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Exode 16
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Et toute l’assemblée des fils d’Israël partit d’Élim et ils arrivèrent au désert de Sin, qui est entre Élim et Sinaï, le quinzième jour du second mois après leur sortie du pays d’Égypte.

1 à 36

Les cailles ; la manne (nouveaux murmures).

Et ils arrivèrent au désert de Sin. L’Exode ne parle pas ici d’une étape au bord de la mer Rouge, entre Élim et le désert de Sin, que mentionne le livre des Nombres (Exode 33.10). En marchant au sud depuis Élim, le peuple eut d’abord à traverser un massif montagneux qui descendait jusqu’à la mer et qui était coupé par plusieurs wadis ; voir à Exode 15.27 et carte.

De là il descendit vers la mer, au bord de laquelle il campa (dans la plaine qui entoure le promontoire de Ras-Sulimeh). C’était là que se trouvait le port où l’on embarquait les produits des mines exploitées par les Pharaons dans ce district montagneux. Arrivé à cet endroit de la côte, Moïse pouvait continuer à conduire le peuple vers le sud en suivant le bord de la mer, jusqu’à l’endroit où débouche le Wadi Feyran venant de l’est. Cette vallée, la plus belle de toute la péninsule, renferme d’excellents pâturages ; les bosquets de palmiers, de tamarix et spécialement de tarfas ou arbres à manne, y abondent. En la remontant, le peuple arrivait au Wadi es-Scheik, qui le menait droit au Sinaï. Ou bien, en continuant à suivre le bord de la mer plus loin encore vers le sud, il arrivait en face du Wadi Hebrân, qui le conduisait au Sinaï plus directement encore. Mais ces deux voies présentaient de grandes difficultés. La plaine de El-Marka, au sud de Ras-Sulimeh, est un désert brûlant et sans eau et le Wadi Hebrân est escarpé et fort raboteux. De plus, dans le passage des Nombres cité plus haut, il est dit, au verset 11, que  le peuple, étant parti de la mer Rouge, campa au désert de Sin. Or, continuer à longer la mer, ce ne serait pas partir de la mer : Ce même passage dit encore que le désert de Sin, où arriva bientôt le peuple, est situé entre Élim et Sinaï. Cette détermination géographique ne convient pas au désert d’El-Marka, qui est au sud d’Élim, tandis que le Sinaï est au sud-est. Il faut donc admettre qu’Israël quitta le rivage de la mer pour s’engager dans les montagnes qu’il avait laissées jusqu’alors à sa gauche. L’entrée la plus naturelle dans cette contrée était le Wadi Tajjibeh qui débouche sur la plaine de Ras-Sulimeh et que le peuple avait déjà suivi quelque temps en descendant jusqu’à la mer. Il put, le remonter facilement, car c’est une vallée riante, parée de palmiers et de tamarix et où l’on trouve une eau passable. Arrivé au haut du vallon, le peuple pouvait incliner au sud-sud-est, et, traversant le district minier de Maghara et le Wadi Mokatteb, atteindre ainsi le Wadi Feyran et de là le Wadi es-Scheik qui le conduisait au Sinaï. Mais d’abord il est difficile de trouver dans cette direction une plaine à laquelle convienne le nom de désert de Sin ; puis le passage du Wadi Mokatteb au Wadi Feyran est si étroit et si escarpé, qu’il eût fallu des semaines au peuple pour passer par là avec ses troupeaux. Nous pensons donc plutôt qu’après avoir atteint le haut du Wadi Tajjibeh, le peuple se dirigea plus à l’est, vers la grande plaine sablonneuse qui porte le nom de Debbet-er-Ramleh. Il pouvait arriver à ce plateau en suivant le Wadi Hamr, puis le Wadi Nasb. Du bord de la mer jusqu’à Nasb, c’est une distance de trente kilomètres. Le plateau qui commence là est une large bande sablonneuse et déserte qui traverse presque toute la péninsule de l’ouest à l’est, séparant la chaîne calcaire de Paran (ou Ettih), au nord, du massif granitique du Sinaï, au sud. Elle peut avoir porté le nom de désert de Sin, quoique nous n’en ayons pas la preuve. Elle est située (voir le texte des Nombres) en droite ligne entre Élim et Sinaï. Le Wadi Nasb étant aussi un district de mines, une route devait y conduire. Là se trouve une eau excellente dont le peuple pouvait faire provision pour les jours suivants.

