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1 Corinthiens 12
Bible Annotée (interlinéaire)

Verset à verset  Double colonne 

Plan du commentaire biblique de 1 Corinthiens 12

Les dons spirituels sont divers, mais tous produits par le même esprit

À quel signe général peut-on reconnaître si un homme parle par l’Esprit ? Paul ne veut pas que ses lecteurs l’ignorent comme au temps de leur paganisme ; ce signe, c’est qu’au lieu de maudire Jésus, on reconnaisse en lui le Seigneur (1-3).

Quelque divers qu’ils soient, les dons proviennent du même Esprit ; les ministères, du même Seigneur, les opérations, du même Dieu ; tous, pour l’avantage de tous (4-7).

Paul énumère les dons divers que l’Esprit distribue selon qu’il le veut (8-11).

1 Pour ce qui est des dons spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance.

Versets 1 à 11 — Les dons spirituels sont divers, mais tous produits par le même Esprit

Grec : « Touchant les spirituels ». Il est évident par ce qui suit que le substantif sous-entendu c’est les dons et non les hommes (spirituels), comme on l’a prétendu.

L’apôtre consacre trois chapitres à cet important sujet chapitres 12 à 14.

Cette partie de l’épître est sans contredit celle de tout le Nouveau Testament qui est le plus propre à faire revivre à nos yeux l’époque la plus remarquable de l’histoire et à nous peindre ces premiers temps où la jeune Église commençait à étendre ses ailes dans l’humanité et révélait son existence par les plus étonnants phénomènes. Au jour de la Pentecôte, la vie d’en haut s’était répandue comme un torrent sur les disciples du Seigneur. Le feu de l’Esprit de Dieu pénétra bientôt dans ces Églises nouvellement nées et produisit en ceux qui se placèrent sous son influence une profondeur de connaissance, une force de volonté, des transports de joie céleste inconnus à la terre et dont l’éclat fut d’autant plus vif que ces Églises apostoliques étaient entourées des profondes ténèbres du paganisme. Dans leur première et surabondante effusion, dans leur première lutte contre les puissances du monde et du mal, les dons de l’Esprit se manifestèrent par des faits merveilleux que nul ne pouvait expliquer selon les lois ordinaires de la nature. La puissance divine, par laquelle Christ avait agi sur le monde visible, semblait s’être répandue sur son Église entière ! Ces dons miraculeux de la jeune Église continuèrent à se produire, quoiqu’en diminuant par degrés, jusque vers la fin du IIIe siècle, c’est-à-dire jusqu’au temps où elle devint victorieuse du monde païen. C’est parmi les Grecs et spécialement à Corinthe, que les dons de l’Esprit se manifestèrent avec le plus de puissance et de variété. Ils y parurent sous toutes les formes (versets 8-10), dans leur ardente activité. Et comme plusieurs de ceux qui étaient doués de ces grâces si saintes en elles-mêmes, étaient loin encore d’une entière sanctification ; comme les penchants du vieil homme se mêlaient en eux aux dons de Dieu et en troublaient la pureté, il était difficile que l’exercice de ces dons ne fût pas accompagné de divers abus. C’est ce qui eut lieu particulièrement au sujet du don des langues, auquel les Corinthiens attachaient une valeur proportionnée à l’éclat qu’il faisait rejaillir sur ceux qui le possédaient. Afin de faire comprendre aux Corinthiens le vrai rapport du don des langues aux autres dons, l’apôtre jette d’abord un regard sur toutes ces manifestations de L’Esprit de Dieu : puis il montre, par l’analogie de l’organisme humain, que, dans l’Église de Dieu, tous les dons, malgré leur diversité, ont la même origine et le même but (chapitre 12). Il établit ensuite que ce qui couronne tous les dons, ce qui en fait la vraie valeur, ce qui doit les pénétrer d’une saveur divine, c’est l’amour (chapitre 13). Enfin il développe, sur le don des langues, les principes qui doivent en diriger l’emploi (chapitre 14).
— Olshausen
2 Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon qu’on vous menait. 3 C’est pourquoi je vous fais savoir que personne, parlant par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ; et que personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n’est par l’Esprit-Saint.

