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Amos 4
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Amos 4

L’impénitence d’Israël

Ce discours comprend :

  1. une apostrophe aux femmes de Samarie, versets 1 à 3
  2. un réquisitoire contre le culte formaliste par lequel Israël croit couvrir ses péchés, versets 4 et 5
  3. l’énumération des châtiments passés, mais restés inutiles, par lesquels Dieu a maintes fois cherché à ramener son peuple, versets 6 à 11
  4. enfin, l’invitation à Israël de se préparer à se trouver face à face avec son Dieu, versets 12 et 13.
1 Écoutez cette parole, vaches de Basan, qui êtes sur la montagne de Samarie, vous qui opprimez les petits, vous qui foulez les indigents, vous qui dites à vos maris : Apportez et buvons !

Vaches de Basan. Le prophète apostrophe ainsi les femmes riches de Samarie. Cette image, en Orient, n’a rien d’offensant ; les poètes arabes comparent les femmes les plus belles à des vaches. Basan est un plateau situé au nord de Galaad, à l’est du Jourdain et à l’ouest du Hauran ; il est célèbre par ses pâturages et ses magnifiques forêts. Les troupeaux de Basan étaient les plus beaux de la Palestine. Psaumes 22.13.

Sur la montagne de Samarie : celle sur laquelle Samarie était bâtie. Voir Amos 3.9, note ; comparez 1 Rois 16.24.

Qui opprimez. Comparez Amos 2.6-7.

Apportez… le vin Amos 2.8. Ces femmes parlent ainsi à leurs maris, aux injustices et aux débauches desquels elles prennent part ; on voit même que ce sont elles qui les encouragent.

2 Le Seigneur, l’Éternel, a juré par sa sainteté que des jours vont fondre sur vous où il vous enlèvera avec des crocs et vos enfants avec des hameçons.

À juré par sa sainteté : Aussi vrai que je suis saint, vous n’échapperez pas.

Avec des crocs, des hameçons. La première image seule est en rapport avec celle des vaches. Voir Ézéchiel 19.4, note. Dans la seconde image, les conquérants étrangers sont comparés à des pêcheurs, comme Jérémie 16.16 et Habakuk 1.14-15. C’est ici l’emblème de la déportation.

3 Vous sortirez par les brèches, chacune droit devant soi, et vous fuirez vos palais, dit l’Éternel.

Vous sortirez… Il n’y aura pas besoin de chercher les portes pour sortir de la ville, car partout les murailles seront abattues.

Vous fuirez ; littéralement : Vous avez jeté loin de vous.

Vos palais : le sens du mot hébreu (harmôn) ne saurait être fixé sûrement. On a traduit : le Hermon, la plus belle montagne de Palestine, qui représenterait le pays tout entier ; ou bien l’Arménie (vous serez emmenés en Arménie), ou d’autres explications encore moins vraisemblables. Le mot hébreu a quelque analogie avec celui de harem. Le sens serait-il : Vous abandonnerez brusquement vos appartements magnifiques, dont vous étiez fières, pour aller en captivité ?

4 Allez à Béthel et péchez à Guilgal, et péchez encore ! Amenez chaque matin vos sacrifices et tous les trois jours vos dîmes !
4 et 5

Ces deux versets stigmatisent l’observance extérieure des rites, que l’on poussait même jusqu’à l’exagération, mais qui était dépourvue du sentiment moral qui aurait pu la rendre agréable à Dieu. Le discours cesse de s’adresser aux femmes ; le ton est celui de l’ironie.

Et péchez. Ces mots ne se rapportent pas, d’après l’ensemble du passage au sacrifice lui-même offert à Béthel, mais aux actes d’intempérance et d’impureté qui accompagnaient les sacrifices offerts au veau d’or.

Guilgal : sanctuaire semblable à celui de Béthel, aussi dans le royaume des dix tribus ; comparez Osée 4.15, note ; Osée 9.15.

Amenez chaque matin : Accompagnez scrupuleusement la partie cérémonielle de vos devoirs religieux.

