×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Actes 7
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Actes 7

L’époque patriarcale
  1. Le Dieu de gloire se révélant à Abraham en divers lieux. Interrogé par le souverain sacrificateur sur la vérité des accusations portées contre lui, Etienne s’adresse avec respect au sanhédrin. Il parle de l’apparition de Dieu à Abraham en Mésopotamie, de l’ordre qu’il donna au patriarche de se rendre à Charran, puis en Canaan ; de la promesse qu’il lui fit, lui assurant que sa postérité posséderait ce pays après qu’elle aurait été asservie quatre cents ans sur une terre étrangère ; de l’alliance qu’il conclut avec lui et dont la circoncision était le signe, signe qui fut appliqué par Abraham à son fils Isaac, par celui-ci à Jacob, et par Jacob aux douze patriarches (1-8).
  2. Joseph, vendu par ses frères, devient le bienfaiteur de sa famille. La jalousie pousse les patriarches à vendre leur frère Joseph comme esclave en Égypte. Mais Dieu le délivre de ses épreuves et lui donne la sagesse qui le fait agréer de Pharaon et lui vaut le gouvernement de la maison royale et de tout le pays. Une famine amène les fils de Jacob en Égypte ; Joseph se fait reconnaître par ses frères ; il envoie chercher son père, qui vient s’établir en Égypte. Il y meurt, ainsi que ses fils après lui ; leurs corps sont transportés à Sichem et déposés dans le tombeau qu’Abraham avait acheté des fils de Hémor (9-16).
L’époque de Moïse
  1. Naissance de Moïse. Il est d’abord repoussé par les Israélites. Les temps approchent où devait s’accomplir la promesse faite à Abraham. Israël se multiplie et est maltraité. Moïse vient au monde, est recueilli par la fille de Pharaon et instruit dans toute la sagesse des Égyptiens. À l’âge de quarante ans, il visite ses frères, tue un Égyptien qui les maltraitait, mais est méconnu d’eux et repoussé quand il cherche à intervenir dans une de leurs querelles. Il s’enfuit au pays de Madian (17-29).
  2. Moïse devient le libérateur du peuple, qui cependant refuse de lui obéir. Quarante ans après, Dieu se révèle à Moïse, dans la vision du buisson ardent, et l’envoie en Égypte délivrer Israël. Il donne ainsi pour libérateur à son peuple un homme que ce peuple avait renié. Moïse fait sortir les Israélites d’Égypte et les conduit pendant quarante ans dans le désert ; il leur promet l’envoi d’un prophète semblable à lui ; s’entretenant avec l’ange de l’Éternel sur la montagne, il leur transmet des paroles de vie. Mais ils lui refusent obéissance ; ils réclament d’Aaron des dieux semblables à ceux de l’Égypte, qu’ils puissent voir ; ils sacrifient au veau qu’ils ont fabriqué. Dieu les livre au culte des astres, comme l’atteste un passage d’Amos, dans lequel est prédite, comme châtiment, la captivité de Babylone (30-43).
Le tabernacle et le temple

Dans le désert, nos pères avaient un tabernacle, fait sur le modèle que Moïse avait vu. Us l’introduisirent en Canaan sous Josué. Il y resta jusqu’aux jours de David. Celui-ci demanda à Dieu la faveur de lui élever une demeure. Son fils Salomon la bâtit. Mais le Très-Haut n’habite pas dans un temple élevé par des hommes. Sa demeure, c’est l’univers qu’il a créé, comme l’enseigne le prophète (44-50).

Péroraison

Etienne reproche aux Juifs d’être rebelles au Saint-Esprit, comme l’ont été leurs pères, qui ont persécuté tous les prophètes. Le Juste que ceux-ci annonçaient, ils en ont été les meurtriers, eux qui pourtant ont reçu la loi par l’entremise d’anges, mais qui ne l’ont point gardée ! (31-53)

1 Mais le souverain sacrificateur dit : Ces choses sont-elles ainsi ?
Chapitre 7
1 à 53 discours d’Étienne

Mais, tandis que tous les membres du sanhédrin ont les yeux arrêtés sur Étienne, qui se tient devant eux, le visage rayonnant d’une paix divine et d’un saint enthousiasme (Actes 6.15), le souverain sacrificateur rompt le silence pour lui demander de s’expliquer sur l’accusation produite contre lui (Actes 6.11 ; Actes 6.13 ; Actes 6.14).

Le sens aussi bien que le but de ce long discours d’Étienne n’apparaît pas clairement au premier abord.

En particulier, on ne voit pas le rapport qu’il pouvait y avoir entre l’accusation formulée contre lui et cet exposé de l’histoire d’Israël.

Quelques critiques en ont conclu que le discours n’était pas authentique ; mais son authenticité ressort de cette difficulté même :

car on peut hardiment affirmer qu’un rédacteur tout à fait indépendant de la tradition et n’ayant, pour composer cette apologie, d’autre donnée que la situation indiquée et surtout le principal chef d’accusation, ne serait guère arrivé à se renfermer dans un cercle d’idées qui semble si étrangement éloigné des faits et intérêts de la cause
— Reuss

Si l’on demande encore comment ce discours a été recueilli et transmis à l’auteur du livre des Actes, il est naturel de supposer que quelqu’un des auditeurs d’Étienne, favorable à l’Évangile (comparez Actes 6.7), en a fait une relation qui circulait parmi les disciples et est ainsi parvenue dans les mains de Luc. L’existence d’une telle relation est d’autant plus probable que celle-ci rapportait les dernières paroles du martyr. Elle fut d’ailleurs d’une rédaction facile, puisque tous les faits historiques rappelés par Étienne étaient connus de ses auditeurs et qu’il ne leur fallut aucun effort de mémoire pour les retenir.

Le but d’Étienne était double : se justifier de l’accusation de blasphémer Dieu, de mépriser sa loi et son temple ; retourner cette accusation contre ses adversaires en leur faisant sentir qu’ils étaient rebelles à Dieu et à ses desseins de miséricorde, comme leurs pères l’avaient été de tous temps.

L’exposé historique qu’il entreprend était propre à atteindre ce double but.

D’abord, en s’effaçant lui-même, pour ne parler que de faits entourés de la vénération de tous ses auditeurs, Étienne parvenait à se faire écouter d’eux, quels que fussent leur irritation et leur mauvais vouloir (Actes 6.12) ; puis, par la manière dont il parlait de ces faits, il convainquait ses juges de l’inanité du reproche qu’on lui faisait d’être un contempteur des glorieuses traditions de son peuple.

Comment aurait-il pu se rendre coupable des blasphèmes qui lui étaient imputés, lui qui parlait avec cette foi vivante, cette piété, cette adoration du Dieu de gloire et des révélations qu’il a de tous temps accordées à ceux qui s’attendaient à lui, qui racontait avec émotion la vocation et l’œuvre de Moïse qui retraçait avec une respectueuse admiration la construction du temple ?