Remontant à l’origine des choses dans l’expérience des Corinthiens, l’apôtre leur rappelle d’abord qu’ils ne connaissaient jadis, en fait de religion, que des idoles muettes (comparez Psaume 115) vers lesquelles ils se laissaient conduire comme des aveugles ; d’où il conclut que tous ceux d’entre eux qui ont une foi vivante en Jésus, qui ont reconnu et confessé en lui leur SEIGNEUR, le Fils du Dieu vivant, leur Sauveur, n’ont pu le faire que par une influence de l’Esprit-Saint qui les a régénérés (voir la même pensée autrement exprimée dans 1 Jean 4.2).

Telle est l’action la plus générale du Saint-Esprit, la foi, sans laquelle ne peuvent exister les dons particuliers que l’apôtre va énumérer. Mais avant même de donner cette marque claire et positive de la présence du Saint-Esprit dans une âme, l’apôtre en indique une négative, de laquelle on peut conclure, avec plus de certitude encore, qu’un homme est non seulement étranger à l’Esprit de Dieu, mais sous l’influence de l’Esprit des ténèbres. C’est lorsqu’il maudit Jésus, prononçant sur lui anathème, exécration, ce que l’on faisait à l’égard d’un être voué au démon, aux dieux infernaux (comparer Romains 9.3 ; 1 Corinthiens 16.22 note).

La partie négative de la règle apostolique nous étonne par son trop d’évidence. Pouvait-il arriver qu’une voix s’élevant dans une assemblée chrétienne dit : « Anathème à Jésus ! » et l’Église avait-elle besoin d’être avertie que l’auteur d’un tel blasphème ne parlait pas par le Saint-Esprit ? Peut-être ne nous faisons-nous qu’une idée imparfaite de l’étrange fermentation qui se produisait dans un milieu tel que l’Église de Corinthe, où les éléments les plus impurs pouvaient se mélanger aux plus sublimes… Il y avait de prétendus croyants qui niaient la résurrection et la vie à venir. D’autres, ou les mêmes peut-être, pouvaient avoir des idées analogues à ce qu’on a appelé plus tard le gnosticisme. Or, pour les gnostiques, Jésus de Nazareth n’était qu’un simple homme auquel un esprit supérieur, qu’ils appelaient le Christ, s’était uni au moment de son baptême pour l’abandonner avant sa passion. À ce point de vue, l’homme Jésus n’est plus le vrai Seigneur, ni le vrai Sauveur, il n’est plus un objet de foi et dans cet ordre d’idées, on pourrait concevoir que tel faux inspiré fût allé dans son délire jusqu’à s’écrier : « Je ne connais pas ce Jésus ! Je lui dis Anathème ! »
— Babut Sermons, I, page 281

La confession ou la réjection du nom de Jésus, le Seigneur, tel est donc le signe distinctif de l’Esprit que l’apôtre indique, signe dont la vérité subsiste pour tous les temps, car l’œuvre de l’Esprit consiste à glorifier Jésus-Christ dans les âmes (Jean 16.14). Cette œuvre ne peut procéder ni de la puissance des ténèbres, ni de l’homme naturel.

Il est vrai qu’entre les deux extrêmes posés par l’apôtre, il y a un milieu qui peut tromper aussi : c’est une connaissance historique et morte de Jésus, qui, elle aussi, dit : « Seigneur, Seigneur », sans être la foi que produit l’Esprit ; mais Paul ne touche point ici à cette funeste illusion, parce que, voulant traiter la grande question des dons spirituels, il lui importe seulement de les distinguer de ce qui aurait pu en être une fausse imitation.

4 Or, il y a des diversités de dons, mais le même Esprit ; 5 il y a aussi des diversités de services, mais le même Seigneur ; 6 il y a aussi des diversités d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère toutes choses en tous.