Tous les trois jours vos dîmes. Deutéronome 14.28 ; Deutéronome 26.12, il est parlé d’une dîme qui doit se payer tous les trois ans, et Lévitique 27.30 et suivants d’une dîme annuelle. Les Israélites les plus scrupuleux en étaient venus, semble-t-il, à payer certaines dîmes tous les trois jours. Mais que leur servait aux yeux de Dieu cet excès de zèle, s’ils y joignaient une vie de péché ! Comparez le reproche de Jésus aux scribes et aux pharisiens, Matthieu 23.23.

En écartant le levain. L’hébreu permet de traduire, comme plusieurs l’ont fait,  : avec le levain, c’est-à-dire en violant, la défense de présenter à Dieu des gâteaux d’offrande renfermant du levain (Lévitique 2.11). Mais le contexte exige que l’on traduise au contraire : en écartant avec soin tout levain, faisant la chose dans toutes les règles.

5 Faites fumer l’oblation de louange en écartant le levain ; annoncez des dons volontaires, publiez-les ! Car voilà ce que vous aimez, fils d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel.

Des dons volontaires. Il est parlé Lévitique 22.18 et suivants, Deutéronome 12.6, d’offrandes et de sacrifices que les Israélites offraient, parfois volontairement en sus de ce que prescrivait la loi, soit en exécution d’un vœu, soit comme expression libre de leur reconnaissance. Le verbe annoncez s’adresse sans doute à l’Israélite qui faisait d’avance connaître son intention au prêtre.

Publiez-les : Faites-en grand bruit, après les avoir ainsi offerts. Déjà le pharisaïsme ! Tout ce passage est remarquable, parce qu’il montre à quel point le culte, même dans royaume des dix tribus, restait organisé d’après les prescriptions de la loi mosaïque.

Voilà ce que vous aimez  : des formes extérieures, qui n’engagent, à rien. Comparez Jérémie 7.9-10. C’était déjà Israël tel qu’il se fait connaître à nous au temps de Jésus.

6 Aussi je vous ai laissés la bouche vide dans toutes vos villes, et j’ai mis le manque de pain partout où vous habitez. Et vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel.
6 à 11

Cette conduite d’Israël n’est pas à la charge de Dieu, qui a, au contraire, tout fait, en particulier envoyé épreuve sur épreuve, pour convertir son peuple. Mais tous ces coups sont restés vains.

Première plaie : la disette.

Laissés bouche vide ; il y a proprement : je vous ai envoyé la pureté des dents.

7 Aussi je vous ai retenu la pluie, quand il y avait encore trois mois avant la moisson, et j’ai fait pleuvoir sur une ville, et sur telle autre je ne faisais pas pleuvoir ; un terrain était arrosé par la pluie ; un autre, sur lequel il ne pleuvait pas, séchait.

Deuxième plaie (en relation avec la précédente) : le manque de pluie.

Quand il y avait encore trois mois. En Palestine, la première pluie nécessaire est celle d’automne, à la fin d’octobre et au commencement de novembre, qui accompagne les semailles ; puis dès le mois de décembre recommencent les pluies qui vont jusqu’en mars, préparant la moisson ; quand ces dernières font défaut, la récolte est compromise : Je vous ai retenu la pluie au bon moment, veut donc dire Amos ; s’il y en a eu, elle est arrivée trop tard, et, en outre, elle n’est arrivé que partiellement, dans un endroit, pas dans un autre.

8 Deux, trois villes couraient à une autre ville pour boire de l’eau, et ne pouvaient se désaltérer. Et vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel.

Troisième plaie : la soif ; aussi liée à la précédente. On courait d’une ville à l’autre pour trouver de l’eau.

9 Je vous ai frappés par la brûlure et le charbon ; tous vos jardins, vos vignes, vos figuiers, vos oliviers étaient dévorés par la sauterelle. Et vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel.