Mais, tout en détruisant ces imputations calomnieuses, Étienne préparait ses auditeurs à recevoir les idées nouvelles et hardies qui avaient pu y donner lieu.

S’il s’étend, au début, sur l’époque patriarcale et relève les communications divines que reçurent en divers lieux Abraham et ses descendants n’est-ce point pour insinuer que la présence de Dieu n’est pas liée au sanctuaire de Jérusalem ? Il revient à cette idée en racontant l’érection de ce sanctuaire même (versets 48-50).

La conclusion qu’on en pouvait tirer, c’est que le temple n’était point immuable et que le culte qu’on y célébrait devrait un jour faire place à ce que Jésus appelait l’adoration en esprit et en vérité (Jean 4.21-24 ; Actes 6.14, note).

Mais si Étienne a eu l’intention de relever incidemment cette vérité, le but principal de son discours était de faire ressortir qu’à toutes les époques Israël a répondu aux bienfaits de Dieu par l’ingratitude et la révolte.

Il présente à ses auditeurs l’histoire du peuple élu comme un véritable miroir dans lequel ils pouvaient se reconnaître et se convaincre qu’ils se montraient, en dignes fils de leurs pères, rebelles eux aussi aux desseins de la miséricorde divine.

N’étaient-ils pas les trop fidèles imitateurs de ces hommes qui avaient vendu Joseph, repoussé Moïse et persécuté les prophètes ? Et ne venaient-ils pas de combler la mesure des iniquités accomplies par leurs ancêtres en tuant le Messie ?

Telle est la sévère et hardie conclusion du discours (versets 51-53) ; elle fournit la clef de celui-ci.

On peut admettre qu’Étienne se proposait de terminer par un appel à la repentance et à la foi en Jésus-Christ. Son exposé historique lui en fournissait naturellement le thème : chacun des serviteurs de Dieu repoussés par les Israélites était devenu dans la suite leur bienfaiteur, Joseph en accueillant sa famille en Égypte, Moïse en conduisant son peuple hors de la terre de servitude.

Étienne pouvait conclure de ces exemples que Jésus de même, livré et mis à mort par les Juifs, deviendrait leur Libérateur, s’ils se tournaient vers lui avec foi. Mais l’irritation de ses auditeurs ne lui permit pas de leur adresser cette suprême exhortation et l’obligea de terminer son discours sur des paroles de condamnation.

2 Et Étienne dit : Hommes frères et pères, écoutez : Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il demeurât à Charran ;

Étienne s’adresse à son auditoire en termes pleins de respect et d’affection.

Tous les Israélites étaient pour lui des frères ; mais il honore du titre de pères les membres du sanhédrin, qui, en général étaient des hommes âgés (comparer Actes 22.1).

3 et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté, et viens dans le pays que je te montrerai.

Le Dieu de la gloire, qui apparaît dans la gloire, dans l’éclat de la lumière céleste. L’Éternel se révélait dans cette gloire (Exode 24.16 ; Exode 33.18 ; Exode 40.34 ; Ésaïe 6.3 ; Luc 2.9). Elle est mentionnée et jointe au nom de Dieu comme un attribut, parce que diverses révélations de ce Dieu vont être racontées. Bientôt d’ailleurs Étienne la contemplera de ses propres yeux (verset 55).

Le livre de la Genèse rapporte (Genèse 11.31-32) qu’Abraham sortit d’Ur, en Chaldée, avec son père et toute sa famille pour aller au pays de Canaan qu’il vint à Charran, qu’il y demeura, et que son père y mourut.

Après le récit de cette première migration, la Genèse mentionne l’ordre de Dieu rappelé par Étienne (Genèse 12.1).

D’après elle Dieu serait apparu à Abraham à Charran et non, comme le dit Étienne, avant qu’il demeurât à Charran.

Divers exégètes (de Wette, Meyer) ont donc trouvé là une erreur historique, facile à concevoir chez un homme qui cite de mémoire dans un discours tout improvisé. Cependant nous savons, d’après la Genèse elle-même (Genèse 15.7, comparez Néhémie 9.7), qu’Abraham ne quitta Ur, en Chaldée, que sur une révélation de Dieu.

Et il est à remarquer que la tradition généralement reçue chez les Juifs s’attachait à cette dernière donnée (Josèphe, Antiquités Juives, I, 7, 1). Étienne ne fait donc que la suivre.

Étienne ne nomme pas Ur en Chaldée, qui était situé au sud est de la Mésopotamie, dans la Babylonie méridionale, non loin du golfe Persique. On a retrouvé les ruines de cette ville.

4 Alors étant sorti du pays des Chaldéens, il vint demeurer à Charran. Et de là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays que vous habitez maintenant ;

En comparant Genèse 11.32 et Genèse 12.1, l’on pourrait réellement conclure qu’Abraham ne vint en Canaan qu’après que son père fut mort.

Mais selon d’autres données de la Genèse, Thérach, père d’Abraham, était âgé de soixante-dix ans lorsqu’il eut ce fils (Genèse 11.26), et il vécut jusqu’à l’âge de deux cent cinq ans (Genèse 11.32). Or, comme Abraham avait soixante-quinze ans lorsqu’il sortit de Charran pour venir à Canaan (Genèse 12.4), il en résulte que son père vécut encore soixante ans après cette époque.

Toutes les tentatives faites pour expliquer cette erreur de chronologie ne sont que des tours de force. Il vaut mieux en laisser simplement la responsabilité à Étienne et à la tradition qu’il suivait et qui se retrouve chez Philon. Elle est née sans doute des deux passages de la Genèse cités en tête de cette note.

5 et dans ce pays il ne lui donna aucune propriété, pas même de quoi poser le pied ; et il promit de lui en donner la possession, et à sa postérité après lui, quoiqu’il n’eût point d’enfant.

Ainsi, à tous égards Abraham dut marcher uniquement par la foi aux promesses de Dieu : promesses de la possession de Canaan, quand il n’y avait pas en fait de propriété (grec héritage), de quoi poser le pied, promesse de donner ce pays à sa postérité, quoiqu’il n’eût point d’enfant (Genèse 12.7 ; Genèse 13.15 ; Hébreux 11.8-11).

Il faut que la foi voit l’invisible.

6 Et Dieu parla ainsi : Sa postérité habitera dans un pays étranger et on l’asservira et on la maltraitera pendant quatre cents ans. 7 Et la nation à laquelle ils auront été asservis, je la jugerai, moi, dit Dieu ; et après cela ils sortiront et me serviront en ce lieu-ci.