Avant tout, afin de détruire les divisions, les préférences provenant des dons mêmes de Dieu et que l’esprit de parti pouvait exploiter à son profit, l’apôtre déclare que tous ces dons ont une seule et même origine, la libre grâce de Dieu (verset 11) ; qu’ils sont accordés pour un seul et même but, le bien de l’Église et non la satisfaction personnelle ; qu’enfin leur diversité, loin de troubler l’unité, en est au contraire la condition et la perfection. Dans ce but, l’apôtre résume d’abord les diverses manifestations de l’Esprit, qu’il va énumérer (versets 8-10), en trois mots qui les renferment toutes :

  1. Les dons ou les grâces (charismata, dons gratuits), expression générale qui s’applique à toutes les parties de l’œuvre de Dieu dans l’Église et qui en indique le vrai caractère, afin que jamais l’homme ne puisse s’en attribuer ni mérite, ni gloire. Que ces dons gratuits soient exclusivement l’œuvre de la grâce en l’homme ou que, dons naturels, l’Esprit de Dieu les sanctifie, les élève, les consacre à Jésus-Christ (ainsi les dons de sagesse, de science, d’enseignement et de gouvernement) : toujours reste-t-il vrai qu’ils découlent d’une même source, à laquelle nous devons humblement les rapporter.
  2. Les services (grec : « diaconies »), que nos versions ordinaires rendent par ministères et qui désignent toute espèce d’emploi dans l’Église (verset 5).
  3. Les opérations (grec : les « énergies » ou « forces », verset 6), qui désignent les influences puissantes, créatrices de l’Esprit de Dieu dans les miracles, en particulier dans les guérisons (versets 9 et 10).
7 Or à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit pour l’utilité commune. 8 Car à l’un, par l’Esprit, est donnée la parole de sagesse ; à un autre, la parole de science, selon le même Esprit ; 9 à un autre, la foi, par ce même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le seul et même Esprit ; 10 à un autre, les opérations de miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues, à un autre, l’interprétation des langues.

Les dons ici désignés par l’apôtre sont au nombre de neuf : les deux premiers ont surtout leur siège dans une intelligence éclairée et sanctifiée par l’Esprit (verset 8), les cinq suivants sont plus en rapport direct avec une foi forte, dans laquelle le cœur et la volonté prédominent (versets 9 et 10) ; les deux derniers concernent les langues et leur interprétation (verset 10).

Ce n’est pas sans raison que Paul les range après tous les autres : les chrétiens de Corinthe y attachaient un prix exagéré, par des motifs qui n’étaient pas toujours purs (1 Corinthiens 14) ; deux fois encore (versets 28 et 30) l’apôtre assigne à ces dons la dernière place. Au reste, cette triple division des dons ici nommés n’est point arbitraire ; non seulement elle est psychologiquement fondée, mais elle est indiquée, en grec, par un mot spécial qui commence chacune des trois subdivisions, il signifie à un autre, mais il est différent du mot placé devant chaque don particulier (c’est-à-dire que Paul ouvre sa première division par ce mot à l’un et continue par à un autre l’énumération des dons particuliers ; mais il ouvre la seconde et la troisième division par à un autre, dans le sens d’une autre catégorie, versets 9 et 10).

Dans la première division, l’apôtre place la parole (ou discours) de sagesse et de science (ou connaissance), c’est-à-dire le don de parler avec clarté et profondeur des mystères de Dieu. La sagesse dans ce sens signifie surtout la vérité divine s’appliquant immédiatement à la pratique de la vie chrétienne (comparer 1 Corinthiens 2.6 ; 1 Corinthiens 2.7, note) ; la science est le don de pénétrer bien avant dans la doctrine révélée, de la saisir dans son ensemble et dans ses détails et de l’exposer pour l’instruction des autres. Paul unit souvent ces deux dons qui font le docteur (1 Corinthiens 12.28 ; 1 Corinthiens 12.29 ; Éphésiens 4.11 ; comparez Éphésiens 1.17 ; Colossiens 1.9 ; Colossiens 2.3 et relativement à Dieu, source de ces grâces, Romains 11.33).

