à la bifurcation des chemins qui conduisent, l’un à droite, dans la direction de Jérusalem, l’autre à gauche, vers le pays des Ammonites, qui a aussi provoqué sa colère ; par lequel des deux coupables commencera-t-il ? Il hésite. Il fait venir ses devins. Les présages décident pour Jérusalem ; elle sera frappée la première, mais non pour toujours (verset 32). Après cela viendra le tour d’Ammon (versets 33 à 37).

En associant ainsi Ammon à Juda, le prophète a sans doute une double intention ; il veut, d’un côté, montrer par l’égalité du châtiment l’impartialité de la justice divine ; et de l’autre, en ne promettant à Ammon aucun relèvement (verset 37), faire ressortir par ce contraste la fidélité de Dieu à son alliance avec Juda.

24 Toi, fils d’homme, fais-toi deux chemins pour l’épée du roi de Babel ; que tous deux partent d’un même pays, et grave une main, grave-la à l’entrée du chemin d’une ville.

Le prophète reçoit l’ordre de représenter par une figure, tracée sur une brique (comparez Ézéchiel 4.1), l’arrivée prochaine du roi Nébucadnetsar. Il dessine un chemin partant de Babylone, puis il marque par un poteau l’endroit où ce chemin se bifurque, l’un des embranchements se dirigeant sur Jérusalem, l’autre conduisant à la capitale des Ammonites, Rabbath-Ammon (voir à Jérémie chapitre 49).

Nebucadnetsar s’est arrêté là ; il consulte ses dieux pour savoir quel chemin il doit prendre et laquelle des deux villes il doit attaquer la première. L’oracle décide pour Jérusalem. Il est peu probable qu’Ézéchiel ait exécuté matériellement ce dessin ; c’est une manière dramatique d’exprimer la menace : que la ruine de Jérusalem précédera celle de Rabbath-Ammon

Jérusalem, ville forte : expression ironique.

25 Tu feras un chemin à l’épée pour aller à la capitale des fils d’Ammon, ou en Juda, contre Jérusalem, ville forte. 26 Car le roi de Babel s’est arrêté au carrefour, à la tête des deux chemins, pour tirer des présages : il secoue les flèches, il consulte les théraphim ; il examine le foie.

Tirer des présages. Les rois d’Assyrie et de Chaldée ne faisaient rien sans consulter leurs dieux. Nébucadnetsar emploie ici trois moyens pour connaître leur volonté :

  1. Le présage des flèches (le moyen connu sous le nom de bélomancie). On place deux flèches dans un carquois en inscrivant sur le bois les noms des deux capitales ; puis, après avoir agité le carquois, on saisit chaque flèche d’une main et le nom indiqué sur celle qui se trouve dans la main droite, fournit la réponse. Ce moyen était pratiqué chez tous les peuples de l’Orient ; il l’a été chez les Arabes jusqu’à Mahomet, qui l’interdit.
  2. Les théraphim. Ce nom désigne proprement les dieux de la famille, les Pénates ; ici sans doute ceux de la maison royale de Chaldée ; ces divinités domestiques paraissent avoir été représentées sous une forme humaine (voir 1 Samuel 19.13) ; nous ignorons de quelle manière on les consultait ; comparez Juges 17.5 ; Juges 18.5.
  3. L’inspection du foie des victimes. Ce moyen était usité jusqu’en Occident ; les augures romains avaient établi toute une théorie sur le sens prophétique à attacher aux mouvements des entrailles ou à l’état du foie chez les victimes sacrées.
27 Dans sa droite est le présage qui désigne Jérusalem, pour dresser des béliers, pour ouvrir une entrée par une brèche, pour pousser le cri du combat, pour dresser des béliers contre les portes, pour élever des terrasses, pour construire des tours.

La flèche qui porte le nom de Jérusalem se trouve dans la main droite du roi ; c’est donc par cette ville qu’il va commencer.

28 Mais eux n’y voient qu’une divination mensongère. Ils ont les plus sacrés des serments ; mais il fera qu’ils se rappellent leur iniquité en étant pris.

