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Esaïe 45
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Esaïe 45

1 à 8 l’Éternel déclare à Cyrus que c’est lui qui l’envoie pour sa propre gloire

À son oint ; Cyrus est le seul roi païen qui soit appelé l’oint de l’Éternel : c’est qu’il est revêtu d’une mission d’en-haut, mission analogue à celle du Messie et qu’il est armé pour la remplir, d’une force divine. Comparez Ésaïe 13.3, où l’Éternel appelle les Mèdes ceux qui lui sont consacrés.

Pour renverser devant lui… Comparez Ésaïe 41.2-3. Les historiens profanes parlent de la facilité et de la rapidité inouïes avec lesquelles Cyrus accomplit ses conquêtes. Hérodote dit : Où qu’il plût à Cyrus de porter la guerre, cette nation-là était incapable de lui échapper (I, 204).

Délier la ceinture des rois : les réduire à l’impuissance ; la ceinture est le symbole de la force (Job 40.2).

1 Ainsi a dit l’Éternel à son oint, à Cyrus, que j’ai pris par la main droite, pour renverser devant lui les nations et délier la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les verrous et afin que les portes ne lui soient pas fermées : 2 C’est moi qui marcherai devant toi : j’aplanirai les coteaux ; je briserai les portes d’airain, et je ferai tomber les barres de fer ;

Les portes d’airain : les portes de Babylone ; cette ville avait, en effet, cent portes d’airain (Hérodote, I, 179). Comparez Ésaïe 13.2 ; Psaumes 107.16. Pendant la nuit où Babylone fut prise, les portes qui donnaient sur le fleuve étaient restées ouvertes (Hérodote, I, 191).

3 je te donnerai les richesses cachées et les trésors secrets, afin que tu saches que c’est moi, l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui t’ai appelé par ton nom !

Cyrus conquit les deux villes les plus riches de l’Asie, Sardes (la capitale de Crésus) et Babylone (la cité pleine d’or, Eschyle, Perses ; comparez Jérémie 51.13). Les trésors qu’il trouva à Sardes sont estimés par Pline à une somme qui équivaut à plus de 950 tonnes d’or.

4 Pour l’amour de mon serviteur, Jacob, et d’Israël, mon élu, je t’ai appelé par ton nom ; je t’ai désigné, quand tu ne me connaissais pas.

Comparez Jérémie 1.5.

5 C’est moi, l’Éternel, et il n’y en a point d’autre ; hors moi il n’y a point de Dieu ! Je t’ai ceint quand tu ne me connaissais pas,

Ceint : armé, revêtu de force (Ostervald) ; voyez verset 1, note.

6 afin que du soleil levant au soleil couchant on sache qu’il n’y en a point d’autre que moi ; moi, l’Éternel, et nul autre ;

Toutes les dispensations de Dieu en faveur d’Israël (verset 4) sont subordonnées à un but supérieur, la gloire de Jéhova, qui doit être reconnue de toute la terre. Comparez Ésaïe 42.10-12.

7 moi qui ai formé la lumière et créé les ténèbres ; qui ai fait le bonheur et créé le malheur ; c’est moi, l’Éternel, qui ai fait toutes ces choses.

Le monothéisme est affirmé ici avec une énergie particulière. Peut-être le prophète a-t-il l’intention de l’opposer à la religion des Perses, qui, quoique plus pure que le paganisme vulgaire, admettait cependant deux principes éternels, toujours en guerre, Ormuzd, source de la lumière et du bien et Ahriman, source des ténèbres et du mal. Rien n’existe qui ne soit la création de Jéhova.

Il faut prendre ici la lumière et les ténèbres dans le sens physique.

Si Dieu crée le malheur c’est dans un but saint, pour punir et pour sauver.

8 Cieux, répandez d’en haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir la justice ; que la terre s’ouvre et produise le salut et fasse germer la justice en même temps ! Moi, l’Éternel, je crée cela !

Le prophète voit naître enfin le salut définitif dont l’œuvre de Cyrus n’était que l’acheminement. Ce salut est à la fois le don du ciel et le fruit de la terre : la terre doit le produire sous l’action de l’Esprit d’en-haut. Comparez Ésaïe 44.3 ; Ésaïe 61.11 ; Ésaïe 4.2.

9 Malheur à qui dispute avec celui qui l’a formé, vase parmi des vases de terre ! L’argile dira-t-elle à celui qui la forme : Que fais-tu ? Ton œuvre dira-t-elle : Il n’a pas de mains !

