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Deutéronome 9
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Deutéronome 9

On peut, tout en reconnaissant qu’on ne tient sa force que de l’Éternel, se glorifier de ce don comme d’un privilège mérité ; après avoir combattu en Israël le sentiment de sa propre force, Moïse combat ici celui de son mérite. Tout est par grâce (Éphésiens 2.8). Dans ce morceau sont développées trois idées : Si l’Éternel détruit les Cananéens, c’est à cause de leur méchanceté et non à cause de la justice d’Israël (versets 1 à 6). Quant à Israël, ce, qu’il aurait mérité, c’eût été d’être détruit aussi (versets 7 à 24). C’est à l’intercession de Moïse durant les quarante jours, que le peuple doit son salut (versets 25 à 29).

Moïse conclut tout ce coup d’œil rétrospectif sur la scène de Sinaï, par le récit de son second séjour avec Dieu sur la montagne et du don des nouvelles tables, qui fut le gage du rétablissement de l’alliance (Deutéronome 10.1-11).

1 Écoute, Israël ! Tu vas passer aujourd’hui le Jourdain pour marcher à la conquête de nations plus grandes et plus puissantes que toi, de villes grandes et fortifiées jusqu’au ciel,
1 à 3

La conquête est une œuvre si grande (versets 1 et 2) qu’elle serait impossible si l’Éternel ne marchait devant le peuple (verset 3).

2 d’un peuple grand et de haute taille, des fils des Anakim, que tu connais et desquels tu as entendu dire : Qui pourra tenir devant les fils d’Anak ? 3 Sache aujourd’hui que l’Éternel. ton Dieu passera lui-même devant toi comme un feu consumant ; c’est lui qui les détruira, lui qui les abaissera devant toi, et tu les déposséderas et les détruiras promptement, comme l’Éternel te l’a dit.

Feu consumant : emblème de la sainteté divine qui détruit le mal et celui qui s’obstine à s’y livrer (Psaumes 50.3 ; Hébreux 12.29). Nous voyons de nouveau ici que la conquête de Canaan n’a point été une conquête ordinaire, mais qu’elle a été un jugement exercé par le Dieu saint sur des peuples incurablement corrompus.

Qui les abaissera : soit par leur destruction même, soit par leur assujettissement.

Il les détruira…, tu les détruiras : Ce qu’Israël fera à ces peuples, c’est Dieu lui-même qui l’aura fait par lui.

Promptement : voir Deutéronome 7.22, note.

4 Ne dis pas en ton cœur, quand l’Éternel. ton Dieu les chassera de devant toi : C’est à cause de ma justice que l’Éternel m’a fait venir pour prendre possession de ce pays. C’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel va les chasser de devant toi.
4 à 6

Mais qu’Israël ne s’imagine pas avoir mérité ce secours divin !

À cause de la méchanceté… Il y avait bien d’autres nations idolâtres ; mais chez les Cananéens à ce péché s’était jointe une perversité particulière (Genèse 18.20 ; Genèse 19.5 et suivants).

5 Ce n’est point à cause de ta justice et de la droiture de ton cœur que tu vas prendre possession de leur pays, mais c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel ton Dieu va les déposséder de devant toi, et afin de confirmer la parole que l’Éternel a jurée à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

Afin de confirmer… Comparez Deutéronome 8.18. Cette parole n’oppose pas la méchanceté plus grave des Cananéens à la méchanceté moindre d’Israël, mais la méchanceté des premiers à l’alliance de grâce faite avec les pères des Israélites.

6 Sache que ce n’est point à cause de ta justice que l’Éternel. ton Dieu te donne ce bon pays pour le posséder, car tu es un peuple au cou roide.

Peuple au cou roide : peuple réfractaire, c’est-à-dire à la fois insoumis et opiniâtre (Exode 32.9).

