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Esaïe 38
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Esaïe 38

La maladie, la guérison et le cantique d’Ézéchias

Ce chapitre renferme le récit de la maladie du roi Ézéchias et de sa guérison par le ministère d’Ésaïe (versets 1 à 8), puis le cantique d’actions de grâces composé par Ézéchias à cette occasion (versets 9 à 20), enfin deux versets (21 et 22) qui ne sont pas ici à leur vraie place et qui ont été tirés, par un copiste, du récit parallèle 2 Rois 20.1-21.

1 En ces jours-là, Ézéchias fut malade à la mort ; et le prophète Ésaïe, fils d’Amots, vint vers lui et lui dit : Ainsi a dit l’Éternel : Donne tes ordres à ta maison ; car tu vas mourir, et tu ne te relèveras pas.

En ces jours-là. Ces mots sont destinés à relier ce récit au précédent. Mais nous avons fait voir (Ésaïe 36.1, note) que l’événement ici rapporté eut lieu, non à l’époque de l’invasion assyrienne, mais beaucoup plus tôt, dans la 14e année du règne d’Ézéchias (711 avant J. C).

Donne tes ordres… : Déclare tes dernières volontés. L’issue mortelle de la maladie est annoncée sans restriction ; mais l’accomplissement de la parole divine peut être modifié par la conduite de l’homme (Jérémie 18.7-10, comparez la prophétie non accomplie de Jonas contre Ninive).

2 Alors Ézéchias tourna sa face contre la muraille et fit sa prière à l’Éternel, 3 et dit : Ah ! Éternel, souviens-toi, je te prie, que j’ai marché devant toi avec fidélité et d’un cœur intègre, et que j’ai fait ce qui était bien devant tes yeux ! Et Ézéchias pleura beaucoup.

Ézéchias s’était distingué par son zèle pour le service de Dieu et sa sévérité contre l’idolâtrie ; voir le témoignage qui lui est rendu 2 Rois 18.3-7. Ce qu’il relève ici, c’est sa sincérité, sa droiture, dont il a conscience. David tient dans plusieurs psaumes un langage semblable. Les hommes de Dieu dans l’Ancien Testament, saisissant le péché moins profondément que ceux du Nouveau, en appellent souvent à leur fidélité à la loi de Dieu. Il est à remarquer que le droit dont ils se prévalent, résultant des promesses qui assurent à cette fidélité relative la bénédiction divine, est un droit créé en leur faveur par la grâce elle-même. Ézéchias semble vouloir rappeler à Dieu la promesse faite à Salomon 1 Rois 9.4-5. Il était alors dans la force de l’âge (39 ans), mais sans héritier ; car Manassé, son fils et successeur (qui n’était âgé que de douze ans à son avènement au trône), n’était pas encore né (2 Rois 21.1). Allait-il donc mourir sans postérité, lui qui avait marché, comme nul autre, sur les traces de son aïeul David ? On comprend ses larmes.

4 Alors la parole de l’Éternel fut adressée à Ésaïe en ces mots :

Le récit du livre des Rois, plus développé que le nôtre, fait ressortir la promptitude de l’exaucement (comparez Ésaïe 65.24).

5 Va et dis à Ézéchias : Ainsi a dit l’Éternel, le Dieu de David, ton père : J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes ; voici, j’ajoute à tes jours quinze années ;

Le texte des Rois ajoute, après le mot voici : Je vais te guérir ; dans trois jours tu monteras à la maison de l’Éternel. Ces mots expliquent la question d’Ézéchias au verset 22.

6 je te délivrerai de la main du roi d’Assyrie, toi et cette ville ; je protégerai cette ville.

Comparez Ésaïe 31.5 ; Ésaïe 37.35. Alors déjà (en 714) cette promesse avait sa valeur ; car dès 722 Samarie avait été prise par Sargon ; les dix tribus étaient en captivité, et toute l’Asie occidentale tremblait devant les Assyriens Ésaïe lui-même avait maintes foi, annoncé à Juda le jugement terrible qu’il aurait à subir par eux (par exemple Ésaïe 7.17-20 ; Ésaïe 8.7-8).