Le passage Nombres 33 mentionne, à la suite de l’arrivée au désert de Sin, trois localités : Dophka, Alousch et Rephidim. Les deux premières sont totalement inconnues ; sur la troisième, voir à Exode 17.8

L’expression des Nombres : Du désert de Sin ils vinrent à Dophka et Alousch, fait penser que le peuple ne suivit pas longtemps le désert, où ses troupeaux n’auraient pu vivre, mais qu’il inclina vers le sud-est en suivant une série de wadis qui bordent ce désert au sud ; il put arriver ainsi au Wadi  es-Scheik, la plus grande, la plus belle vallée de la péninsule après le Wadi Feyran et que l’on pourrait presque appeler la grande route du Sinaï. De l’entrée du désert de Sin à celle du Wadi es-Scheik, il faut compter environ soixante kilomètres et de là à la plaine d’er-Rahah, au pied du Sinaï, quarante kilomètres. Cela fait en tout, de Sin au Sinaï, une centaine de kilomètres, par conséquent, à vingt kilomètres par jour, cinq jours. Or le passage Exode 19.1 en indique quinze. On voit que le temps indiqué était pleinement suffisant, même pour une caravane aussi chargée que l’était le peuple.

Le quinzième jour du mois. De Ramsès au désert de Sin (par Ayoun-Mousa et Élim), le peuple avait donc mis un mois ; car la sortie d’Égypte avait eu lieu dans la nuit du 14 au 15 du premier mois de l’année.

2 Et toute l’assemblée des fils d’Israël murmura contre Moïse et contre Aaron dans le désert.

2 à 12 - Murmures du peuple

Toute l’assemblée murmura. Les provisions de bouche étaient épuisées ; à la fatigue s’ajoutait le tourment de la faim ; car le peuple ne pouvait songer à se défaire de ses troupeaux. Les murmures s’adressaient à Moïse et Aaron comme s’ils avaient agi de leur chef et par ambition. Les mots toute l’assemblée semblent indiquer un mécontentement plus général encore que Exode 15.24

3 Et les fils d’Israël leur dirent : Que ne sommes-nous morts de la main de l’Éternel dans la terre d’Égypte, quand nous étions assis devant les pots de viande, quand nous mangions du pain tout notre soûl ! Car vous nous avez poussés dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude.

Que ne sommes-nous morts ? Il eût mieux valu passer tout droit de cette vie d’abondance à la mort, comme les premiers-nés des Égyptiens dans la nuit de la Pâque. Les mots : de la main de l’Éternel, indiquent un coup violent et surnaturel.

Devant les pots de viande. Le souvenir de l’Égypte commence à s’embellir pour eux du charme de la distance ; comparez Nombres 11.5, où l’illusion apparaît plus complète encore.

4 Alors l’Éternel dit à Moïse : Je vais vous faire pleuvoir du pain du haut des cieux, et le peuple sortira et en recueillera jour par jour ce qu’il lui faut, afin que je l’éprouve [pour voir] s’il marchera en ma loi ou non.

À Moïse. Plus qu’aucun autre, il avait besoin d’être soutenu ; car c’était lui qui  portait la plus grosse part de responsabilité dans cette grande entreprise.

Afin que je l’éprouve. Dieu ne veut pas encore punir Israël de son manque de foi ; il ne veut que l’éprouver, en lui donnant sa nourriture jour par jour, sans que jamais il en reste rien pour le lendemain, afin de le faire grandir spirituellement à cette école quotidienne de confiance et d’obéissance.

5 Mais le sixième jour ils prépareront ce qu’ils en apporteront et il y en aura le double de ce qu’ils en recueillent chaque jour.

Et il y en aura le double. C’est ici une exception au : jour par jour, du verset 4. En ce jour-là seulement ils recevront extraordinairement le pain du lendemain. Le motif de cette exception ressortira plus tard : le repos du septième jour serait troublé par la récolte de la manne ; voir aux versets 23 à 30.

6 Et Moïse et Aaron dirent à tous les fils d’Israël : Ce soir vous saurez que c’est l’Éternel qui vous a fait sortir du pays d’Égypte,

Ce soir vous saurez : par l’arrivée des cailles, verset 13.

Il paraît clairement par la fin du verset que le peuple accusait Moïse de les avoir fait sortir d’Égypte sans la volonté de l’Éternel.

7 et demain matin vous verrez la gloire de l’Éternel, car il entend vos murmures qui sont contre l’Éternel. Nous, que sommes-nous, que vous murmuriez contre nous ?