Voir Genèse 15.13-14.

Ce passage est cité librement d’après les Septante.

Les derniers mots : ils me serviront en ce lieu-ci, sont empruntés à Exode 3.12.

Le chiffre rond de 400 ans est aussi dans la Genèse (Actes 15.13) tandis que dans l’Exode (Exode 12.40) la durée de l’asservissement d’Israël en Égypte est fixée exactement à 430 ans.

8 Et il lui donna l’alliance de la circoncision ; et ainsi il engendra Isaac, et le circoncit le huitième jour ; et Isaac Jacob, et Jacob les douze patriarches.

Grec : Une alliance de circoncision, c’est-à-dire une alliance dont la circoncision était le signe et le sceau.

Ce symbole de la régénération de l’homme pécheur liait Abraham à la fidélité envers Dieu (Genèse 17.10), et ainsi, dans ce rapport avec l’Éternel, il engendra Isaac et le circoncit (Genèse 21.4).

9 Et les patriarches, jaloux de Joseph, le vendirent pour être emmené en Égypte. Et Dieu était avec lui ; 10 et il le délivra de toutes ses tribulations, et lui fit trouver grâce devant Pharaon, roi d’Égypte, et lui donna de la sagesse en sa présence ; et Pharaon l’établit gouverneur sur l’Égypte et sur toute sa maison.

Cette mention de la jalousie des patriarches contre Joseph et du crime dont ils se rendirent coupables (Genèse 37.11-28) est peut-être dans l’intention d’Étienne, une première illusion à l’inimitié de son peuple contre le Sauveur, qui, lui aussi fut vendu et livré par ses frères qu’il aimait.

Mais, pour Jésus comme pour Joseph, Dieu était avec lui (Genèse 39.2).

Étienne voit dans la délivrance et l’élévation de Joseph en Égypte l’action directe de Dieu, qui lui fit trouver grâce (Genèse 39.21) et lui donna une rare sagesse devant Pharaon.

C’est à cause de cela que ce dernier l’établit sur l’Égypte et sur toute sa maison (Genèse 41.37 et suivants Comparer Psaumes 105.21).

11 Or il survint une famine dans toute l’Égypte et en Canaan, et une grande détresse, et nos pères ne trouvaient pas de nourriture.

Ce mot, qui ne se lit qu’ici dans le Nouveau Testament, signifie proprement fourrage.

Les Septante l’emploient en Genèse 42.27.

12 Mais Jacob, ayant appris qu’il y avait du blé en Égypte, y envoya nos pères une première fois. 13 Et la seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et Pharaon apprit quelle était la famille de Joseph.

Grec : Et sa famille devint manifeste pour Pharaon.

Le texte reçu, avec B, C, D, porte la famille de Joseph. Voir Genèse 41.54 et suivants ; Genèse 42.1 ; Genèse 45.4.

Étienne ne rappelle ces faits qu’à cause de leur vif intérêt pour tout Israélite.

14 Et Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa famille. Avec soixante et quinze personnes

Ainsi Joseph, haï, persécuté, devint le sauveur de toute sa famille. Un rapprochement avec Jésus s’offrait de lui-même.

Étienne compte soixante-quinze personnes (grec : âmes) dans la famille de Jacob se rendant en Égypte, quoique, dans trois passages de l’Ancien Testament, le texte hébreu n’en indique que soixante-dix (Genèse 46.27 ; Exode 1.5 ; Deutéronome 10.22).

Étienne tire cette donnée de la version grecque des Septante qui, dans Genèse 46.27 et Exode 1.5, porte le chiffre de 75.

Nous rattachons les derniers mots du verset 14 au commencement du verset 15 « Avec soixante-quinze personnes. Jacob descendit en Égypte ». Cette manière de disposer le texte nous paraît indiquée par Deutéronome 10.22 (voir la version des Septante).

Les plus anciens manuscrits ont, il est vrai, au commencement du verset 15, une conjonction : et Jacob descendit. Mais le fait que cette conjonction n’est pas la même chez tous prouve qu’à l’origine elle manquait. C’est ce que confirment D, plusieurs minuscules, la Peschito.

Dans ces documents verset 15 commence d’une manière abrupte : Jacob descendit (Blass).

15 Jacob descendit en Égypte ; et il mourut ainsi que nos pères. 16 Et ils furent transportés à Sichem et mis dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté, à prix d’argent, des fils de Hémor, père de Sichem.

La foi des patriarches en la promesse de Dieu était si ferme que, mourant en Égypte, ils demandèrent à être transportés dans la terre de Canaan, destinée à de venir la patrie de leurs descendants.

Jacob et Joseph avaient donné à leurs fils les ordres les plus positifs à cet égard (Genèse 49.29 ; Genèse 50.25).

Ce verset verset 16 donne lieu à trois remarques encore :

  1. Il y est dit de Jacob et des pères, c’est-à-dire de tous les fils de Jacob, qu’ils furent transportés dans la terre de la promesse. Ce trait, mentionné aussi par Josèphe (Antiquités Juives, II, 8, 2), est en lui-même très probable, puisque les petits-fils de Jacob auront voulu rendre à leurs pères les mêmes honneurs qu’à leur aïeul. Mais le fait n’est raconté dans l’Ancien Testament qu’à l’égard de Jacob et de Joseph.
  2. Il est dit encore que ces patriarches furent ensevelis à Sichem, ce qui est vrai de Joseph (Josué 24.32), et probablement des autres fils de Jacob ; mais Jacob lui-même fut enseveli à Ephron, dans la caverne de Macpela (Genèse 49.29-30).
  3. Il est dit enfin qu’Abraham avait acheté ce sépulcre de Sichem, mais c’est Jacob qui l’avait acquis à prix d’argent (Genèse 33.19 ; Josué 24.32), tandis qu’Abraham avait acheté d’Ephron un tombeau près de Mamré (Genèse 50.13).

Étienne réunit en un seul les deux achats et les deux enterrements dont parle l’Ancien Testament.

Les inexactitudes subsistent, mais elles sont sans importance.

En traduisant : Hémor, père de Sichem, nous suivons le texte reçu, qui se fonde sur D et quelques majuscules et versions, et qui est conforme à Genèse 33.19. Sin, B, C portent à Sichem.

Il est probable que les copistes auront fait cette correction, estimant que Sichem était ici, de même qu’au commencement du verset, un nom de lieu.

17 Mais à mesure que le temps approchait où devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte ; 18 jusqu’à ce qu’il s’éleva sur l’Égypte un autre roi, qui n’avait point connu Joseph.

Qui n’avait point connu Joseph personnellement et ne se croyait tenu à aucune reconnaissance envers ses descendants. Le fait est constaté par Exode 1.8.

