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Exode 2
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1 Et un homme de la maison de Lévi alla prendre pour femme une fille de Lévi.
1 à 10 Naissance de Moïse

Cet homme s’appelait Amram, et sa femme Jokébed ; comparez Exode 6.20

2 Et cette femme conçut et enfanta un fils, et elle vit qu’il était beau et le cacha trois mois.

Elle enfanta un fils. On voit par la suite du récit qu’elle avait eu déjà deux enfants avant celui-là, une fille (verset 4), nommée Marie, et un fils, Aaron.

Il était beau. Cette beauté qu’Étienne (Actes 7.20) appelle divine, était restée célèbre.

3 Quand elle ne put plus le tenir caché, elle prit une arche en roseau, l’enduisit de bitume et de poix et y mit le petit garçon. Puis elle mit l’arche dans les joncs sur la rive du fleuve.

Une arche. Le mot hébreu, on plutôt égyptien, est théba ; il n’est employé dans la Bible qu’ici et en parlant de l’arche de Noé (tandis que l’arche de l’alliance est appelée arôn). Il désigne proprement les coffres ou cercueils dans lesquels les Égyptiens renfermaient les momies.

En roseau. Le roseau. dont il est ici question (gômé), est le cyperus papyrus ; connu jadis dans la Basse-Égypte, il ne se trouve plus qu’en Nubie. Il n’est pas cylindrique, mais triangulaire, de l’épaisseur d’un doigt et de dix à quinze pieds de haut. Comme il est très fort, les anciens Égyptiens s’en servaient pour faire des canots (Ésaïe 13.2).

4 Et la sœur de l’enfant se tenait à distance pour savoir ce qui lui arriverait. 5 Or la fille de Pharaon vint faire ses ablutions sur le bord du fleuve et ses femmes marchaient le long du fleuve. Elle vit l’arche au milieu des joncs et envoya sa servante pour le prendre.

Sur le bord du fleuve (et non dans le fleuve, comme le disent toutes les versions, en opposition avec le texte). Il n’est donc pas question ici d’un bain, mais d’ablutions religieuses faites au bord du fleuve sacré, comme celles que Pharaon lui-même parait, avoir faites quotidiennement (Exode 8.20).

On peut supposer que Jokébed savait quelque chose des habitudes de la princesse et de son caractère, et que c’était à dessein qu’elle avait choisi cet endroit-là pour exposer son enfant.

6 Et elle l’ouvrit et vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait. Et elle eut pitié de lui et dit : C’est un des enfants des Hébreux. 7 Et la sœur de l’enfant dit à la fille de Pharaon : Dois-je aller te chercher une nourrice d’entre les femmes des Hébreux pour qu’elle t’allaite ce petit garçon ?

D’entre les femmes des Hébreux. Ces mots n’étaient point, comme on l’a dit, une imprudence de la jeune fille. Ils devaient paraître très naturels à la princesse, puisque, grâce à l’édit barbare de Pharaon, il y avait alors chez les Hébreux mainte nourrice n’ayant plus d’enfant à allaiter.

8 Et la fille de Pharaon lui dit : Va. Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant. 9 Et la fille de Pharaon lui dit : Emporte cet enfant-là et allaite-le-moi ; c’est moi qui te donnerai ton salaire. Et la femme prit l’enfant et l’allaita. 10 Quand l’enfant eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon et il devint son fils, et elle lui donna le nom de Moïse. Car, dit-elle, je l’ai tiré de l’eau.

L’enfant fut adopté par la princesse et, en conséquence, instruit dans toute la science des Égyptiens (Actes 7.22).

Le nom de Moïse. On a quelquefois dérivé le nom de Moïse (Mosché) des mots égyptiens mo (eau) et udsché (sauver). C’est l’explication que paraissent avoir admise les LXX, qui vivaient Égypte et qui appellent Moïse Moüsès (d’où la forme de ce nom dans notre langue), et non Moses d’après l’hébreu.

Les égyptologues les plus récents pensent cependant que le nom primitif doit avoir été Mesou ou Masi, nom déjà en usage en Égypte et qui signifie proprement tiré hors de et de là simplement fils. La princesse explique le choix qu’elle fait de ce nom : C’est, dit-elle parce que je l’ai tiré hors de l’eau. La racine hébraïque à laquelle se rattache le nom de Moïse a le même sens que la racine égyptienne (ce qui n’est pas rare), mais la forme de ce nom en hébreu a un sens actif (celui qui tire dehors) et a sans doute été préférée par les Israélites, parce qu’elle rappelait ce que Moïse était pour eux, celui qui les avait fait sortir d’Égypte.

Les légères modifications d’un nom propre pour lui donner un sens nouveau et plus relevé sont très fréquentes chez les Hébreux ; il suffit de rappeler les noms d’Abraham (pour Abram), Sara (pour Saraï).

11 Et il arriva, en ce temps-là, que Moïse, étant devenu grand, sortit pour aller vers ses frères et vit leur lourd travail, et il vit un Égyptien frapper un Hébreu, un de ses frères.
11 à 22 - Fuite de Moïse au pays de Madian

En ce temps-là. Expression vague employée souvent dans la Bible (par exemple Matthieu 3.1). Elle indique qu’on est toujours dans la même période historique, que rien n’est changé depuis les derniers faits racontés.

12 Alors, s’étant tourné de côté et d’autre et voyant qu’il n’y avait personne, il tua l’Égyptien et le cacha dans le sable. 13 Il sortit encore le lendemain et, voyant deux Hébreux qui se battaient, il dit à celui qui avait tort : Pourquoi frappes-tu ton camarade ?