Vous verrez la gloire : par le don de la manne ; voir au verset 14.

Car il entend vos murmures. Israël avait demandé de la viande et du pain (verset 3). L’Éternel leur donnera l’un et l’autre, ce qui prouve bien que leurs coupables murmures sont arrivés Jusqu’à son oreille.

Que sommes-nous ? De simples instruments.

8 Et Moïse dit : Ce sera quand l’Éternel vous donnera ce soir de la viande à manger, et demain du pain tout votre soûl ; car l’Éternel entend ce que vous murmurez contre lui. Nous, que sommes-nous ? Ce n’est pas contre nous que vous murmurez, c’est contre l’Éternel.

C’était Aaron qui avait d’abord parlé pour son frère et lui (verset 6). Moïse répète au peuple la même promesse et le même reproche en lui rappelant encore plus énergiquement par ces mots : tout votre soûl, l’indigne langage qu’il avait tenu (verset 3). Puis il laisse à Aaron le soin de communiquer à l’assemblée l’ordre suivant.

9 Et Moïse dit à Aaron : Dis à toute l’assemblée des fils d’Israël : Présentez-vous devant l’Éternel, car il a entendu vos murmures.

Présentez-vous devant l’Éternel. On a pensé que ces mots faisaient allusion à  l’habitation de l’Éternel dans le Tabernacle et qu’il y avait par conséquent là un anachronisme. Mais dans tout campement il y a un lieu principal où réside le commandement de la caravane. C’était, ici, le lieu où se trouvait la nuée, comme le montre le verset suivant.

10 Et comme Aaron parlait à toute l’assemblée des fils d’Israël et que ceux-ci se tournaient vers le désert, voilà que la gloire de l’Éternel apparut dans la nuée.

À la parole d’Aaron, tout le peuple détourne ses yeux du camp pour les tourner vers la nuée qui était en tête, du côté de la contrée déserte où l’on s’avançait.

La gloire de l’Éternel apparut. En voyant chaque jour la colonne de nuée, le peuple s’était habitué à l’envisager comme quelque chose de naturel. C’est pourquoi elle prend en ce moment un aspect extraordinaire et menaçant ; elle resplendit d’un éclat particulier ; comparez Lévitique 10.2. Avant de montrer sa gloire en satisfaisant les vœux du peuple (verset 7), Dieu la montre par cette apparition saisissante, afin que le peuple comprenne bien de qui viendra l’exaucement et quelle responsabilité il encourt en se révoltant contre Celui qui daigne le conduire.

11 Et l’Éternel parla à Moïse et lui dit :

Versets 11 et 12 Dieu ordonne à Moïse de répéter au peuple, rendu sérieux et attentif par la crainte, ce qui va se passer, pour que nul n’y voie un simple hasard.

12 J’ai entendu les murmures des fils d’Israël. Parle-leur ainsi : Dans la soirée vous mangerez de la viande et demain matin vous vous rassasierez de pain, et vous saurez que moi, l’Éternel, je suis votre Dieu. 13 Et le soir on vit monter les cailles et le camp en fut couvert. Et le matin il y avait une couche de rosée autour du camp,

13 à 24 L’exaucement

On vit monter. Ce qui vient de loin, en se rapprochant, paraît s’élever.

Les cailles ; non pas des cailles, mais les vols de cailles bien connus, qui traversent régulièrement la péninsule du Sinaï au printemps, en venant d’Afrique pour se rendre plus au nord et en automne, en retournant au sud ; elles passent alors dans ces contrées en vols si serrés, que l’on peut en abattre aisément deux ou trois d’un coup en leur jetant un bâton ; elles sont même parfois si lasses qu’elles se laissent tomber à terre et qu’on peut les prendre avec la main. Une foule de voyageurs ont constaté ce phénomène en Arabie, en Syrie et en d’autres contrées. Ainsi Tristram raconte qu’il trouva un matin en Algérie le sol couvert de ces oiseaux, sur une étendue de plusieurs acres, tandis que le soir précédent il n’y en avait pas trace. Les Arabes apprécient beaucoup cette viande et la conservent en la salant. Il est dit Nombres 11.31 que les cailles venaient de delà la mer ; elles avaient traversé la mer Rouge et tombaient de fatigue. Le miracle ne consista donc pas dans le fait lui-même, mais dans la circonstance que ce fait arriva au moment précis pour lequel il avait été annoncé et où il répondait au dessein divin.