En verset 17, le texte reçu porte : la promesse que Dieu avait jurée à Abraham. Il s’agit de la promesse rappelée ci-dessus, verset 5.

19 Ce roi, usant d’artifice contre notre race, maltraita nos pères, jusqu’à leur faire exposer leurs enfants, afin qu’ils ne demeurassent pas en vie.

Ces faits, avec les raisons toutes politiques qui les inspirèrent, sont exposés dans Exode 1.9 et suivants

20 En ce temps-là naquit Moïse, et il était beau aux yeux de Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père.

En ce temps-là, temps d’oppression et d’affliction profonde, naquit Moïse, le libérateur. C’est ainsi que Dieu choisit les temps et les moments, selon sa sagesse et sa miséricorde.

Cet enfant était beau (grec) à Dieu, ou pour Dieu ou aux yeux de Dieu, c’est-à-dire que Dieu lui-même le trouvait beau.

Le sens de ces paroles n’est pas rendu par la traduction : divinement beau ou d’une beauté divine.

Ce n’est pas seulement la beauté de l’enfant qui engagea sa mère à le cacher pendant trois mois (Exode 2.2) ; comme il y avait à cela un grand danger, l’épître aux Hébreux (Hébreux 11.23) attribue cette action courageuse à la foi des parents.

21 Mais ayant été exposé, la fille de Pharaon le recueillit, et l’éleva pour en faire son fils. 22 Et Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ; et il était puissant dans ses paroles et dans ses œuvres.

Cette instruction, que reçut Moïse, est encore un trait étranger au récit de l’Ancien Testament, mais qui se trouve dans Philon et dans la tradition juive.

La sagesse des Égyptiens s’appliquait surtout aux sciences naturelles (y compris la magie), l’astronomie, les mathématiques, la médecine ; c’étaient les prêtres qui cultivaient cette sagesse, aussi bien que l’art du gouvernement.
— Meyer
Que Moïse eût été élevé dans la sagesse des Égyptiens, c’est ce qu’Étienne pouvait savoir par la tradition juive, bien que l’Ancien Testament n’en dise rien. Mais, en admettant ce fait, l’antiquité était bien éloignée de supposer, comme l’incrédulité moderne, que l’éducation donnée à Moïse en Égypte avait suffi pour faire de lui le fondateur de la vie religieuse et politique de son peuple. Toute la science égyptienne était dans les mains des prêtres. Si la piété de Moïse s’était développée sous leur influence, il aurait répandu leur idolâtrie dans le peuple d’Israël ; au lieu de cela, il travailla à anéantir tous les vestiges que ce peuple avait pu en apporter d’Égypte. Ce n’est pas la culture grecque qu’il avait reçue à Tarse, ni ses études sous Gamaliel qui ont fait de Paul un apôtre ; ce n’est pas davantage la sagesse de l’Égypte qui rendit Moïse apte à devenir le législateur d’Israël. Mais Dieu put bien rendre utile la culture extérieure que ces hommes avaient reçue, pour communiquer à leur peuple la vérité, sous l’influence du Saint-Esprit dont ils étaient remplis.
— Olshausen

Puissant dans ses œuvres n’indique pas seulement les miracles opérés par Moïse, mais toutes les grandes actions de sa vie.

Puissant dans ses paroles semble contredire Exode 4.10 ; mais la réponse de l’Éternel aux objections de Moïse justifie le jugement d’Étienne.

Meyer fait observer avec raison qu’une parole peu facile peut être puissante par l’Esprit divin qui l’anime, et c’est, en particulier, ce que prouve l’action exercée par Moïse.

Luc (Luc 24.19) caractérise Jésus dans les mêmes termes.

23 Mais quand il eut atteint l’âge de quarante ans, il lui monta au cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël.

En donnant à Moïse l’âge de quarante ans, Étienne suit une tradition qui n’est pas expressément fondée sur l’Ancien Testament.

Cependant on lit dans Exode 7.7 que Moïse était âgé de quatre-vingts ans quand il se présenta devant Pharaon, ce qui s’accorde bien avec la donnée d’Étienne (verset 30).

De là, sans doute, la tradition, recueillie aussi par les écrits des rabbins juifs, que Moïse vécut quarante ans à la cour d’Égypte, quarante ans dans la solitude de Madian (verset 30) et quarante ans comme conducteur de son peuple (verset 36).

Il lui monta au cœur de visiter ses frères : des pensées peuvent exister d’une manière inconsciente dans les profondeurs de l’âme ; elles montent au cœur et y deviennent des sentiments précis ou des volontés arrêtées.

Tel fut en Moïse l’amour pour son peuple, qui le poussa non seulement à visiter ses frères, mais à se dévouer tout entier pour eux (verset 24 et suivants). C’est à ce moment de là vie de Moïse que s’appliquent les belles paroles de l’épître aux Hébreux. Hébreux 11.24-26.

24 Et en ayant vu un qu’on maltraitait, il prit sa défense, et vengea celui qui était opprimé, en frappant l’Égyptien. 25 Or il pensait que ses frères comprendraient que Dieu leur accordait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point.

Voir Exode 2.11-12.

Il est évident par ce récit que Moïse sentait déjà en lui la vocation de libérateur de son peuple ; mais, dans un zèle charnel, il n’attendit point l’appel de Dieu et procéda par la violence.

Cette faute, toutefois, n’excuse point l’aveuglement et l’ingratitude de ses frères qui le repoussent. C’est ce qu’Étienne veut faire sentir à ses auditeurs (comparer verset 27).

26 Le jour suivant, il parut au milieu d’eux comme ils se battaient, et il les exhortait à la paix, disant : Hommes, vous êtes frères ; pourquoi vous maltraitez-vous l’un l’autre ? 27 Mais celui qui maltraitait son prochain le repoussa en disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ?

Voir Exode 2.13-14.

Cette fois Moïse procéda avec sagesse et douceur il exhortait ses frères à la paix (grec les ramenait ensemble pour la paix) ce qui n’empêcha pas qu’il fût encore repoussé par des paroles jalouses et défiantes.

28 Veux-tu me tuer comme tu as tué hier l’Égyptien ? 29 Or Moïse s’enfuit à cette parole, et il demeura comme étranger au pays de Madian. où il engendra deux fils.

Cette parole dut remplir Moïse de crainte car elle lui montrait que son action était connue. D’après le récit de l’Exode, elle avait été rapportée à Pharaon, et celui-ci cherchait à le faire mourir (Exode 2.15)

Ainsi Moïse, élevé dans le palais de Pharaon, dut s’enfuir et demeurer comme étranger au désert, à cause de l’aveuglement de son peuple. Mais le jour de sa vocation comme libérateur de ce peuple était réservé auprès de Dieu.

Madian, contrée de l’Arabie Pétrée, habitée par des tribus nomades.