Une divination mensongère. Ce n’est pas à la consultation de Nébucadnetsar que se rapporte cette expression ; c’est à la prophétie d’Ézéchiel lui-même. Ses auditeurs déclarent qu’elle est aussi mensongère que ces pronostics païens qui viennent d’être mentionnés. Et qu’allèguent-ils pour justifier cette accusation ? Ils ont les plus sacrés des serments, littéralement : les serments des serments ; forme de superlatif semblable aux expressions de : cieux des cieux, cantique des cantiques. Ce terme ne peut désigner, nous paraît-il, que les serments de l’Éternel envers la famille royale, la capitale et le peuple de Juda (comparez verset 15, note) et non, comme plusieurs l’entendent, les serments des peuples voisins, de l’Égypte en particulier (comparez Jérémie 27.3, note).

Ils ont, c’est-à-dire : ils ont pour eux, en leur faveur.

Il fera qu’ils se rappellent. Celui-là même qui leur a fait ces serments leur rappellera, par l’arrivée de Nébucadnetsar, la manière dont ils ont tenu le leur envers ce souverain ; comparez Ézéchiel 17.16 ; Ézéchiel 17.18-19.

29 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur l’Éternel : Parce que vous avez rappelé votre iniquité par vos rébellions manifestes en faisant voir vos péchés dans toutes vos actions, parce que vous vous êtes rappelés au souvenir, vous serez pris avec la main.

Parce que vous avez rappelé. Ils ont péché si effrontément dans ces derniers temps, que Jéhova n’a pu fermer les yeux plus longtemps sur leur conduite qu’il avait jusque-là supportée, et qu’il les a enfin livrés au roi de Chaldée.

30 Et toi, coupable livré à l’épée, prince d’Israël, dont le jour est venu au temps de l’iniquité finale,

Et toi… C’est à Sédécias sans doute que s’adresse cette allocution. On pourrait traduire, avec les LXX le mot chalal, par profane, maudit. Ce terme formerait une. belle antithèse avec le titre ordinaire de l’oint de l’Éternel, donné aux rois de Juda. Mais le sens habituel de ce mot est : transpercé. Nous avons donc traduit : livré à l’épée (comparez verset 34). Sans doute, Sédécias n’a pas été tué par le glaive ; il a eu seulement les yeux percés. Mais l’épée étant dans tout ce morceau l’emblème de la colère de Dieu, le roi a été atteint par elle comme tout son peuple.

Au temps de l’iniquité finale : au temps où le péché doit aboutir au jugement final.

31 ainsi parle le Seigneur l’Éternel : On va ôter la tiare et enlever la couronne ; tout sera changé ; élever ce qui est bas, abaisser ce qui est haut.

La tiare…, la couronne… Comme il n’est question ici que de la royauté, nous ne pensons pas que le terme de tiare doive être appliqué à la mitre du grand sacrificateur (Exode 28.4). Il s’agit plutôt de la tiare d’étoffe précieuse sur laquelle reposait la couronne d’or, emblème de la dignité royale. L’enlèvement de ces ornements signifie la destruction de la royauté en Juda. C’est ce qu’expriment énergiquement les mots suivants : tout sera changé ; littéralement : Ceci ne sera plus ceci ; parole qui est expliquée par les mots suivants : abaisser ce qui est bas ; abaisser ce qui est haut. Le prophète veut exprimer par là une révolution radicale, un renversement complet.

32 Je la bouleverserai, bouleverserai, bouleverserai ; ce ne sera plus elle, jusqu’à ce que vienne celui à qui appartient le jugement et à qui je le remettrai.

La triple répétition du verbe indique avec force cette idée du bouleversement le plus absolu. Les mots, ce ne sera plus elle (la couronne), rappellent l’expression : ce qui est haut, qui doit être abaissé (la royauté israélite).

Les mots suivants : jusqu’à ce que vienne… ne peuvent avoir en vue que le Messie ; c’était à lui déjà que se rapportaient les mêmes expressions Ézéchiel 17.22-24 (voir les notes). Depuis Sédécias, il n’y a plus eu de prince régnant en Juda jusqu’au Messie ; l’abolition de la royauté dès la captivité de Babylone a créé un interrègne auquel l’avènement du Messie a mis fin. Ce Messie, sorti de la famille royale profondément abaissée, a bientôt été élevé au-dessus de tous les rois. Les mots : jusqu’à ce que vienne celui à qui appartient…, paraissent faire allusion à la promesse de Jacob, Genèse 49.10 : jusqu’à ce que vienne le Silo, à qui appartient l’assemblée des peuples. Cette allusion est d’autant plus probable que c’est par la relation avec ce même oracle que s’est expliquée la parole obscure du verset 18 dans ce chapitre même.

