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Esaïe 51
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Plan du commentaire biblique de Esaïe 51

1 à 8 invitation à la confiance

Le chapitre 50 s’est terminé par une menace à l’adresse de ceux qui méprisent la parole de Dieu. C’est maintenant à ceux qui obéissent à sa voix que va parler le prophète pour les encourager à croire ; il fait valoir trois motifs de confiance : ce que Dieu a fait jadis pour Abraham (versets 1 à 3) ; le salut et le jugement universels qu’il veut opérer (versets 4 à 6), enfin le châtiment spécial qu’il réserve aux ennemis de son peuple (versets 7 et 8).

Vous qui suivez la justice… : vous qui pouvez comprendre les voies de Dieu et avez assez de foi pour croire que ce qu’il a fait, il peut le faire encore !

Regardez… : afin que vous repreniez courage.

L’image du rocher et de la carrière est expliquée au verset suivant.

1 Écoutez-moi, vous qui suivez la justice, qui cherchez l’Éternel ! Regardez au rocher d’où vous avez été taillés, à la carrière d’où vous avez été tirés ! 2 Regardez à Abraham, votre père, et à Sara, qui vous a enfantés ; car je l’appelai quand il était seul, et je l’ai béni et multiplié.

L’histoire d’Abraham est à la fois un type et un gage de la délivrance promise à Israël. Il était seul lors de sa vocation, et il est devenu, par le miracle de la naissance d’Isaac, le père d’une multitude. Israël, si réduit qu’il soit, n’en est pas à ce point : il peut donc à plus forte raison être relevé de ses ruines. Et il le sera, car les fils héritent de la bénédiction des pères : ils sont donc d’avance tous bénis en Abraham, leur père béni (Galates 3.9).

3 Car l’Éternel a consolé Sion ; il a consolé toutes ses ruines, et il a fait de son désert un Éden et de sa solitude un jardin de l’Éternel. On y trouvera la joie et l’allégresse, les chants de louange et le son de la musique.

L’Éternel a consolé, etc. : passés prophétiques.

Sion, dans sa désolation présente, est pareille à Sara dans sa stérilité ; sa solitude se repeuplera, et son désert sera changé en paradis (Ésaïe 54.1-2 ; Ésaïe 49.18-20).

4 Sois attentif, ô mon peuple ; vous qui êtes miens, prêtez-moi l’oreille ! Car la loi sortira de moi, et j’établirai mon commandement pour éclairer les peuples.

La loi sortira de moi… L’œuvre de révélation qui aux chapitres 42 et 49 est attribuée au serviteur, est présentée ici comme accomplie par l’Éternel lui-même (il en est de même 2-4). Cette œuvre embrassera le monde entier (les peuples ; comparez Ésaïe 2.4 ; Ésaïe 11.9 ; Ésaïe 42.4 ; Ésaïe 42.6). Israël hésiterait-il à se confier en l’auteur d’une œuvre si merveilleuse ?

5 Ma justice est proche ; mon salut va paraître, et mon bras jugera les peuples ; les îles s’attendront à moi, et elles se confieront en mon bras.

La justice de Dieu comprend et le salut d’Israël, manifestation de sa fidélité, et le jugement du monde. Comparez Ésaïe 46.13.

Les îles : les restes des Gentils, échappés au jugement (Ésaïe 45.20). Comparez Ésaïe 42.4.

6 Levez les yeux au ciel, et abaissez-les sur la terre ; car les cieux se dissiperont comme la fumée, et la terre tombera en lambeaux comme un vêtement ; et ses habitants mourront comme des mouches ; mais mon salut durera à toujours, et ma justice ne périra pas.

Comparez Ésaïe 24.19-20 ; Ésaïe 34.4 ; Psaumes 102.26-27, et surtout Matthieu 24.35 : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Si le vieux monde périt, et avec lui quiconque n’a pas accepté la loi de Dieu, c’est pour être remplacé par une création nouvelle (Ésaïe 65.17 ; 2 Pierre 3.13).

7 Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice, peuple qui as ma loi dans ton cœur ! Ne craignez pas les injures des hommes, et ne vous effrayez pas de leurs outrages ;

Peuple qui as ma loi dans ton cœur : l’élite fidèle, l’Israël selon l’Esprit (verset 1 ; Ésaïe 65.10).

8 car la teigne les dévorera comme un vêtement, et la gerce les rongera comme la laine ; mais ma justice durera à toujours, et mon salut jusqu’aux siècles des siècles !