30 Et quarante ans s’étant écoulés, un ange lui apparut dans le désert du mont Sinaï, dans la flamme de feu d’un buisson. 31 Et Moïse, voyant cela, s’étonnait de cette vision ; et comme il s’approchait pour regarder, la voix du Seigneur se fit entendre : 32 Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob. Mais Moïse, tout tremblant, n’osait regarder. 33 Et le Seigneur lui dit : Ôte les souliers de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. 34 J’ai vu, j’ai vu l’oppression de mon peuple en Égypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer. Et maintenant viens, que je t’envoie en Égypte.

Voir Exode 3.1-10.

L’explication de cette grande théophanie par laquelle s’accomplit la vocation de Moïse appartient à l’exégèse de l’Ancien Testament.

Nous nous bornons à quelques remarques nécessaires à l’intelligence de la pensée d’Étienne :

  1. Sur ce terme de quarante ans, voir verset 23, note.
  2. Au lieu de : le mont Sinaï, on lit dans l’Exode : (Exode 3.1) « la montagne de Dieu à Horeb » Ces deux noms sont employés l’un pour l’autre dans le Pentateuque parce qu’ils désignent les deux sommets les plus élevés de la même chaîne de montagnes.
  3. La voix du Seigneur ; le mot Seigneur est, dans la version grecque des Septante, que citait Étienne, la traduction constante du nom de Jéhovah, l’Éternel. Dans le récit de l’Exode, l’être qui est ici appelé un ange est nommé l’ange de l’Éternel (Exode 3.2).
  4. Ôte (grec délie) les souliers de tes pieds. C’est là, chez les Orientaux, une marque de respect, comme pour nous de nous découvrir la tête.
  5. J’ai vu, j’ai vu, nous rendons ainsi l’hébraïsme : voyant, j’ai vu, qui signifie : j’ai très bien vu, c’est là l’expression des tendres compassions de Dieu pour l’oppression de son peuple.
  6. Je suis descendu est un anthropomorphisme indiquant une révélation ou une action divine pour la délivrance du peuple de Dieu ou le châtiment des méchants (Genèse 11.5-7 ; Genèse 18.21). Le verbe traduit par délivrer a le sens réfléchi : prendre à soi ou pour soi (Actes 26.17).
  7. Le texte reçu porte : Je t’enverrai en Égypte, tandis que, selon le vrai texte (Codex Sinaiticus, B, A, C, D), Dieu dit : que je t’envoie.

Maintenant, cette mission était le but actuel de la révélation.

35 Ce Moïse qu’ils avaient renié, en disant : Qui t’a établi chef et juge ? C’est lui que Dieu envoya comme chef et comme libérateur, avec l’assistance de l’ange qui lui était apparu dans le buisson.

Après avoir raconté la vocation divine adressée à Moïse, Étienne peint, d’une part, la grandeur de ce serviteur de Dieu (versets 35-38) et, d’autre part, la révolte de son peuple qui le renia (comparez Actes 3.13) et « refusa de lui obéir » (verset 39), .

Non seulement Dieu l’envoya comme chef et juge, mais comme libérateur (grec rédempteur).

Cette progression dans les termes a pour but de montrer, dans l’opposition du peuple contre Moïse, le type de son opposition contre le Sauveur (verset 51), et ainsi en Moïse lui-même le type de Celui qui a accompli, dans le sens le plus élevé, la rédemption de son peuple.
— (Luc 1.68 ; Hébreux 9.12 ; Hébreux 2.14) Meyer

Moïse ne peut être libérateur et accomplir de si grandes œuvres (verset 36) qu’avec l’assistance (grec vrai texte, B, A, C, D, avec la main) de l’ange, c’est-à-dire du représentant de Dieu, qui lui était apparu. Étienne ne voyait pas, dans cet ange, un ange quelconque, mais un médiateur spécial dont l’assistance équivalait à celle de Dieu lui-même.

36 C’est lui qui les fit sortir en faisant des prodiges et des miracles en Égypte et dans la mer Rouge et au désert pendant quarante ans. 37 C’est ce Moïse qui a dit aux fils d’Israël : Dieu vous suscitera un prophète d’entre vos frères, comme moi.

Deutéronome 18.15, comparez ci-dessus Actes 3.22.

Le texte reçu porte : Le Seigneur Dieu vous suscitera ; vous l’écouterez.

Les mots soulignés manquent dans, Codex Sinaiticus, B, A. Ils auront été ajoutés pour rendre la citation conforme aux Septante.

38 C’est lui qui, dans l’assemblée, au désert, fut avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï et avec nos pères ; c’est lui qui reçut des oracles vivants pour nous les donner.

Ce verset encore exalte Moïse comme ayant été le médiateur de la loi du Sinaï.

Il était, dans l’assemblée (grec l’église), au désert, entre l’ange qui lui parlait (comparez verset 53, note) et nos pères recevant des oracles vivants (les commandements de la loi envisagés comme conduisant à la vie, comparez Romains 7.10-12 ; Galates 3.12) et les donnant au peuple.

Codex Sinaiticus, B portent : pour vous les donner (Westcott Hort, Weiss, Wendt).

Quelle éloquente réfutation de l’accusation élevée contre Étienne d’avoir blasphémé Moïse et la loi ! (Actes 6.11-13)

On remarquera dans tout ce passage (versets 35-38) la formule oratoire : c’est ce Moïse, c’est lui qui. Elle trahit l’émotion d’Étienne.

39 C’est à lui que nos pères ne voulurent point obéir, mais ils le repoussèrent et tournèrent leurs cœurs vers l’Égypte ; 40 en disant à Aaron : Fais-nous des dieux qui marcheront devant nous ; car ce Moïse qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.

Voir Exode 16.3 ; Exode 32.1 et pour les termes employés comparez Ézéchiel 20.7 et suivants

Grec : Ils se tournèrent dans leurs cœurs vers l’Égypte, c’est-à-dire qu’ils désirèrent introduire parmi eux un culte idolâtre emprunté à la religion de l’Égypte.

D’autres entendent : ils voulurent retourner en Égypte.

Les dieux qui marchent devant nous seraient alors des dieux qui ramèneraient Israël en Égypte. Mais le veau d’or était une image visible du Dieu qui avait fait sortir le peuple d’Égypte pour le conduire en Canaan (Exode 32.4 ; 1 Rois 12.28).

41 Et, en ces jours-là, ils firent un veau et ils offrirent un sacrifice à l’idole, et ils se réjouissaient des œuvres de leurs mains.

Allusion à la fête grossière que célébra le peuple après avoir fait son veau d’or (Exode 32.6). Ce dernier était une imitation d’une divinité égyptienne, le dieu Apis de Memphis.