7 Et voici le signe que l’Éternel accomplira cette parole qu’il a prononcée :

Entre les versets 6 et 7 doivent se placer les détails qu’omet ici le rédacteur de notre texte et que l’on retrouve versets 21 et 22.

Le signe : le gage de l’accomplissement de la promesse. D’après le récit plus détaillé des Rois, c’est Ézéchias lui-même qui, éprouvant le besoin d’affermir sa foi, demande le signe. Dieu l’accorde. Parce qu’il distingue entre la foi faible et l’incrédulité. Comparez Ésaïe 7.11-12, notes.

8 Je vais faire reculer de dix degrés l’ombre des degrés qui est descendue par l’effet du soleil sur les degrés d’Achaz. Et le soleil recula de dix degrés sur les degrés qu’il avait déjà parcourus.

Dans le livre des Rois, Ésaïe laisse Ézéchias décider si l’ombre doit reculer ou avancer, et avant d’accomplir le miracle, il crie à Dieu.

Sur les degrés d’Achaz. Il s’agit évidemment d’un cadran solaire ; cet instrument était d’invention babylonienne, ainsi que, au dire d’Hérodote, la division du jour en 12 heures. On peut supposer que ce cadran avait été établi par Achaz dans la cour du palais, et qu’il consistait en un obélisque dressé au centre d’une plateforme à laquelle on parvenait par des degrés. Le matin, l’ombre remontait les degrés en se retirant de l’ouest à l’est ; l’après-midi, elle s’allongeait en redescendant vers l’est. La terrasse avait sans doute douze degrés correspondant chacun à une demi-heure. Le miracle doit avoir eu lieu le soir, lorsque l’ombre était près d’atteindre le bas des degrés qui mesuraient la seconde partie du jour ; Ésaïe la fit remonter jusqu’au point où elle était à midi. Ce signe de la volonté toute-puissante de Dieu était en même temps un admirable symbole du prolongement de la vie d’Ézéchias, qui un moment semblait toucher à son terme et recouvrait tout à coup la vigueur de l’âge mûr.

Et le soleil recula. Le texte des Rois, d’accord sans doute avec le document primitif, dit simplement que l’ombre recula. Cette dernière expression est évidemment la plus exacte ; car il n’est pas admissible que la marche du soleil lui-même ait été modifiée. Mais par une cause quelconque (un phénomène de réfraction des rayons solaires, par exemple) l’impression voulue a pu être produite sur les yeux des spectateurs. Ce fait demeure d’ailleurs environné pour nous de mystère ; on a voulu se servir, pour l’expliquer, d’une éclipse de soleil qui eut lieu en l’an 743 ; mais ce moyen est insuffisant, ainsi que tous ceux qui ont été essayés jusqu’ici.

9 Écrit composé par Ézéchias, roi de Juda, lorsqu’il fut malade et qu’il fut guéri de sa maladie :
9 à 20

Le cantique d’Ézéchias ne se trouve pas dans le livre des Rois. Le rédacteur du morceau Ésaïe chapitres 36 à 39 l’a tiré soit de la source qu’il emploie en commun avec les Rois, soit d’une source particulière. L’authenticité n’en est du reste pas contestée. Ce chant est d’une composition très-étudiée ; l’auteur a emprunté au livre de Job un grand nombre d’expressions et d’images. Ce trait convient à un prince tel qu’Ézéchias. On sait qu’il avait remis en vigueur l’usage liturgique des psaumes de David et d’Asaph et s’était occupé de recueillir les produits de l’ancienne littérature ; c’est dans ce dernier but qu’il avait institué une commission de savants, les hommes d’Ézéchias (2 Chroniques 29.30 ; Proverbes 25.1).

Le cantique se compose de quatre strophes : les deux premières décrivent les sentiments du roi pendant sa maladie (versets 10 à 14) ; les deux dernières expriment sa vive reconnaissance envers Dieu pour sa guérison (versets 15 à 20).