9 à 17 l’Éternel reproche à Israël son incrédulité et l’invite a se confier en lui, son Sauveur

Malheur à qui dispute… Ceci s’adresse évidemment à Israël, dont l’incrédulité a jusqu’ici retardé l’arrivée du salut promis. Le peuple rebelle est comparé à un vase de terre qui disputerait avec le potier et lui contesterait le droit de le façonner à son gré. Cette image rend sensible l’absurdité de sa conduite. Israël n’est d’ailleurs qu’un vase parmi d’autres vases : il n’a pas plus de droits par lui-même que les autres peuples. Tous également ont été tirés de la poudre par l’Éternel (Genèse 2.17). Comparez l’emploi de la même image Ésaïe 29.16 et Ésaïe 64.8. Jérémie la reprend (Ésaïe 18.1-6) ; saint Paul aussi en fait usage, Romains 9.20-21.

Ton œuvre : argument ad hominem : que dirait un homme, si l’argile dont il se sert venait à en agir ainsi envers lui ?

10 Malheur à qui dit à son père : Qu’engendres-tu ?
Et à sa mère : Que mets-tu au monde ?

Israël mécontent de son sort et murmurant contre Dieu, c’est comme un enfant qui reprocherait à ses parents de l’avoir mis au monde.

11 Ainsi a dit l’Éternel, le Saint d’Israël et son Créateur : M’interrogerez-vous sur l’avenir ? Me donnerez-vous des ordres pour mes enfants et pour l’œuvre de mes mains ?

Application des images versets 9 et 10 : Israël aurait-il l’audace de demander compte à Dieu de la manière dont il conduit ses propres enfants (Deutéronome 14.1), lui qui commande à l’univers (verset 12) et qui prépare fidèlement le salut de son peuple (versets 13 à 17) ?

12 C’est moi qui ai fait la terre et qui ai créé l’homme qui est sur elle ; c’est moi dont la main a étendu les cieux, et qui commande à toute leur armée.

Comparez Ésaïe 42.5 ; Ésaïe 40.22 ; Ésaïe 40.26.

13 C’est moi qui l’ai suscité dans ma justice, et j’aplanirai toutes ses voies ; c’est lui qui rebâtira ma ville et qui renverra mes captifs sans rançon ni présent, a dit l’Éternel des armées !

Voyez versets 1 à 3 et Ésaïe 41.2-3.

Sans rançon ni présent. Même idée que Ésaïe 52.3 : Israël ne paiera pas de rançon pour se racheter ; c’est l’Éternel qui fait tout pour lui et qui inspire à Cyrus la résolution désintéressée de le libérer. Sans doute, il lui plaît ensuite de dédommager Cyrus, comme cela est indiqué Ésaïe 43.3.

14 Ainsi a dit l’Éternel : Les gains de l’Égypte et le revenu de l’Éthiopie et les Sabéens à la haute taille, viendront à toi et seront à toi ; ils te suivront ; ils viendront enchaînés ; ils se prosterneront devant toi ; ils te supplieront : Il n’y a de Dieu que chez toi, et il n’y en a pas d’autre, point absolument !

Ces paroles sont adressées à Sion. Rétablie, elle voit accourir à elle enchaînés (des liens d’une servitude volontaire) les peuples païens qui l’avaient autrefois asservie (Ésaïe 50.9 et suivants, Ésaïe 14.2). Ils viennent rendre hommage à Jéhova et à son peuple, qui est au milieu d’eux comme une nation de prêtres (ils te supplieront). Comparez Zacharie 8.23 ; 1 Corinthiens 14.25 ; Apocalypse 3.9.

Pour l’Égypte, Cus et Séba voir Ésaïe 43.3, note ; leur conversion est annoncée également Ésaïe 18.7 ; Ésaïe 19.18-25 ; Psaumes 68.32 ; Psaumes 72.10. Pour la grande taille des Éthiopiens, voir Ésaïe 18.2, note.

15 En vérité, tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, ô Sauveur !

Exclamation d’Israël, qui contemple avec admiration ce merveilleux changement opéré dans le monde païen.

Un Dieu qui te caches : un Dieu dont les voies sont mystérieuses, insondables, mais toujours glorieuses dans leur fin (Ésaïe 55.8-9). Comparez le cri d’adoration de l’apôtre sur la profondeur des voies de Dieu, Romains 11.33-34.

16 Ils ont tous été honteux et confus ; ils s’en retournent couverts de honte, les fabricants d’images.

Voir Ésaïe 44.9.

17 Israël a été sauvé par l’Éternel d’un salut éternel ; vous ne serez plus jamais honteux ni confus.

Le peuple éternel (Ésaïe 44.7) est l’objet d’un salut éternel (Hébreux 9.1). Ce salut ne consiste pas seulement dans le retour de l’exil ; c’est la rédemption parfaite, qui suppose la transformation spirituelle du peuple : sa révolte aura cessé pour toujours, par conséquent il ne retombera plus sous le châtiment.