42 Mais Dieu se détourna, et les livra au culte de l’armée du ciel, comme il est écrit dans le livre des prophètes : M’avez-vous offert des victimes et des sacrifices durant quarante ans dans le désert, maison d’Israël ?

C’est-à-dire au culte idolâtre des astres et des forces de la nature.

Dieu les y livra, en châtiment de leur ingratitude et de leur incrédulité (comparer Romains 1.24-25).

C’était là un avertissement indirect adressé par Étienne à ses auditeurs.

43 Et vous avez porté le tabernacle de Moloch et l’étoile du dieu Rephan, ces images que vous avez faites pour les adorer. Aussi vous transporterai-je au-delà de Babylone.

Amos 5.25-27, librement cité d’après la version grecque des Septante.

L’Éternel reproche d’abord à son peuple, par la bouche du prophète, de ne lui avoir pas offert des victimes et des sacrifices, durant la traversée du désert.

Cette assertion paraît être en contradiction avec des passages tels que Exode 24.4 et suivants ; Nombres 7.10 ; Nombres 9.1 et suivants

Mais l’abandon de la circoncision (Josué 5.4-9) révèle un relâchement religieux qui put bien s’étendre à la célébration des sacrifices (voir la Bible Annotée, sur Amos 5.25-27). Il ne peut s’expliquer que par un entraînement général du peuple à l’idolâtrie.

C’est ce dernier péché que le prophète reproche ensuite à Israël, en rappelant ce tabernacle de Moloch qu’il portait à sa suite, et cette étoile du dieu Rephan, images ou idoles qu’il avait faites pour les adorer.

Il ne faut pas, avec quelques éditeurs (Tischendorf, Weiss), prolonger la question jusqu’au milieu du verset 43 « M’avez-vous offert, …et avez-vous porté…ces images que vous avez faites pour les adorer ? » car la réponse négative, que fait attendre la forme de l’interrogation en grec, n’est admissible que pour la dernière proposition du verset 42 « M’avez-vous offert des victimes ? Non, vous ne l’avez pas fait, bien plus (tel est le sens du et) vous avez porté, etc ».

Moloch signifie roi ou seigneur, et correspond au Bel ou Baal des peuples Cananéens. On adorait sous ce nom le soleil, comme principe générateur et vivifiant de la nature.

L’astre appelé suivant les manuscrits Romphan ou Rephan était Saturne. La version grecque rend par ce nom l’hébreu Kiyoun, qui, avec d’autres points voyelles, se prononcerait Kewan. Kewan est le surnom Assyrien de Saturne.

Rephan serait un des noms donnés à Seb, le Saturne des Égyptiens.

Codex Sinaiticus, A, C, majuscules, portent : votre dieu Rephan. Le mot souligné manque dans B, D.

Comme châtiment de cette idolâtrie, Amos annonce au peuple qu’il sera transporté au-delà de Damas capitale du royaume de Syrie le puissant ennemi d’Israël.

Étienne précise l’idée, en substituant à ce nom de Damas celui de Babylone, afin de rappeler la grande captivité du peuple juif, châtiment de ses infidélités.

44 Nos pères avaient dans le désert le tabernacle du témoignage, comme l’avait ordonné Celui qui avait dit à Moïse de le faire selon le modèle qu’il avait vu.

Quelques exégètes (Calvin, de Wette, Olshausen) ont pensé qu’Étienne voulait opposer ce vrai tabernacle au tabernacle de Moloch (verset 43), afin de faire sentir d’autant plus vivement combien était coupable ce péché de l’idolâtrie.

C’est plutôt, dans le discours, un nouveau développement, dans lequel Étienne en vient à parler du temple (versets 46, 47), qu’on l’avait accusé de mépriser.

Le tabernacle ou la tente du témoignage ; c’est ainsi que les Septante traduisent, à tort, le mot hébreu qui signifie assignation ou assemblée.

Ce qui importe à Étienne, c’est de rappeler combien ce tabernacle était sacré pour les Israélites pieux, puisque non seulement l’Éternel en avait prescrit la construction jusque dans les moindres détails (Exode 25 à Exode 27), mais avait ordonné à Moïse de le faire selon le modèle qui lui avait été montré sur la sainte montagne (Exode 25.40 ; Exode 26.30, comparez Hébreux 8.5)

45 L’ayant reçu à leur tour, nos pères, avec Josué, l’introduisirent dans le pays conquis sur les nations que Dieu chassa devant nos pères jusqu’aux jours de David ;

Nos pères (ceux de la génération qui entra en Canaan), l’ayant reçu à leur tour (de la main de leurs devanciers), l’introduisirent avec Josué dans le pays conquis sur les nations, littéralement : dans (pendant) la possession des nations, c’est-à-dire : « lorsque ce pays était au pouvoir des nations » (Meyer), ou mieux : « en prenant possession des nations » (Wendt), le génitif des nations étant objet et non sujet.

Ces nations Dieu les chassa devant nos pères, jusqu’aux jours de David : la conquête de Canaan ne fut achevée qu’au temps de David.

D’autres rattachent les mots jusqu’aux jours de David à la proposition principale : ils l’introduisirent, et sous-entendent : et il y resta.

46 qui trouva grâce devant Dieu et demanda de trouver une demeure pour le Dieu de Jacob. 47 Mais ce fut Salomon qui lui bâtit une maison.

Parce qu’il avait trouvé grâce devant Dieu, David demanda de trouver une demeure (grec une tente) pour le Dieu de Jacob.

Codex Sinaiticus, B, D portent une demeure à la maison de Jacob. Cette variante ne présente guère de sens acceptable.

Le Psaume Psaumes 132.5, ici cité, oblige à admettre Dieu de Jacob.

Hort propose une conjecture plausible, d’après laquelle le texte primitif portait Seigneur de Jacob. Ce mot Seigneur, corrompu, aurait donné lieu à la variante des principaux manuscrits.

Pour le fait lui-même, comparez 2 Samuel 7.1 et suivants 1 Chroniques 22.7 et suivants

Si, pour désigner le temple (verset 46), Étienne emprunte à Psaumes 132.5, un mot qui signifie proprement tente, et désigne une habitation fragile et temporaire, c’est pour marquer que ce temple, fait de mains d’hommes, participait du caractère transitoire de toutes les choses visibles. Il ne veut pas dire que son érection ait été sans valeur aux yeux de Dieu, mais il donne à entendre qu’elle a été une œuvre humaine. Dieu n’avait rien ordonné. David prend l’initiative en suppliant Dieu de lui accorder la faveur d’élever cette maison à sa gloire. Et encore la grâce demandée ne fut-elle accordée qu’à son fils Salomon.