10 Je disais : Ainsi dans la paix de mes jours je vais descendre aux portes du sépulcre ; je suis privé du reste de mes années !
10 à 14 les angoisses et les souffrances d’Ézéchias malade

Dans la paix de mes jours. C’était une époque de tranquillité extérieure. Il n’aurait pu parler ainsi, si la maladie l’avait frappé, comme on l’a quelquefois supposé, pendant l’invasion assyrienne.

Les portes du sépulcre. Comparez Job 38.17 ; Ésaïe 5.14, note.

11 Je disais : Je ne verrai plus l’Éternel, l’Éternel, sur la terre des vivants ; je ne verrai plus les hommes, je serai avec les habitants de la mort ;

L’Éternel, l’Éternel : en hébreu Jah, Jah ; voir Ésaïe 26.4, note. On voit l’Éternel sur la terre, car il s’y manifeste par ses œuvres et ses révélations ; mais il ne se révèle pas ainsi aux habitants du schéol (comparez verset 18).

Je ne verrai plus les hommes. Les trépassés ne sont plus que des ombres impuissantes. Comparez Ésaïe 14.9-10 ; Ecclésiaste 9.5-10.

12 ma demeure est enlevée, emportée loin de moi comme une tente de berger ; comme un tisserand, j’ai tissé le fil de ma vie ; il me retranche de la trame ; du jour à la nuit tu en auras fini avec moi !

Ézéchias compare son corps à une tente de nomades qu’on n’habite qu’en passant ; la mort est le moment où cette demeure est brusquement enlevée. Même image 2 Corinthiens 5.1 et suivants ; comparez Job 4.19 ; Ecclésiaste 12.5-9.

Puis il compare sa vie à une toile que l’on tisse (même image Job 8.6) ; quand elle est achevée, on coupe les fils. Il dit : J’ai tissé…, car c’est lui-même qui a dirigé sa vie et son activité ; puis : Il (Dieu) me retranche…, car c’est Dieu qui détermine le moment où le fil de sa vie doit être coupé.

13 Je me suis tu jusqu’au matin ; pareil àun lion, il brisait tous mes os. Du jour à la nuit tu en auras fini avec moi !

Le lion qui broie les os est l’image de la souffrance la plus cruelle. comparez Job 10.16.

14 Comme l’hirondelle, comme la grue, j’ai crié ; j’ai gémi comme la colombe ; mes yeux se sont lassés à regarder en haut : Éternel, on me fait violence ; sois mon garant !

Le cri de l’hirondelle et de la colombe est semblable à une note plaintive (au dire des anciens) ; celui de la grue est un son dur et rauque. Ézéchias poussait tantôt de faibles gémissements, tantôt des cris perçants.

On me fait violence… comme le créancier au débiteur qu’il poursuit.

Mon garant : ma caution (Job 17.3).

15 Que dirai-je ? Il m’a promis, il l’a fait ! Je me joindrai au cortège sacré tout le temps de ma vie, à cause de l’amertume de mon âme !
15 à 20

Dieu lui avait promis son secours ; il l’a délivré, il le délivrera encore ; la vie qu’il lui a rendue sera consacrée à le louer.

Que dirai-je ? Il cherche des paroles pour exprimer sa reconnaissance. Comparez 2 Samuel 7.20.

Je me joindrai au cortège sacré. D’autres traduisent : Je marcherai humblement. Le sens que nous avons adopté nous paraît le plus probable ; comparez le verset 20 et le Psaumes 42.5, où le même verbe est employé en parlant des processions dans les fêtes sacrées. Ézéchias témoignera sa gratitude en prenant part aux joyeux cortèges qui montent à la maison de l’Éternel (comparez Ésaïe 30.29 ; Psaumes 43.4). Sa vie sera désormais comme une recherche continuelle de la présence de Dieu.

L’amertume… : le péril et la perplexité dont il vient d’être tiré.

16 Seigneur, c’est en cela qu’est la vie ; c’est dans toutes ces choses que mon esprit trouve la vie ; tu me fortifieras, tu me feras revivre.

C’est en cela qu’est la vie… Ézéchias a trouvé la vie, la vie de son esprit, c’est-à-dire de sa personne, en ce qu’elle a de plus intime, dans les expériences qu’il vient de faire de la toute-puissance et de la fidélité de son Dieu (Deutéronome 8.3).