7 Souviens-toi, n’oublie pas combien tu as irrité l’Éternel ton Dieu, dans le désert ; depuis le jour où tu es sorti du pays d’Égypte jusqu’à votre arrivée en ce lieu-ci, vous avez été rebelles envers l’Éternel.
7 à 24 Les rébellions du peuple

C’est surtout l’affaire du veau d’or qui est rappelée ici. La mention d’autres infidélités (versets 22 à 24) est intercalée, comme en passant, dans le récit de cette première grande désobéissance à laquelle Moïse revient dès le verset 25.

Depuis le jour où… L’esprit d’incrédulité s’était manifesté même avant le passage de la mer Rouge (Exode 14.11-12).

8 En Horeb même vous avez irrité l’Éternel, et l’Éternel s’est mis en colère contre vous au point de vouloir vous exterminer.
8 à 21 Le veau d’or (Exode 31.18-34.28)

Ce récit présente plusieurs différences avec la narration parallèle de l’Exode :

  1. Il ajoute (verset 9) au récit de l’Exode (Deutéronome 31.18) le jeûne de Moïse pendant son premier séjour sur la montagne.
  2. Il omet la première prière d’intercession que Moïse adressa à Dieu avant de descendre de la montagne (Exode 32.11-14).
  3. Il ne parle pas des reproches que Moïse fit à Aaron (verset 21), mais il rapporte l’intercession spéciale que Moïse adressa en sa faveur (verset 20).

Ces différences se comprennent aisément dans la bouche de celui qui, ayant joué le principal rôle dans cette scène, peut en compléter le récit par certains détails nouveaux, comme aussi omettre certains faits connus de ses auditeurs ; cela se comprendrait plus difficilement de la part d’un narrateur écrivant plusieurs siècles plus tard. Il est clair, d’ailleurs, que le but de Moïse n’était pas de répéter l’histoire trait pour trait, mais de rappeler au peuple son péché.

9 Quand je montai sur la montagne pour prendre les tables de pierre, les tables de l’alliance que l’Éternel avait traitée avec vous, je demeurai sur la montagne quarante jours et quarante nuits sans manger de pain et sans boire d’eau ;
9 à 11 Moïse sur la montagne

Tous les détails ici rappelés font ressortir le contraste entre le saint recueillement de Moïse et la conduite profane du peuple.

Sans manger : voir Exode 34.28, note.

10 et l’Éternel me donna les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu et sur lesquelles se trouvaient toutes les paroles que l’Éternel vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, le jour de l’assemblée.

Voir Exode 31.18, note. On se demande comment Dieu peut remettre entre les mains de Moïse le gage de l’alliance au moment même où il voit le peuple la violer. Mais Dieu accomplit fidèlement son rôle de Dieu de l’alliance, comme s’il ne savait rien de la conduite du peuple, laissant plein cours à la liberté d’action soit du peuple, soit de Moïse. Cette manière de faire de l’Être tout-puissant et omniscient, est la condition même de l’histoire, c’est-à-dire du développement moral des êtres libres.

11 Et il arriva qu’au bout de quarante jours et de quarante nuits, l’Éternel me donna les deux tables de pierre, les tables de l’alliance. 12 Et l’Éternel me dit : Lève-toi, hâte-toi de descendre d’ici ; car ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte, s’est corrompu ; ils ont bien vite quitté la voie que je leur avais prescrite, ils se sont fait une image de fonte.
12 à 16

Le péché du peuple ; versets 12 à 14 reproduction presque textuelle d’Exode 32.7-10.

Ne m’arrête pas. Comparez Exode 32.10. L’Éternel semble prévoir l’intercession de Moïse.

13 Et l’Éternel me parla en disant : J’ai regardé ce peuple, et voici c’est un peuple au cou roide. 14 Ne m’arrête pas ; je les détruirai, et j’effacerai leur nom de dessous les cieux, et je ferai de toi une nation plus puissante et plus nombreuse que celle-ci. 15 Et je me retournai et je descendis de la montagne ; et la montagne était toute en feu ; et j’avais dans mes deux mains les deux tables de l’alliance. 16 Et je regardai, et voici, vous aviez péché contre l’Éternel, votre Dieu ; vous vous étiez fait un veau de fonte, vous vous étiez détournés bien vite de la voie que l’Éternel vous avait prescrite.