Malgré ces nuances qu’il apporte à l’exposé des faits Étienne parle avec respect et vénération de l’origine du sanctuaire de Jérusalem ; il réfute ainsi indirectement l’accusation d’avoir proféré contre lui des blasphèmes.

Si, dans la suite (versets 48-50), il formule encore une réserve capitale, et essaie d’amener ses auditeurs à une notion plus spiritualiste du seul vrai et permanent sanctuaire du Très-Haut, il s’exprimera de manière à montrer que sa pensée est celle même du roi qui construisit le temple et le consacra à l’Éternel, et qu’elle est conforme aux enseignements des prophètes.

48 Toutefois le Très-Haut n’habite point dans des temples faits par la main des hommes, comme le prophète le dit : 49 Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds : Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, ou quel sera le lieu de mon repos ? 50 N’est-ce pas ma main qui fait toutes ces choses ?

Cette grande pensée que le Dieu infini, Créateur de l’univers, ne saurait habiter exclusivement dans un temple, œuvre de la main des hommes, condamnait le culte formaliste et pharisaïque du temps.

On croit, en écoutant Étienne, entendre un écho des paroles de Jésus (Jean 4.21-24). Et cependant il n’exprime qu’une pensée formulée déjà en termes semblables par Salomon lui-même dans sa prière pour la dédicace du temple (verset 48 ; comparez 1 Rois 8.27) ; puis il appuie encore cette pensée sur l’autorité d’un prophète (Ésaïe 66.1, cité presque exactement d’après les Septante).

51 Hommes de col roide, et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous vous opposez toujours à l’Esprit Saint, vous aussi, comme vos pères !

Quelle foudroyante péroraison de tout ce discours ! (versets 51-53). Mais que ces paroles sont vraies dans leur sévérité !

Faut-il admettre, avec plusieurs exégètes (Ebrard, Meyer, Lechler), que cette application est simplement la conséquence naturelle qu’Étienne tire de tout son discours ?

Ou, avec Olshausen et d’autres, que ce brusque changement de ton fut provoqué par des marques d’impatience et de colère dans son auditoire ?

Cette dernière opinion nous paraît être la vraie.

Jusqu’ici Étienne avait exposé avec calme les vérités qui ressortent de l’histoire d’Israël, si le sanhédrin, constitué en cour de justice, l’avait écouté avec attention, eut-il été sage, ou même charitable, de provoquer, par ces dernières paroles, les orgueilleux préjugés de ce conseil ? Assurément Étienne ne l’aurait pas fait.

En outre, comment supposer qu’il aurait voulu terminer son discours sans exhorter ses auditeurs à la repentance et sans leur annoncer en Jésus la miséricorde de Dieu ?

Au lieu de cela, il ne mentionne le Juste que pour accabler ces chefs du peuple du souvenir de leur crime (verset 52).

C’est qu’Étienne voyait la fureur peinte sur tous les visages, c’est qu’il fut interrompu par des murmures et des cris, c’est enfin qu’il prévit l’issue tragique du débat et que, dans son indomptable courage, il trouva qu’il n’y avait plus rien à ménager dans ces rebelles. Les versets 54, 57 confirment cette explication.

Le col roide est l’image d’un caractère inflexible, opiniâtre, rebelle.

Le peuple d’Israël se montrait alors tel. Ce mot ne se trouve qu’ici dans le Nouveau Testament, mais le terme hébreu qui y correspond est assez fréquent (voir Exode 33.3-5).

Être incirconcis de cœur et d’oreilles, c’est se montrer incapable de sentir et même d’entendre la vérité. L’incirconcision était, chez les Juifs la marque du paganisme et de l’impureté (Lévitique 26.41 ; Deutéronome 10.16), la circoncision le symbole de la purification du cœur (Jérémie 4.4 ; Jérémie 9.25 ; Romains 2.29).

52 Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Et ils ont tué ceux qui avaient annoncé d’avance la venue du Juste, que vous maintenant vous avez livré et dont vous êtes devenus les meurtriers ;

Voir, sur les prophètes persécutés par leur peuple Hébreux 11.36 et suivants

Mais le crime des chefs actuels de ce peuple dépassait tous les autres. Ils avaient livré à un juge païen le Juste par excellence (Actes 3.14), et ainsi ils étaient devenus ses meurtriers !

53 vous qui avez reçu la loi dans des ordonnances d’anges, et qui ne l’avez point gardée !…

Les mots : par (grec en ou sur) des ordonnances d’anges ont été diversement interprétés.

Le sens le plus probable est que les anges ont servi d’intermédiaires.

Le récit de l’Exode (Exode 20), il est vrai, ne fait pas mention de la participation des anges à la promulgation de la loi. Mais ce rôle leur est attribué par une tradition que les Septante ont introduite dans l’Écriture elle-même, en traduisant le passage obscur Deutéronome 33.2, qui porte selon la version la plus usitée : « de sa droite (il a envoyé) le feu de la loi »

« à sa droite des anges avec lui ». Plusieurs auteurs du Nouveau Testament y ont puisé l’idée d’une intervention des anges, dont Dieu se serait servi pour communiquer la loi à Moïse (Galates 3.19 ; Hébreux 2.2).

Cette idée est exprimée aussi par des rabbins et par l’historien Josèphe (Antiquités Juives, XV, 5, 3).

C’est donc à tort que quelques interprètes, se fondant sur Psaumes 104.4, ont vu dans ces anges une désignation poétique des phénomènes naturels qui se produisirent sur le Sinaï (Exode 19.16-19).

Chrysostome pensait retrouver dans notre passage l’ange mentionné en versets 30, 38.

Mais le mot anges, au pluriel, s’oppose à cette interprétation.

Étienne déclare à ses auditeurs que la loi, promulguée avec tant de solennité, ils ne l’ont point gardée.

Il pouvait leur adresser ce reproche, par lequel il leur retournait l’accusation portée contre lui (Actes 6.13-14) car les dispositions manifestées par leurs pères (versets 39-43) étaient encore les leurs.

Nous ne pensons pas qu’il voulût les blâmer de n’avoir pas saisi la loi dans sa spiritualité (versets 48-50), ni que la transgression de la loi qu’il avait en vue fût spécialement le meurtre du Juste (verset 52).

54 Entendant ces choses, ils frémissaient de fureur dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui.
Plan
Etienne contemple Jésus dans la gloire et est entraîné par ses ennemis furieux

Les paroles d’Etienne excitent la rage de ses auditeurs. Lui, rempli d’Esprit saint, voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu ; il le déclare solennellement. Alors ses ennemis se bouchent les oreilles, poussent de grands cris et, se précipitant tous ensemble sur lui, l’entraînent hors de la ville pour le lapider (54-58a).