La foi (verset 9) désignée comme un don spécial de l’Esprit, n’est pas seulement cette confiance du cœur, commune à tous les chrétiens et qui nous rend participants de Christ et du salut par lui ; mais cette foi héroïque qui, par moments, se saisit de la toute-puissance de Dieu et accomplit des miracles (1 Corinthiens 13.2).

Aussi est-ce à la suite de cette foi, comme en étant les fruits, que l’apôtre place les dons miraculeux (versets 9 et 10).

Les dons de guérison sont distingués des opérations de miracles (grec : « opérations de puissances »), comme le particulier du général. Il est remarquable que Paul met au rang des dons spéciaux le discernement des esprits, cette pénétration qui distingue, comme par un instinct spirituel et sûr, le vrai et le faux dans ceux qui se disent apôtres ou prophètes, ou simplement chrétiens (1 Jean 4.1 ; Actes 5.3 ; 1 Corinthiens 14.29 ; Philippiens 1.9 ; Philippiens 1.10).

Quant aux dons de prophétie et des langues (grec : « genre de langues »), voir 1 Corinthiens 14.

11 Mais c’est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il lui plaît.

Grec : « Comme il veut ».

Un être doué de volonté est un être personnel.

Aussi a-t-on trouvé dans ces paroles une des preuves scripturaires de la personnalité du Saint-Esprit. Mais ce qu’il faut surtout remarquer dans cette conclusion de l’apôtre, fondée sur les versets 4, 5 et 6, c’est que les chrétiens, malgré la plus grande diversité de leurs dons, doivent trouver en eux l’unité, puisque tous ces dons découlent du seul et même Esprit, qui ne saurait être divisé.

Cette conclusion, l’apôtre la tire et la développe dans la belle image qui suit.

12 Car comme le corps est un, quoiqu’il ait plusieurs membres ; et que tous les membres de ce seul corps, quoiqu’ils soient plusieurs, ne forment qu’un corps ; il en est de même de Christ.

Le corps est un, quoiqu’il ait plusieurs membres ; ainsi est l’Église, où tous ont le même Esprit (12-14).

Dans le corps, comme dans l’Église, la diversité est aussi essentielle que l’unité (13-20).

Aucun membre n’a le droit de dire à l’autre : tu m’es inutile ; au contraire, les membres faibles sont nécessaires, les moins honorables sont le plus honorés, afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, que les membres aient soin les uns des autres et souffrent ou se réjouissent ensemble (21-26).

Application de l’image ; c’est là le corps de Christ, où Dieu a disposé les charges et les dons et où nul n’a le droit de prétendre à ce qu’il n’a pas reçu (27-31).

Versets 12 à 31 — Diversité et unité des dons, représentés par l’image d’un même corps

On attendait ici, comme point de comparaison : il en est de même de l’Église, qui est le corps de Christ. Au lieu de cela, l’apôtre met directement Christ, sans doute afin de montrer qu’il est un avec son Église, la tête de tous les membres dont il constitue ainsi l’indissoluble unité.

13 Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour n’être qu’un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres ; et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.

Avant d’aller plus loin et de développer sa comparaison, l’apôtre tient à montrer comment l’homme devient membre du corps de Christ et un avec tous ses frères ; c’est par la régénération du Saint-Esprit, dont le baptême est le signe. Ce baptême de l’Esprit est considéré comme une réalité actuelle et puissante, exprimée par ces mots : baptisés (plongés) dans au seul Esprit et abreuvés d’un seul et même Esprit (vraie variante et vraie traduction).

Ces deux termes (baptisés et abreuvés) doivent s’entendre de la même action de l’Esprit et non, selon quelques interprètes, l’un du baptême et l’autre de la cène.

Ce n’est pas seulement la diversité des dons de l’Esprit qui vient s’harmoniser dans l’unité ; mais aussi les différences de nationalité, d’éducation, de caractère, de rang : Juifs, Grecs, esclaves ou libres, deviennent un en Christ par le même Esprit.