Veau de fonte. Voir Exode 32.4, note.

17 Et je saisis les deux tables, je les jetai hors de mes deux mains, et je les brisai sous vos yeux.
17 à 21 Indignation et intercession de Moïse

Quarante jours et quarante nuits. Beaucoup d’interprètes identifient ces quarante jours et ces quarante nuits avec ceux que Moïse passa de nouveau sur la montagne après le péché du veau d’or, pour recevoir les nouvelles tables de la loi, qui étaient le gage du rétablissement de l’alliance rompue (Deutéronome 10.1 et suivants). Nous ne pouvons admettre cette identification, car il n’est point dit que Moïse passa ces six semaines sur la montagne, et ce n’est qu’en Deutéronome 10.1 qu’il lui est positivement ordonné de monter sur Sinaï pour recevoir les nouvelles tables. Lorsqu’on étudie avec soin le récit de l’Exode (Exode 32.15-34.2), on reconnaît qu’entre le premier et le second séjour de Moïse sur Sinaï, il s’est écoulé un temps considérable durant lequel eurent lieu les événements suivants :

  1. La destruction du veau d’or (Exode 32.20)
  2. La répréhension d’Aaron (verset 21 et suivants)
  3. Le massacre de trois mille Israélites par les fils de Lévi (versets 26 et suivants)
  4. Une intercession de Moïse par laquelle il obtint de Dieu qu’il continuerait à conduire le peuple en Canaan, toutefois seulement par le moyen d’un ange ordinaire (Exode 32.30-33.3)
  5. Le désespoir et le repentir du peuple en entendant que Dieu lui-même cesserait de marcher à leur tête (Exode 33.4 et suivants)
  6. Le transport de la Tente, qui servait alors de sanctuaire, en dehors du camp, l’alliance étant rompue (Exode 33.7 et suivants)
  7. Une nouvelle intercession de Moïse par laquelle il obtint de Dieu de marcher de nouveau lui-même au milieu du peuple (Exode 33.12-17).

C’est, pensons-nous, durant les quarante jours dont il est parlé ici dans le Deutéronome qu’eurent lieu tous ces faits. Moïse passa la plus grande partie de ce temps de deuil et d’humiliation dans le sanctuaire qu’il avait fait dresser hors du camp, et c’est à ses allées et venues que se rapporte le morceau Exode 33.7-41, qui a été si maltraité par la critique.

18 Et je m’abattis devant l’Éternel, comme auparavant, quarante jours et quarante nuits, sans manger de pain et sans boire d’eau, à cause du grand péché que vous aviez commis, en faisant ce qui est mal aux yeux de l’Éternel pour l’irriter. 19 Car j’étais effrayé de la colère terrible dont l’Éternel était animé contre vous, au point de vouloir vous exterminer. Et l’Éternel m’exauça encore cette fois.

J’étais effrayé. Moïse avait déjà reçu l’assurance que Dieu ne détruirait pas le peuple (Exode 32.14). Mais lorsqu’il se trouva lui-même en face du mal commis, il en fut tellement impressionné qu’il éprouva le besoin de recommencer son intercession. Il se tint alors devant Dieu, jeûnant et priant pendant quarante jours pour obtenir non plus seulement la non extermination du peuple, mais l’habitation de Dieu au milieu de lui et le renouvellement de l’alliance qu’il venait de rompre.

Encore cette fois. Pour les précédentes intercessions de Moïse, voir Exode 15.25 ; Exode 17.11.

20 Et l’Éternel fut aussi très irrité contre Aaron, au point de vouloir le faire périr, et j’intercédai aussi pour Aaron en ce temps-là.