L’image employée ici (comparez verset 6 et Ésaïe 50.9) donne l’idée d’une destruction lente du monde et des méchants. On trouve ailleurs une autre intuition : 2 Pierre 3.10, par exemple (les cieux emportés subitement comme par un ouragan). Ces deux intuitions ne se contredisent pas. L’édifice du monde ne s’écroulera tout à coup qu’après avoir été longtemps miné. Les catastrophes les plus subites n’arriveraient pas, si elles n’étaient précédées et préparées par un long travail de dissolution. S’il était viable, le monde ne périrait pas. Le châtiment final qui le fait disparaître n’est donc que justice.

51.9 à 52.12 la délivrance de Jérusalem

Dans le discours précédent, le prophète a consolé Sion par la perspective du jugement final du monde ; il va la consoler maintenant par la perspective d’une délivrance plus prochaine, le retour de la captivité. Les trois strophes dont se compose ce morceau, d’une poésie et d’une éloquence admirables, sont nettement indiquées par le refrain : Réveille-toi…

9 à 16 l’Éternel, qui a ramené d’Égypte son peuple, va le faire sortir de sa captivité

Réveille-toi… ! C’est le cri plein de foi de l’Église martyre (Psaumes 44.23), proféré ici par le prophète au nom de son peuple.

Rahab : nom poétique de l’Égypte (voir à Ésaïe 30.7) ; le monstre : sans doute le crocodile, symbole ordinaire de ce pays (comparez Ésaïe 27.1). Les fidèles israélites nourrissent leur foi du souvenir des délivrances passées, et particulièrement de la plus glorieuse de toutes, la sortie d’Égypte.

9 Réveille-toi, réveille-toi, revêts-toi de force, bras de l’Éternel ! Réveille-toi comme aux jours anciens, comme aux siècles antiques ! N’est-ce pas toi qui taillas en pièces Rahab, qui transperças le monstre ? 10 N’est-ce pas toi qui desséchas la mer, les eaux du grand abîme ? Qui fis des profondeurs de la mer un chemin pour le passage des rachetés ?

Comparez Ésaïe 43.17.

11 Et ceux dont l’Éternel aura payé la rançon, reviendront et entreront en Sion avec des cris de joie ; une allégresse éternelle couronnera leur tête ; la joie et l’allégresse seront leur part ; la douleur et le gémissement se sont enfuis.

Ce verset ne paraît pas appartenir à ce discours : il interrompt évidemment la suite de la pensée, et on le retrouve textuellement (sauf le changement d’une seule lettre) dans le chapitre 35, d’où il a été tiré selon nous. C’est un parallèle qu’un copiste a ajouté comme une note à l’occasion des derniers mots du verset 10 : un chemin pour le passage des rachetés. Comparez Ésaïe 35.8-10.

12 C’est moi, c’est moi qui vous console. Qui es-tu, pour avoir peur d’hommes qui doivent mourir, de fils d’homme qui passeront comme l’herbe,

Réponse de l’Éternel à la prière du peuple. C’est moi répond au : N’est-ce pas toi … ? versets 9 et 10.

Comparez Ésaïe 40.1 ; Ésaïe 40.6 ; Ésaïe 40.7 ; Ésaïe 2.22 ; Psaumes 103.14-16.

Qui es-tu, pour… : toi, Israël, qui as fait tant d’expériences de ma puissance !

13 et pour oublier l’Éternel, ton Créateur, qui a étendu les cieux et fondé la terre, et pour trembler sans cesse, tout le jour, devant la furie de l’oppresseur, lorsqu’il se prépare à te détruire ? Et où est-elle, cette furie de l’oppresseur ?

La furie de l’oppresseur : comparez Ésaïe 14.5-6. Dieu en parle comme si elle était déjà passée : Où est-elle ? Comparez Ésaïe 33.18.

14 Bientôt celui qui est courbé sera délié ; il ne mourra point dans la fosse, et son pain ne lui manquera pas.

Courbé : sous les fers. Israël captif est comparé à un homme mis au cachot (Ésaïe 42.22 ; Ésaïe 49.9).

Comparez avec les derniers mots : son pain…, Ésaïe 33.16.

15 Moi, l’Éternel, je suis ton Dieu, qui soulève la mer, et ses flots mugissent ; l’Éternel des armées est son nom. 16 Et j’ai mis mes paroles dans ta bouche, et je t’ai couvert de l’ombre de ma main, pour planter des cieux et fonder une terre, et pour dire à Sion : Tu es mon peuple !