L’amour de Moïse pour ses frères, amour qui était réel et sincère (Hébreux 11.25), le porte d’abord, non pas à servir, mais à régenter ; ce qui est bien d’accord avec le caractère et les habitudes que devait avoir un homme élevé dans une condition si fort au-dessus de la leur.

14 Mais celui-ci lui dit : Qui t’a établi pour être notre chef et notre juge ? Est-ce que tu veux me tuer, comme tu as tué l’Égyptien ? Alors Moïse eut peur et dit : Certainement l’affaire s’est ébruitée. 15 Et Pharaon apprit cette affaire et chercha à faire mourir Moïse, et Moïse s’enfuit loin de Pharaon. Il s’arrêta dans la terre de Madian et s’assit près du puits.

Moïse, qui a étudié quarante ans les sciences humaines au centre de la civilisation, doit étudier quarante ans dans le désert, aux pieds de Dieu seul.

Son action était généreuse et le Nouveau Testament l’envisage ainsi (Actes 7 ; Hébreux 11) ; mais Dieu épure ce qui est pur : Moïse doit apprendre à agir non seulement pour le Seigneur, comme il l’a fait, mais par le Seigneur.

La terre de Madian s’étendait principalement à l’est du golfe Elanite, qui sépare la presqu’île du Sinaï de l’Arabie ; mais les Madianites paraissent avoir occupé aussi une partie de la côte ouest, spécialement le cap le plus méridional de la presqu’île du Sinaï ; c’est là sans doute que se trouvait la tribu dont Réuël était le chef.

Près du puits. Encore de nos jours, en Orient, quand un voyageur s’arrête au coucher du soleil dans un village avec l’intention d’y passer la nuit, il se rend vers le puits, afin d’avoir l’occasion d’y trouver, parmi ceux qui s’y rendent à cette heure-là, quelqu’un à qui il puisse demander l’hospitalité. Comparez Genèse 24.41 ; Genèse 29.2

16 Or le sacrificateur de Madian avait sept filles, et elles vinrent puiser de l’eau et remplirent les auges pour abreuver les brebis de leur père.

Le sacrificateur de Madian. Les Madianites, descendants d’Abraham et de Kétura (Genèse 25.2) connaissaient le Dieu d’Abraham, quoique quelques-unes de leurs tribus, voisines des Cananéens, fussent devenues idolâtres (Nombres 25.16-18).

Le sacrificateur dont il est ici question était sans doute, comme Melchisédek un chef à la fois politique et religieux, ce qui est naturel dans de petites tribus nomades. Il n’était point sacrificateur et chef de tout Madian ; c’était probablement le cheik de l’une des tribus dont se composait ce peuple.

17 Mais les bergers étant venus les chasser, Moïse se leva, prit leur défense et abreuva leurs brebis. 18 Quand elles retournèrent vers Réuël leur père, celui-ci leur dit : Pourquoi revenez-vous si tôt aujourd’hui ? 19 Et elles dirent : C’est qu’un homme égyptien nous a débarrassées des bergers et que même il a puisé pour nous toute l’eau qu’il fallait et a abreuvé les brebis. 20 Alors il dit à ses filles : Et où est-il ? Pourquoi avez-vous laissé là cet homme ? Appelez-le et qu’il mange du pain. 21 Et Moïse consentit à demeurer avec cet homme. Et celui-ci donna à Moïse sa fille Séphora,

Donna sa fille. De nos jours encore, le mariage dans la tribu est chez les bédouins le seul mode de naturalisation.

22 et elle enfanta un fils auquel il donna le nom de Guersom, parce que, dit-il, j’ai été habitant d’une terre étrangère.

L’explication de ce nom donnée par Moïse ne se justifie pleinement qu’en égyptien, langue dans laquelle guer signifie (de même qu’en hébreu) habitant temporaire, hôte, et schemmo : terre étrangère.

Selon l’habitude des Hébreux, la forme du nom a été légèrement modifiée, afin de lui donner une étymologie et une terminaison hébraïques en le faisant provenir de garasch, bannir.

Moïse eut encore de Séphora un autre fils, qu’il nomma Éliézer (Exode 18.4).

23 Dans ce temps, qui fut long, il arriva que le roi d’Égypte mourut, et les fils d’Israël gémirent de leur servitude et crièrent, et leur appel monta à Dieu du sein de la servitude.
23 à 25 - Dieu a compassion de son peuple opprimé

Qui fut long. Les quarante ans que, Moïse passa en Madian, selon la tradition (Actes 7.30).

Ceux qui voient ici la reprise du document élohiste, abandonné dès Exode 1.14 appliquent cette expression à la longue durée de l’oppression israélite avant la délivrance qui va être racontée. Comparez Exode 7.7, d’où il résulte qu’elle avait duré plus de quatre-vingts ans.

Ce verset et les suivants forment la transition au récit suivant. Le roi qui mourut ne peut être que celui qui a été mentionné Exode 1.15, sans que l’on puisse décider sûrement si c’est le même que celui de Exode 1.8. Cette mort parait n’avoir rien changé à l’état du peuple, qui reste là sans motif d’espérer, d’autant plus qu’il a vu disparaître depuis si longtemps celui en qui il avait pu entrevoir un libérateur.

24 Et Dieu entendit leur sanglot et Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac et avec Jacob, 25 et Dieu vit les fils d’Israël et Dieu connut leur état.

Dieu connut… Le peuple désespéré a crié et Dieu a connu. Ce dernier mot dit beaucoup, dit tout.