Tu me fortifieras… Convalescent, il attend de Dieu le rétablissement complet de ses forces.

17 Voilà, l’amertume, l’amertume, a été mon salut ; ton amour a retiré mon âme de la fosse du néant ; car tu as jeté tous mes péchés derrière ton dos.

Cette grande amertume (verset 15) n’a pas été pour son malheur, mais pour son salut. Elle a fait qu’il s’est adressé à l’amour divin, qui l’a exaucé ; et cette délivrance est pour lui la preuve que l’Éternel lui a pardonné tous ses péchés (Ésaïe 33.21).

Tu as jeté… derrière ton dos. Dieu les a jetés derrière son dos, de manière à ne les revoir jamais ; images analogues Psaumes 51.11 ; Michée 7.19. Remarquez ce contraste : lorsqu’il implorait sa grâce, Ézéchias insistait sur la droiture de ses intentions ; maintenant que miséricorde lui a été faite, il parle de tous ses péchés. La bonté de Dieu l’a conduit à un sentiment plus profond de ses manquements.

18 Car ce n’est pas le séjour des morts qui te célébrera, ni la mort qui te louera ; ceux qui sont descendus dans la fosse n’espèrent plus en ta fidélité.

Car : l’Éternel avait comme un intérêt à le sauver : les morts ne louent pas Dieu.

Le séjour des morts, la mort… pour dire : les habitants du séjour…, les morts. Leur existence est dépeinte ici comme dénuée de toute activité personnelle et de toute joie ; ils ne peuvent ni se souvenir des bienfaits passés de Dieu, ni en attendre de nouveaux ; leur séjour est le pays du silence et de l’oubli (Job 14.10 ; Psaumes 6.6 ; Psaumes 88.11-13 ; Psaumes 115.17 ; Ecclésiaste 9.5-6 ; Ecclésiaste 9.10). Ézéchias, comme l’Ancien Testament en général, ne voit dans la mort que le dépouillement des biens dont on jouit ici-bas. Pour le fidèle israélite le théâtre de l’œuvre de Dieu est uniquement la terre ; on ne travaille à sa gloire que dans ce milieu de ses révélations. La vie éternelle n’a été pleinement révélée que par Jésus-Christ. L’œuvre rédemptrice qu’il a accomplie a transformé pour l’homme la mort aussi bien que la vie ; comparez Romains 14.8-9.

19 Le vivant, le vivant, c’est lui qui te célébrera, comme moi en ce jour ; le père fera connaître aux fils ta fidélité.

Le père fera connaître aux fils… comparez Psaumes 88.3-4 ; Genèse 18.19. Ce père qui instruit ses enfants dans la connaissance du Dieu révélé à Israël, c’est là le vivant qui loue l’Éternel.

20 L’Éternel est là pour me sauver ; nous ferons résonner les cordes de ma lyre tous les jours de notre vie dans la maison de l’Éternel !

Nous : moi et les miens.

Ferons résonner : pour accompagner les cantiques de louange.

21 Et Ésaïe dit : Qu’on apporte un gâteau de figues, et qu’on l’applique sur la tumeur, et il guérira.
21 et 22

Ces deux versets ont été ajoutés ici par un copiste ; l’adjonction est ancienne, car on la trouve déjà dans la traduction des LXX (environ deux siècles avant J. C). C’est une nouvelle preuve des remaniements qu’a subis notre texte ; voir Ésaïe 36.1, note.

L’application d’un emplâtre de figues est le moyen naturel pour faire mûrir l’abcès et hâter la guérison (on peut supposer qu’il s’agit d’un anthrax ou charbon). La puissance divine, sans se lier à la nature, opère souvent par son moyen (voyez, par exemple, la guérison de Naaman par l’eau du Jourdain, 2 Rois 5.1-27).

22 Et Ézéchias dit : Quel signe aurai-je que je monterai encore à la maison de l’Éternel ?

Je monterai… Monter à la maison de Dieu implique naturellement la guérison. La question d’Ézéchias suppose le récit tel que le donne le livre des Rois (voir verset 5, note).