Le jugement, l’une des principales prérogatives de la royauté messianique ; comparez Ésaïe 11.1 et suivants ; Jean 5.22 ; Jean 5.27.

33 Et toi, fils d’homme, prophétise et dis : Ainsi parle le Seigneur l’Éternel contre les fils d’Ammon pour leurs outrages. Et dis : L’épée, l’épée est tirée pour massacrer, elle est fourbie pour exterminer, pour lancer l’éclair.
33 à 37

Ces versets décrivent le sort du peuple d’Ammon, dont la destruction suivra de près celle du peuple de Juda. L’historien Josèphe nous apprend en effet que, cinq ans après la ruine de Jérusalem, Nébucadnetsar conquit aussi le pays d’Ammon (Antiquités X, 9, 7). Le jugement de Dieu commence par sa propre maison (1 Pierre 4.17 ; comparez Ézéchiel 9.6). Mais quand celle-ci tombe, c’est pour être relevée (verset 32) ; tandis que les ennemis de Dieu, qui se sont méchamment réjouis en contemplant le malheur de son peuple, sont frappés plus tard seulement, mais tombent sans retour (verset 37). C’est pour faire ressortir ce contraste, qu’Ézéchiel décrit le sort d’Ammon.

Les fils d’Ammon. Cette nation, descendant de Lot et établie de l’autre côté du Jourdain, au nord du pays des Moabites (voir Jérémie 49.1-6, note), s’était toujours montrée hostile aux Israélites, dont elle avait fréquemment envahi le territoire ; elle paraît avoir pris part au complot des peuples de l’Asie occidentale contre la souveraineté de Nébucadnetsar ; Jérémie 27.3.

Pour leurs outrages. Ils avaient insulté en toute circonstance, et encore sans doute en dernier lieu, au malheur de Jérusalem (Ézéchiel 25.3 ; Ézéchiel 25.6 ; Sophonie 2.8).

Dis : L’épée, l’épée… C’est le chant de l’épée qui recommence, comme au verset 14. Par là, le prophète veut marquer la communauté de sort entre Juda et Ammon.

34 Tandis qu’on a pour toi des visions vaines, qu’on tire pour toi des présages menteurs, elle va ajouter ta tête à celle des coupables livrés à l’épée, dont le jour est venu au temps de l’iniquité finale.

On a pour toi des visions vaines. Ce sont les promesses mensongères dont les devins ammonites bercent leurs compatriotes, On se flattait sans doute que le conquérant, après avoir détruit Jérusalem, perdrait de vue les révoltés de l’autre côté du Jourdain. Mais il n’en sera rien. La tête des Ammonites sera ajoutée à celle des Juifs massacrés (comparez les termes identiques en parlant de Sédécias verset 30). Cette image signifie qu’ils succomberont à un jugement qui suivra immédiatement celui de Juda.

35 Rentre la tienne dans le fourreau ! C’est dans le lieu où tu as été créé, sur la terre de ton origine que je te jugerai.

Rentre la tienne (ton épée) : car elle est incapable de lutter contre celle de l’Éternel. Il ne reste donc à ce peuple coupable qu’à subir les coups de celle-ci.

Dans le lieu où tu as été créé : dans le pays même où Ammon avait toujours demeuré (sans avoir jamais été déporté) et qui sera cette fois envahi tout entier.

36 Et je répandrai sur toi mon courroux ; dans le feu de ma fureur je soufflerai sur toi et je te livrerai à des hommes violents, à des artisans de destruction. 37 Tu seras la pâture du feu, ton sang sera au milieu du pays ; on ne se souviendra pas de toi ; car moi, l’Éternel, j’ai parlé.

Ton sang sera au milieu du pays. Le sang des massacrés restera là sur la terre abandonnée, sans être nettoyé par personne (Ézéchiel 24.7).

On ne se souviendra pas : en vain ce sang criera vengeance, aucun vengeur ne répondra. Tandis que Juda refleurira (verset 32), Ammon disparaîtra, oublié, du milieu des peuples. Cette parole s’applique à son existence comme nation ; Jérémie 49.6, ouvre une perspective de salut quant aux individus.

Il est probable que ce peuple soit mis ici en parallèle avec Jérusalem comme représentant des nations païennes en général ; il en est fort souvent ainsi d’Édom, de Moab, de l’Assyrie, etc. Le prophète a choisi Ammon dans ce cas, parce que ce peuple a partagé alors le sort de Juda.