18 Car ainsi a dit l’Éternel, qui a créé les cieux, lui, le Dieu qui a formé la terre et qui l’a créée, qui l’a fondée lui-même, et qui n’en a pas fait un chaos, mais l’a formée pour être habitée : C’est moi, l’Éternel, et il n’y en a point d’autre !

18 à 25

L’Éternel invite les Gentils à reconnaître qu’il est le seul vrai Dieu et à regarder à lui pour être sauvés.

19 Je n’ai point parlé en cachette, dans un endroit obscur de la terre ; et ce n’est pas dans la confusion du chaos que j’ai dit à la race de Jacob : Cherchez-moi ! Moi, l’Éternel, je déclare ce qui est juste ; j’annonce la vérité !

Dieu rappelle qu’il n’a pas parlé à Israël en cachette, mais au vu et au su des païens (Exode 15.11-16 ; Josué 2.9-11). Sa loi n’a pas été un thoou, un chaos, mais une révélation claire et lumineuse à laquelle ils auraient dû prendre garde.

20 Assemblez-vous, et venez ; approchez tous ensemble, restes des Gentils ! Ils n’ont pas de connaissance, ceux qui portent le bois, leur idole, et invoquent un Dieu qui ne peut sauver.

Les païens sont invités à se rendre attentifs aux prophéties de Jéhova, qui déjà s’accomplissent (verset 21) et à reconnaître le néant de leurs idoles. Ésaïe se place en esprit, au moment où l’œuvre de Cyrus qu’il annonce, sera réalisée.

Les restes des Gentils : tous les païens qui échapperont au jugement dont les idolâtres ont été menacés (verset 16) et qui seront disposés à recevoir la parole de Dieu. Ce reste du monde païen correspond au reste d’Israël (Ésaïe 10.21-22 et ailleurs).

21 Appelez-les, faites-les approcher, et qu’ils consultent ensemble ! Qui a fait entendre ces choses dès le commencement, et qui dès longtemps les a annoncées ? N’est-ce pas moi, l’Éternel, et il n’y a pas d’autre Dieu que moi ; moi, le Dieu juste, et il n’y a pas d’autre Sauveur que moi !

Comparez Ésaïe 43.9 et suivants.

Tout le passage versets 21 à 24 est pénétré d’un souffle d’enthousiasme monothéiste. La perspective du retour de l’exil, de la conversion des Gentils et du règne de Dieu établi dans le monde entier, jette le prophète dans une sorte d’extase.

22 Tournez-vous vers moi, et soyez sauvés, vous, tous les bouts de la terre ! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre.

Tous les bouts de la terre ; c’est le toute chair de Ésaïe 40.5.

23 Je l’ai juré par moi-même ; de ma bouche est sortie la justice, une parole qui ne sera point révoquée, c’est que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue me prêtera serment.

J’ai juré par moi-même. Dieu a dit : Aussi vrai que je vis (Romains 14.11) ! Pour venir en aide à la faiblesse des croyants dans certains moments décisifs, Dieu leur donne en gage ce qu’il y a de plus grand et de plus sacré, sa propre personne et son propre nom. C’est de cette manière qu’il avait confirmé à Abraham toutes ses promesses, après le sacrifice d’Isaac (Genèse 22.16). Une simple parole sortie de sa bouche ne peut être retirée (Ésaïe 31.2 ; Ésaïe 55.11) ; combien moins une parole prononcée avec serment (voir Hébreux 6.13 et suivants) !

Comparez pour la fin du verset Philippiens 2.10-11.

Me prêtera serment : prêter serment à l’Éternel, c’est rendre hommage à sa souveraineté et se soumettre à son jugement. Comparez Ésaïe 19.18.

24 En l’Éternel seul, dira-t-on de moi, se trouvent justice et force ! On viendra à lui ; mais ils seront confus, tous ceux qui étaient enflammés contre lui.

Voyez les paroles des Gentils s’encourageant mutuellement à rechercher l’enseignement de Jéhova, Ésaïe 2.3 ; et la promesse Ésaïe 42.4.

25 C’est en l’Éternel que sera justifiée et que se glorifiera toute la race d’Israël.

Toute la race d’Israël, d’après ce qui précède (versets 22 et 23), doit être entendue d’Israël converti et des païens qui se seront joints à lui, ainsi de l’Israël spirituel ; quiconque est de la foi d’Abraham, est enfant d’Abraham (Galates 3.7 ; voir plus haut Ésaïe 44.5). Il n’y aura plus, à la fin des temps, sur la terre que cette race d’Israël, l’Israël de Dieu (Galates 6.16) glorifiant le nom de Jéhova dont la grâce l’a justifié. Comparez les cantiques de l’Apocalypse Ésaïe 5.9 ; Ésaïe 7.9-10.