Et le matin il y avait… : le soir Dieu avait donné la viande ; au matin, il y ajoute le pain, selon sa promesse.

14 et lorsque la couche de rosée se fut dissipée, on aperçut à la surface du désert de petits grains floconneux, de petits grains pareils à du givre sur le sol.

Il y a une manne naturelle, bien connue dans ces contrées, en particulier dans tout le district entre Élim et Sinaï jusqu’au Wadi Feyran, au sud. Elle provient d’un arbre appartenant au genre des tamarix et que les Arabes nomment tarfa. Après la saison des pluies, si elles ont été abondantes, la sève de cet arbre suinte à travers l’écorce du tronc et des branches et tombe à terre en grosses gouttes, semblables à de la gomme, qui prennent la forme de petits grains bruns ou jaunâtres ayant un goût de miel. Un naturaliste croit avoir constaté que cette exsudation est occasionnée par la piqûre d’un insecte qui loge ses œufs dans l’écorce de l’arbre. Ce phénomène commence au mois de mai et a lieu surtout pendant les mois de juin et de juillet. Les Arabes recueillent avec soin cette manne, dont ils usent comme nous le faisons du miel. Ils vont la vendre jusqu’au Caire ; c’est également l’un des objets que les moines du couvent de Sainte-Catherine, au Sinaï, vendent aux voyageurs. L’on en recueille aujourd’hui de six à sept cents livres par an ; autrefois, lorsque les forêts étaient beaucoup plus considérables qu’aujourd’hui, la récolte devait être bien plus abondante encore.

Cette manne naturelle offre une analogie évidente avec l’aliment dont Dieu nourrit son peuple dans le désert ; malgré cela, elle ne peut être identifiée avec celui-ci. La manne ordinaire ne couvre point toute la surface du sol, mais uniquement les alentours du tronc de l’arbre d’où elle découle. Elle ne se produit pas en toute saison, mais seulement pendant deux mois et uniquement dans certains districts de la péninsule. La manne des Israélites était une substance dure que l’on devait moudre ou piler (Nombres 11.8) et qui était propre à servir d’aliment, tandis que la manne naturelle est molle et ne peut être employée que comme condiment ou comme purgatif. Enfin et surtout, la circonstance qu’on n’en trouvait point le jour du sabbat et qu’on en recueillait le double le jour avant, si on ne veut pas en faire une pure légende, donne nécessairement à la manne des Israélites le caractère d’un produit miraculeux.

On connaît encore en Orient une espèce de lichen, dans lequel quelques-uns ont vu l’aliment extraordinaire des Israélites. Cette plante se trouve dans les steppes de l’Asie centrale. Comme elle pousse sur le sol sans jeter de racines, elle peut facilement être enlevée par le vent et bien souvent elle va s’abattre en grandes masses dans des régions éloignées, où elle couvre le sol à plusieurs pouces de hauteur. On en fait un fort bon pain. Mais elle ne ressemble en rien à la description biblique de la manne et appartient à des contrées plus orientales.

La relation dans laquelle la manne des Israélites est mise avec la rosée matinale, fait supposer qu’elle provenait d’une substance miellée qui durant la nuit se trouvait en suspension dans l’air, avec l’humidité qui se dépose au matin sous forme de rosée. Nous ne pouvons en savoir davantage. Dans tous les cas, il ne faut pas s’imaginer que la manne soit l’unique aliment dont le peuple ait vécu durant son passage au désert. Il avait le lait de ses troupeaux et les produits de la chasse. L’on voit, par Lévitique 8.2 ; Nombres 7.13, qu’ils avaient aussi de la farine et du pain, ce qui s’explique par le fait de leurs séjours prolongés en plusieurs stations, où ils eurent le temps de cultiver les oasis, comme le font encore quelques tribus de bédouins et d’en récolter les fruits. Ils durent aussi quelquefois acheter d’autres produits, tels que de l’huile et du vin (Lévitique 9.4 ; Lévitique 10.9, etc.), par un commerce d’échange avec les caravanes qui traversaient le désert. Comparez Deutéronome 2.6

15 Et les fils d’Israël les virent et se dirent les uns aux autres :  C’est de la manne ! Car ils ne savaient ce que c’était. Et Moïse leur dit : C’est le pain que l’Éternel vous a donné pour nourriture.