14 Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs. 15 Si le pied disait : Parce que je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps ; ne serait-il pas pourtant du corps ? 16 Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps ; ne serait-elle pas pourtant du corps ?

Ici et verset 15 on peut traduire sans question : ne laisse pourtant pas d’être du corps. Cette comparaison, ou plutôt ces paroles que l’apôtre fait prononcer à des membres du corps se plaignant de n’être pas d’autres membres, montre vivement la folie qu’il y a à faire de tels dons spéciaux, de telle position, de telle vocation le signe infaillible qu’on appartient à Christ, ou bien à en conclure le contraire avec découragement et peut-être avec un regard d’envie sur d’autres.

Une conséquence non moins funeste de cette erreur serait que chacun dans l’Église se croirait autorisé à vivre pour soi et à refuser à l’ensemble du corps les services et le dévouement qu’il lui doit, d’après l’intention de Dieu.

17 Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ?

Ainsi, non seulement la diversité ne détruit pas l’unité, mais elle en est la condition indispensable. Sans cela, le corps, selon la supposition de l’apôtre, loin d’être un admirable organisme, serait une masse monstrueuse (verset 19). Il faut donc, au lieu d’exiger en tous les mêmes dons, reconnaître l’adorable sagesse qui a présidé à leur distribution (verset 18). Seulement, il ne faut pas oublier qu’il n’y a de corps qu’en Christ, qui est le Chef (verset 20), ni d’unité que dans l’Esprit (verset 13).

18 Mais maintenant Dieu a disposé les membres, chacun d’eux dans le corps, comme il lui a plu. 19 Que s’ils n’étaient tous qu’un seul membre, où serait le corps ? 20 Mais maintenant il y a plusieurs membres, mais un seul corps. 21 Et l’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni aussi la tête aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. 22 Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires ;

Dans les paroles qui précèdent, Paul reprend les membres du corps de Christ mécontents de la part que Dieu leur a faite et y trouvant des motifs de découragement, de défiance, ou d’infidélité.

Ici, au contraire, il censure ceux qui, plus richement doués, du moins à leurs propres yeux, n’estiment à leur juste valeur d’autres de leurs frères différemment partagés.

Cette pensée devient plus frappante encore si l’on se représente vivement l’image par laquelle Paul l’exprime : l’œil est certainement l’un des plus précieux membres du corps, mais lorsqu’il tend vers un objet, il ne peut y atteindre sans la main, ou bien lorsqu’il est blessé ou troublé par quelque corps étranger, il ne saurait s’en délivrer sans la main.

La tête est infiniment supérieure aux pieds et, toutefois, elle ne peut sans eux exécuter ses pensées. C’est que ni l’œil, ni la main, ni les pieds, ni la tête ne sont rien par eux-mêmes, mais uniquement par l’esprit qui les anime et dont ils sont les instruments. Ainsi doit-il en être dans le corps de Christ, animé de son Esprit.

23 et ceux que nous estimons les moins honorables dans le corps, sont ceux que nous entourons de plus d’honneur ; de sorte que ceux qui sont les moins honnêtes sont les plus honorés ; 24 au lieu que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Mais Dieu a de telle sorte composé le corps qu’il a donné plus d’honneur à celui qui en manquait ; 25 afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un même soin mutuel les uns des autres.

L’apôtre présente ici (versets 22-25), la même image sous une autre face ; il distingue dans le corps des membres honorables et d’autres qui le sont moins (par exemple les pieds) ; or, comme l’homme prend un soin particulier de ces derniers, tandis que les autres (par exemple le visage) n’en ont pas besoin, ainsi Dieu, dans sa condescendante bonté, honore les membres les plus obscurs du corps de Christ (verset 24), et nous devons l’imiter, afin qu’au lieu de nous diviser au sujet de ses dons, nous prenions un même tendre soin de ceux qui, en apparence, sont les moins honorés.