Mort d’Etienne

Le jeune Saul garde les manteaux des témoins. Ils lapident Etienne, qui remet son esprit entre les mains du Seigneur Jésus et, à genoux, intercède pour ses meurtriers. Puis il s’endort. Saul approuvait le meurtre d’Etienne (58b-8.1a).

L’Église dispersée par la persécution

Une grande persécution des chrétiens de Jérusalem se produit ; à l’exception des apôtres, ils se dispersent tous en Judée et en Samarie. De pieux Juifs ensevelissent Etienne, tandis que Saul ravage l’Église, pénétrant dans les maisons pour opérer des arrestations d’hommes et de femmes (8.1b-3).

7.54 à 8.3 - Martyre d’Étienne et persécution de l’Église

Ils frémissaient de fureur. Voir, sur cette expression, Actes 5.33, où le sens littéral est expliqué.

Ces choses, c’était surtout le contenu des versets 51-53 (comparer toutefois verset 51, note).

Cette fureur et ces grincements de dents font, comme l’observe Olshausen, un contraste frappant avec la calme sérénité d’Étienne, contemplant le ciel ouvert (verset 56).

55 Mais lui, rempli d’Esprit saint, les yeux fixés au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.

Les mots : rempli d’Esprit Saint ne signifient pas seulement qu’Étienne était habituellement sous l’influence de cet Esprit, mais que dans ce moment de danger suprême Dieu l’en revêtit d’une manière nouvelle (comparer Actes 4.8).

Il vit la gloire de Dieu (verset 2) ; une vision, tout intérieure, lui fut accordée par l’action même de cet Esprit dont il était rempli.

On peut supposer qu’il la cherchait, les yeux fixés au ciel, au-dessus des hommes, du danger, de la vie et de la mort.

Mais l’objet spécial et souverainement consolant de sa vision, ce fut Jésus, son Sauveur, pour lequel il allait donner sa vie.

Et qu’on le remarque bien, puisque ce trait de la vision est répété au verset 56, il voit Jésus debout, à la droite de Dieu. Être à la droite de Dieu, c’est partager avec lui l’autorité et la puissance.

Le Sauveur est souvent représenté assis, à la droite de Dieu, dans l’attitude du gouvernement ou du jugement (Matthieu 26.64 et souvent ailleurs), ici il est debout, car il s’est levé pour venir au-devant du martyr et pour le recevoir dans la gloire (verset 59).

Cette explication, admise aujourd’hui par la plupart des interprètes, est de Grégoire le Grand.

56 Et il dit : Voici, je contemple les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.

Étienne seul eut cette glorieuse vision ; les membres du sanhédrin ne s’aperçurent de rien ; mais Étienne dit ce qu’il voyait, afin que cela leur servit de témoignage.

Il nomme Jésus le Fils de l’homme, sans doute par allusion à la vision de Daniel (Daniel 7.13-14 ; comparez Matthieu 26.64 ; Luc 22.69) qui, lui aussi contemple Celui dont la domination et le règne sont éternels.

C’est ici le seul passage où ce nom, que Jésus prend ordinairement lui-même dans les évangiles lui est donné par un de ses disciples.

57 Or, poussant de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et se précipitèrent tous ensemble sur lui ; 58 et l’ayant jeté hors de la ville, ils le lapidaient. Et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.

Ce verbe à l’imparfait, et sans régime en grec, signifie qu’ils se préparaient à le lapider, l’action même n’est racontée qu’en verset 59.

D’autres expliquent l’absence de régime et la répétition du verbe : ils lapidaient, au verset 59, en supposant que verset 58 est une remarque introduite par l’auteur des Actes dans le document qu’il transcrivait. Celui-ci portait simplement : et l’ayant jeté hors de la ville, ils lapidaient Étienne qui priait et disait.

Toute cette scène tumultueuse ne permit pas au sanhédrin de rendre un jugement régulier : ce fut une sorte d’émeute, et la mort d’Étienne fut un meurtre. Seulement les auteurs du meurtre prétendaient appliquer à l’accusé le châtiment ordonne pour les blasphémateurs (Lévitique 24.16).

Les témoins (Actes 6.13-14) devaient lancer la première pierre au condamné (Deutéronome 17.7). Pour cela, il fallait qu’ils se défissent de leurs manteaux, qui les auraient gênés ; ce sont là les vêtements qu’ils déposèrent aux pieds d’un jeune homme qui, dans son fanatisme de pharisien, assistait avec complaisance à cette exécution (verset 60).

Ce jeune homme s’appelait Saul. C’est la première fois qu’il est nommé dans le Nouveau Testament. Quelle grande et belle place il y occupera désormais !

59 Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit !

Ils lapidaient Étienne qui priait (grec invoquait, appelait) ; quel contraste !

Il appelait ce Jésus qui venait de lui apparaître dans sa vision ; il lui demandait de recevoir son esprit.

La même prière que le Sauveur avait adressée à Dieu son Père, Étienne l’adresse à Jésus.

Cette circonstance remarquable du récit est une preuve de la divinité du Sauveur plus convaincante que beaucoup d’autres passages dont on s’appuie ordinairement, surtout si l’on considère la sévérité avec laquelle l’Ancien Testament condamne tout hommage de ce genre rendu à un être qui ne serait pas Dieu. Étienne agit ici selon l’ordre de Jésus-Christ lui-même (Jean 5.23), et telle a été de tout temps la pratique de l’Église.
— Olshausen

Comparer encore, sur l’invocation du nom de Jésus, Actes 22.16 ; Romains 10.12 ; 1 Corinthiens 1.2.

60 Puis, s’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte : Seigneur, ne leur impute point ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit.

C’est-à-dire pardonne-leur !

Encore une parole de Jésus sur la croix (Luc 23.34), au pied de laquelle Étienne mourant se place en pensée.

La dernière prière de Jésus, qui était l’expression d’une charité divine, Étienne a été capable de la proférer à son tour. Il l’a prononcée même d’une voix forte, voulant que tous l’entendissent.

Et cette prière fut exaucée, elle le fut du moins pour ce jeune homme, spectateur du drame, qui devint l’apôtre de la grâce (1 Timothée 1.15). Combien de fois ne dut-il pas s’en souvenir dans la suite !

Douce image de la mort qui est devenue un sommeil pour les fidèles, même lorsqu’elle est le plus violente (comparer Jean 11.11 ; 1 Thessaloniciens 4.13).

Telle fut la fin du premier martyr de l’Église chrétienne.

Son nom grec Stéphanos signifie couronne.

Il devint les prémices de cette longue suite de témoins de Jésus-Christ qui, au sortir de leurs combats et de leurs tribulations, allèrent au lieu du repos ceindre leurs fronts de la couronne immortelle promise à ceux qui n’épargnent point leur vie pour l’amour de Celui qui leur donna la sienne (Apocalypse 2.10).