Ces mots s’adressent, comme ce qui précède versets 12 à 15, à Israël, c’est-à-dire à la partie fidèle du peuple, qui a dans son cœur la loi de l’Éternel (verset 7) et à laquelle Dieu dit, Ésaïe 59.21 : Mes paroles que j’ai mises dans ta bouche, ne cesseront point d’être dans ta bouche et dans celle de tes enfants et des enfants de tes enfants… L’Israël fidèle doit être l’évangéliste de Jéhova auprès des Gentils ; Dieu lui promet la même protection qu’au Messie (Ésaïe 49.2). Si la tête est protégée, tout le corps l’est aussi.

Pour planter des cieux et fonder une terre. Au verset 13, Israël a été exhorté à ne pas craindre, parce qu’il a pour Dieu celui qui a étendu les cieux et fondé la terre. Ici, pour l’engager à croire à la protection qu’il vient de lui promettre, Dieu lui dévoile le but magnifique en vue duquel il accomplit toute son œuvre de grâce envers lui : la création de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre (comparez verset 6 ; Ésaïe 65.17) ; car le théâtre du règne parfait de la volonté de Dieu doit être une nature renouvelée (Ésaïe 11.6-9). Le but étant si grand, Dieu ne permettra pas que les moyens manquent pour l’atteindre. Ésaïe dit : planter les cieux, parce qu’il les compare à une tente, dont on enfonce les pieux dans le sol (le verbe nata renferme de plus un jeu de mots ; car selon qu’on l’écrit, il signifie planter, comme ici, ou étendre, comme au verset 13) ; et : fonder la terre, parce qu’il la compare à une maison (Ésaïe 24.18-20).

17 Réveille-toi, réveille-toi, lève-toi, Jérusalem, qui as bu de la main de l’Éternel la coupe de sa fureur, qui as bu, qui as vidé le calice, la coupe d’étourdissement !
17 à 23 Jérusalem a bu la coupe de la colère de Dieu ; l’Éternel va maintenant la donner à boire à ses oppresseurs

Tout le morceau Ésaïe 51.9 à 52.12 est un dialogue entre Dieu, le prophète et le peuple. Le prophète prend ici la parole. Israël a dit tout à l’heure : Bras de l’Éternel, réveille-toi ! pour appeler la délivrance. Ésaïe dit maintenant : Sion, réveille-toi ! Relève-toi de tes ruines ! Car l’Éternel a répondu par ses promesses.

La coupe d’étourdissement. Comparez Ézéchiel 23.32-34. Le plus terrible châtiment n’est pas la peine matérielle, mais celle par laquelle Dieu aveugle l’homme et le met dans un état d’ivresse spirituelle qui le prive de toute sensibilité morale (Ésaïe 6.10 ; Ésaïe 29.9-10 ; Romains 11.8-10). C’est cet aveuglement qui conduit aux grandes catastrophes.

18 De tous les fils qu’elle avait enfantés, il n’y en a pas un qui l’ait guidée ; de tous les fils qu’elle avait élevés, pas un qui l’ait prise par la main.

Personne n’a aidé Sion à se relever dans son état d’ivresse.

19 Deux maux t’ont frappée, qui te plaindra ? : la désolation et la ruine, la famine et l’épée ; comment te consolerais-je ?

Elle n’a même eu personne pour la consoler : car humainement il ne pouvait y avoir de consolation à son malheur. On ne pouvait, en le voyant, que demeurer muet d’horreur (Job 2.13).

Les enfants de Sion ont péri par deux maux : la désolation du pays, la famine ; et la ruine, le massacre par l’épée des étrangers (Deutéronome 32.24-25 ; Deutéronome 7.15).

20 Tes fils ont défailli, ils ont été gisants au coin de toutes les rues, comme un cerf dans le filet, ivres de la fureur de l’Éternel, de la menace de ton Dieu. 21 C’est pourquoi, écoute ceci, malheureuse, enivrée, mais non de vin :

C’est pourquoi… Parce que ses maux sont extrêmes, Dieu lui fait entendre la voix de ses consolations.

Enivrée, mais non de vin. Comparez Ésaïe 29.9.

22 Ainsi a dit ton Seigneur, l’Éternel, ton Dieu, qui défend son peuple : Voici, j’ai ôté de ta main la coupe d’étourdissement ; tu ne boiras plus désormais le calice, la coupe de ma fureur ; 23 je la mettrai dans la main de tes persécuteurs, de ceux qui te disaient : Baisse-toi, que nous passions !… et tu as fait de ton dos un sol, une rue pour les passants !

Tu as fait de ton dos un sol… Cette image exprime toute la brutalité de l’oppression. Voyez des images analogues Psaumes 129.3 ; Psaumes 66.12.