Quatrième et cinquième plaie : maladies des blés, la brûlure et le charbon. Le premier terme signifie brûlure ; il est employé Genèse 41.6 et suivants par rapport aux sept épis maigres dans le songe de Pharaon ; le second terme signifie pâleur, lividité. À ce fléau, qui frappait les céréales, s’est ajouté celui des sauterelles, qui atteignait aussi les arbres fruitiers ; peut-être y a-t-il allusion à Joël chapitre 1.

10 J’ai envoyé parmi vous la peste, comme elle est en Égypte ; j’ai tué par l’épée vos jeunes gens, et vos chevaux ont été capturés ; j’ai fait monter la puanteur de votre camp et vous l’avez sentie. Et vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel.

À la suite de tout cela, une sixième plaie : la peste.

Comme elle est en Égypte : par son sol humide, l’Égypte a toujours été un foyer d’épidémie.

Enfin une septième plaie, la guerre, est venue mettre le comble à cette série d’avertissements ; jeunes gens égorgés ; cavalerie sur laquelle on comptait, emmenée prisonnière ; cadavres en décomposition.

11 J’ai fait un bouleversement parmi vous, comme Dieu a bouleversé Sodome et Gomorrhe, et vous avez été comme un tison arraché de l’incendie. Et vous n’êtes pas revenus à moi, dit l’Éternel.

Une huitième plaie, qui ne peut être, nous paraît-il, qu’un tremblement de terre, non pas celui dont il est parlé dans le titre du livre, mais un fait du même genre qui en avait été le prélude.

Un bouleversement : une commotion du sol semblable à celle qui avait eu lieu lors de la destruction des villes de la plaine (comparez Genèse 19.29 ; Deutéronome 29.23) et de la formation de la mer Morte.

Comme un tison. Israël, dans ce bouleversement, a comme miraculeusement échappé, au sort qui avait frappé les villes maudites. Les mots : et vous n’êtes pas revenus qui forment comme un refrain font ressortir avec force l’inutilité persistante de tous ces avertissements successifs.

12 À cause de cela, c’est ainsi que je te traiterai, ô Israël ! Puisque je te traiterai ainsi, prépare-toi à rencontrer ton Dieu, ô Israël.

À cause de cela : de cet endurcissement persévérant.

C’est ainsi que… le prophète ne dit pas ce que renferme cet ainsi, mais les auditeurs doivent le conclure des mots suivants : Prépare-toi à rencontrer ton Dieu face à face. Il s’agit, du jugement définitif d’Israël, celui qui est appelé le jour de l’Éternel dans Joël, chapitre 2. Le mot prépare-toi, a tout à la fois ces deux sens : prépare-toi par la repentance, afin d’obtenir grâce, ou : prépare-toi à recevoir le salaire de ton impénitence.

Car le voici. Il s’approche incessamment, celui qui demandera compte de toutes les lois violées et de toutes les grâces méprisées. Et qui est-ce qui lui tiendra tête ?

13 Car le voici, celui qui a formé les montagnes et qui a créé le vent, celui qui fait connaître à l’homme quelle est sa pensée, celui qui fait de l’aurore des ténèbres, et qui passe sur les sommets de la terre ! L’Éternel, le Dieu des armées, est son nom.

Qui fait connaître à l’homme. Le sens n’est pas que Dieu connaît la pensée de l’homme et la lui révélera. Si c’était la toute-science de Dieu qu’Amos voulait faire ressortir, il aurait dit simplement : il connaît la pensée de l’homme. Le sens est bien plutôt celui de Amos 3.7 ; il s’agit de la pensée de Dieu lui-même, qu’il ne réalise qu’après l’avoir fait connaître aux hommes par ses prophètes. Dans ce qui suit, il ne faut pas traduire : qui fait succéder l’aurore aux ténèbres, comme s’il s’agissait d’un fait ordinaire établi de Dieu en tant que Créateur, mais : qui change l’aurore en ténèbres, c’est-à-dire qui peut opérer ce qu’il y a de plus inattendu, envoyer en un instant la calamité, au lieu de la prospérité espérée.

Qui passe sur les sommets : Aucun obstacle ne peut l’empêcher de suivre, sa voie et d’exécuter ses plans.