C’est de la manne. Les anciennes versions rendent les mots hébreux man hou par : Qu’est-ce que cela ? en supposant que le mot man signifie quoi ? comme en araméen. Et l’on a conclu de là que la manne des Israélites avait tiré son nom de cette question même et que ce nom avait été appliqué ensuite à la manne naturelle qu’on recueille dans cette contrée. Mais c’est plutôt l’inverse qu’il faut admettre ; car la manne naturelle était déjà connue des Égyptiens et paraît avoir porté chez eux, dès les temps les plus anciens, le nom de mannu, de sorte qu’en voyant pour la première fois ce pain du ciel que Dieu lui donnait (Psaumes 105.40), le peuple, ne sachant ce que c’était que ce produit et trouvant qu’il ressemblait à la manne naturelle, s’écria aussitôt en employant le nom déjà usité pour désigner celle-ci : C’est là de la manne, ce que signifie littéralement l’expression hébraïque.

On a aussi entendu celle-ci dans ce sens : C’est un don (de Dieu), en appliquant ici le sens de don qu’a en hébreu le mot man. Mais cette exclamation dans la bouche du peuple serait peu naturelle. C’est Moïse qui exprime l’idée que cette interprétation met faussement dans la bouche du peuple ; et peut-être Moïse fait-il réellement allusion à ce sens du mot hébreu man (don), en disant : le pain que Dieu vous a donné.

16 Voici ce qu’a ordonné l’Éternel : Recueillez-en chacun ce qu’il en faut pour sa nourriture : un omer par tête, selon le nombre des personnes ; chacun en prendra pour ceux qui sont dans sa tente.

Un omer par tête. Un omer contenait à peu près deux à trois litres, ce qui n’est pas trop pour 24 heures.

Chacun en prendra. Une personne par famille devait aller recueillir la manne pour les autres.

17 Les fils d’Israël firent ainsi et recueillirent de la manne, les uns beaucoup, les autres peu ;

Les uns beaucoup… Chacun en recueillait plus ou moins, selon que sa famille était plus ou moins nombreuse.

18 puis ils la mesurèrent à l’omer, et celui qui en avait beaucoup n’avait rien de trop et celui qui en avait peu n’en manquait point : chacun en avait recueilli ce qu’il lui en fallait pour manger.

Les anciens interprètes juifs ont vu ici un nouveau miracle, comme si la portion recueillie par chacun s’était accrue ou diminuée surnaturellement pendant le retour du désert au camp, de sorte qu’à l’arrivée il se trouvait qu’il y avait exactement un omer par personne dans chaque famille. Le récit ne contient rien d’aussi fantastique. Ou bien le sens est simplement que, chacun ramassant autant d’omers que sa famille avait de membres, celui qui ramassait beaucoup (parce que sa famille était nombreuse) n’avait pas de superflu et celui qui ramassait peu, par la raison contraire, n’avait pas de déficit ; le miracle se trouverait uniquement dans le fait que l’abondance de la manne répondait d’une manière générale à ce besoin d’un omer par tête. Il y avait assez, mais non pas trop. Ou bien l’on peut supposer avec plusieurs que la manne recueillie par tous était réunie en monceaux et qu’on mesurait à chacun le nombre d’omers correspondant à celui des membres de sa famille.

L’apôtre Paul a appliqué ce passage à l’Église, 2 Corinthiens 8.15, dans ce sens que Dieu a pourvu aux besoins de tous, si seulement, par les soins ingénieux de la charité, le plus de l’un supplée au moins de l’autre.

19 Et Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’à demain !

Ce que demandait ici Moïse était un acte de foi ; voir au verset 4. Plusieurs ne s’en montrèrent pas capables.

La punition de Dieu fut douce, mais l’indignation de Moïse éclata avec d’autant plus de vivacité.

20 Mais on n’écouta pas Moïse et il y eut des gens qui en gardèrent jusqu’au lendemain ; les vers s’y mirent et elle sentit mauvais. Et Moïse s’irrita contre eux. 21 Ils recueillirent donc la manne chaque matin, chacun selon sa consommation, et quand le soleil devenait ardent, elle fondait. 22 Mais le sixième jour ils en recueillirent le double, deux omers par personne, et tous les princes de l’assemblée vinrent le rapporter à Moïse,

Les Israélites obéissent à ce que Dieu leur avait commandé (verset 5), mais sans comprendre encore le motif de cette manière d’agir. Leurs chefs vont donc interroger Moïse sur la raison de cet ordre qu’il a donné et celui-ci le leur explique par le caractère sabbatique du jour suivant.