Aaron. Moïse rappelle au peuple que celui qui a été plus tard son grand sacrificateur n’a lui-même subsisté alors que par grâce. Cela rentre dans le but du discours (Deutéronome 9.4-5 ; voir l’introduction de ce chapitre).

21 Et le péché que vous aviez commis, le veau, je le pris et le brûlai, et je le mis en pièces et le pilai bien jusqu’à le réduire en poudre, et je jetai cette poudre dans le torrent qui descend de la montagne.

Et le péché… Le pécheur est sauvé, mais son péché doit être détruit. Dans le récit de l’Exode, la destruction du veau d’or suit immédiatement le retour de Moïse de la montagne. Mais c’est évidemment une anticipation. Ce fait est plus exactement placé, chronologiquement parlant, dans ce discours.

Le torrent qui descend de la montagne. Détail non donné dans l’Exode et conforme à la topographie du Sinaï. Dans le groupe du Sinaï se trouvent de nombreuses gorges avec des torrents conservant leur eau pendant toute une partie de l’année.

22 À Thabeéra, à Massa et à Kibroth-Hatthaava vous avez aussi irrité l’Éternel.
22 à 24

Moïse, à l’occasion de ce grand péché d’Israël au désert, lui rappelle en passant les autres actes de rébellion dont il s’est rendu coupable, pour lui montrer le mauvais esprit dont il n’a cessé d’être animé : l’adoration du veau d’or n’a pas été un accident dans la vie du peuple ; l’esprit de rébellion était profondément enraciné en lui. Les faits rappelés ne sont pas placés dans leur ordre chronologique. Moïse va ici du moins grave au plus grave :

  • à Thabeéra (Nombres 11.1-3), murmures à cause de la fatigue
  • à Mara (Exode 15.23 et suivants), révolte à l’occasion du manque d’eau
  • à Kibroth-Hatthaava (Nombres 11.4 et suivants), désir de manger de la viande
  • à Kadès, explosion la pius grave d’incrédulité, poussée jusqu’à la désobéissance positive (chapitres 13 et 14)
23 Et à Kadès-Barnéa, lorsque l’Éternel voulut vous faire partir en disant : Montez et prenez possession du pays que je vous ai donné, vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Éternel, votre Dieu, et vous n’eûtes point foi en lui, et vous n’obéîtes point à sa voix. 24 Vous avez été rebelles à l’Éternel depuis le jour que je vous connais.

Comparez Actes 7.51.

25 Et je m’abattis devant l’Éternel pendant les quarante jours et les quarante nuits que je restai abattu, car l’Éternel parlait de vous détruire.
25 à 29 Intercession de Moïse
26 Et j’implorai l’Éternel et lui dis : Seigneur Éternel, ne détruis pas ton peuple et ton héritage, que tu as racheté par ta grandeur, que tu as fait sortir d’Égypte à main forte.

Ton peuple. Réponse à ce mot de l’Éternel à Moïse, verset 12 : ton peuple. Ce n’est pas sa cause personnelle que Moïse plaide ici, puisqu’il a même refusé l’offre de Dieu de faire naître de lui un peuple qui prendrait la place d’Israël (verset 14). C’est la cause de Dieu qu’il ne veut pas voir compromise. Toutes les grandes prières d’intercession ont ce caractère : l’homme s’oubliant lui-même pour n’avoir en vue que la gloire de Dieu (Daniel 9 ; Esdras 9 ; Néhémie 1). Voir les prières de Luther à Worms et à Cobourg.

27 Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob ; ne regarde pas à la roideur de ce peuple, à sa méchanceté et à son péché, 28 de peur que le pays d’où tu nous as fait sortir ne dise : C’est parce que l’Éternel ne pouvait pas les faire entrer dans le pays dont il leur avait parlé et c’est parce qu’il les haïssait, qu’il les a fait sortir pour les faire mourir dans le désert. 29 Et pourtant ils sont ton peuple et ton héritage, que tu as fait sortir d’Égypte par ta grande force et par ton bras étendu.