23 qui leur dit : C’est ce qu’a dit l’Éternel. Demain est un sabbat, un jour de repos saint à l’Éternel. Ce que vous avez à cuire au four, cuisez-le ; ce que vous avez à faire bouillir, faites-le bouillir ; et tout le surplus, mettez-le en réserve pour demain.

Le mot de sabbat, qui désigne proprement la cessation de travail, apparaît ici pour la première fois. Au moment où Israël cesse d’être une simple famille et où il devient un peuple, l’Éternel veut faire entrer dans ses mœurs nationales la pratique si importante du repos du septième jour. La base de cette institution avait été posée dès longtemps dans le repos divin Genèse 2.3, dont la tradition s’était conservée. Mais cette connaissance traditionnelle n’avait pas encore été appliquée, comme elle devait l’être, à la vie du peuple. C’est ce que Dieu fait comprendre par la disposition relative à la manne, préparant ainsi le commandement positif qui sera donné bientôt dans le décalogue. Voir encore à Exode 20.8 et suivants.

24 Ils le serrèrent donc jusqu’au lendemain, comme Moïse l’avait ordonné, et cela ne sentit point mauvais et les vers ne s’y mirent point. 25 Et Moïse dit : Mangez-la aujourd’hui, car aujourd’hui est sabbat en l’honneur de l’Éternel ; aujourd’hui vous n’en trouveriez point dans la campagne.

25 à 30 Nouvelle désobéissance d’une partie du peuple

Manquant de foi et de soumission à la parole de Moïse, plusieurs s’en vont chercher de la manne au désert le matin du sabbat. Ils ne sont punis encore cette fois, que par l’inutilité de cette tentative et par la réprimande de Moïse. Mais ce fait donne lieu à la défense, qui fut plus tard exactement réglementée par les rabbins, de marcher au-delà d’une certaine distance le jour du sabbat.

26 Pendant six jours vous en recueillerez ; mais le septième jour, jour de sabbat, il n’y en aura pas. 27 Or le septième jour, il y eut des gens qui sortirent pour en recueillir, mais ils n’en trouvèrent point. 28 Et l’Éternel dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? 29 Voyez ! C’est parce que l’Éternel vous a donné le sabbat qu’il vous donne le sixième jour du pain pour deux jours. Que chacun reste où il est ; que nul ne sorte de chez soi le septième jour. 30 Ainsi le peuple se reposa le septième jour. 31 Et la maison d’Israël donna à ce pain le nom de manne. Cette manne était comme de la graine de coriandre, blanche et ayant le goût de galette au miel.

31 à 36

Tout ce qui suit jusqu’à la fin du chapitre est une note explicative  ajoutée au récit qui précède. L’auteur y a réuni tous les renseignements intéressants relatifs à la manne.

Graine de coriandre. Cette plante est une ombellifère très aromatique, dont les graines sèches ont un goût agréable. Comparez Nombres 10.7

32 Et Moïse dit : Voici ce que l’Éternel a ordonné : Conservez-en le contenu d’un omer pour vos descendants, afin qu’ils voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, quand je vous ai tirés de la terre d’Égypte.

Cet ordre ne peut avoir été donné ou du moins exécuté en ce moment où le Tabernacle et l’Arche n’existaient pas encore (verset 34). C’est donc encore ici une notice insérée à l’occasion de la première apparition de la manne.

33 Moïse donc dit à Aaron : Prends une cruche et mets-y de la manne plein un omer, et place-la devant l’Éternel afin de la conserver pour vos descendants.

Une cruche. Le mot hébreu désigne proprement un de ces vases de terre poreuse dont on se sert dans les pays chauds pour rafraîchir l’eau. D’après Hébreux 9.4, c’était un vase d’or.

34 Et selon que l’Éternel l’avait ordonné à Moïse, Aaron la plaça devant le Témoignage pour la conserver. 35 Les fils d’Israël ont mangé la manne pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’ils arrivassent en pays habité : ils ont mangé la manne jusqu’à ce qu’ils arrivassent aux confins du pays de Canaan.

Autre notice semblable à la précédente ; comparez Josué 5.12

36 L’omer est le dixième de l’épha.

L’omer, étant la dixième partie de l’épha, contenait 2 litres, si l’on part des données des rabbins et 3 ou 4, si l’on prend pour base celles de Josèphe. Il ne faut pas confondre l’omer avec le homer ou chomer (Lévitique 27.16 et ailleurs), qui contenait 10 éphas. C’est le même rapport qu’entre le décilitre et le décalitre.