Ceci s’appliquait surtout d’une manière frappante aux dissensions orgueilleuses qui régnaient à Corinthe ; mais où est-ce que la charité ne trouvera pas à exercer un tel devoir ?

26 Et si l’un des membres souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si l’un des membres est honoré, tous les membres en ont de la joie.

Dans le corps humain, cette souffrance de tout le corps quand un des membres souffre (ou l’inverse) a toujours lieu, parce qu’il n’y a là qu’une seule et même vie.

C’est de cette nécessité absolue et organique que nous devons apprendre combien est vraie la belle pensée exprimée par Paul (comparer Romains 12.15, note).

27 Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres, chacun en particulier.

Grec : « Ses membres en partie » c’est-à-dire chaque membre faisant partie du corps de Christ.

C’est comme s’il disait : « Quelque élevé que tu sois dans l’Église, tu n’en es qu’une faible partie, tu n’y es pas tout ; vois donc si tu te soumets humblement à l’ensemble, en contribuant à son bien ». C’est par ces mots que l’apôtre en vient à l’application de l’image qu’il a développée jusqu’ici.

28 Et Dieu a établi dans l’Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, en troisième lieu des docteurs ; ensuite des miracles, puis des dons de guérison, des secours, des administrations, des langues diverses. 29 Tous sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils docteurs ? Tous ont-ils le don des miracles ? 30 Tous ont-ils les dons de guérison ? Tous parlent-ils des langues ? Tous interprètent-ils ?

C’est pour en venir à ces questions impressives que l’apôtre a énuméré encore une fois les dons divers conférés par Dieu à son Église et c’est ainsi que, pour confondre tout orgueil, il applique a ses lecteurs la comparaison du corps humain (verset 15 à 26).

Dans sa première énumération (versets 4-10), il n’a mentionné les charges ou ministères (services) que sommairement (verset 5) ; ici il les reprend en détail (verset 28). L’ordre où il les place est intentionnel (comparer Éphésiens 4.11).

Les apôtres, les témoins authentiques de Jésus-Christ, les fondateurs de son Église, ceux qui l’ont formée dans la doctrine et dans la vie, occupent le premier rang, une position unique ; les prophètes (voir sur la prophétie, 1 Corinthiens 14) viennent ensuite, avant les docteurs, parce que bien, que moins importants à certains égards, ils recevaient de Dieu pour l’Église des révélations directes, de salutaires avertissements, expression de la volonté divine ; les docteurs sont ceux qui avaient le don de sagesse et de science (verset 10, note).

Parmi les dons, il en est deux que l’apôtre n’avait pas nommés cidessus : ce sont les secours et les administrations (verset 28). Les premiers ont pour objet les soins donnés aux pauvres et aux malades, les seconds désignent le don de gouverner, d’administrer les affaires pratiques dans l’Église.

Comme ces deux genres d’activité ont rapport aux choses extérieures, malgré leur importance, l’apôtre les place en dernière ligne avec le don des langues et de leur interprétation, auquel nous reviendrons avec lui (chapitre 14).

Cela établi, il cherche à humilier par ses questions pressantes (versets 29 et 30) ceux des chrétiens qui, dans leur orgueil, prétendaient à toutes les charges et à tous les dons, au lieu de se soumettre avec déférence à ceux qui les avaient reçus et d’en profiter pour leur édification. Ces questions, où perce une sainte ironie, ne sont point déplacées aujourd’hui dans certaines Églises (voir verset 10, note).

31 Mais désirez avec ardeur les dons les meilleurs ; et je vais vous montrer une voie la plus excellente.

Voir 1 Corinthiens 13. Il n’y a pas dans le grec : « des dons meilleurs » (Ostervald), ou : « plus excellents » (Martin), mais les dons les meilleurs, c’est-à-dire ceux qui tendent le plus directement et le plus puissamment, non à glorifier l’homme, mais à édifier l’Église de Dieu.

Or, ces dons les meilleurs, c’est à 1 Corinthiens 14 qu’il les désignera, par opposition à d’autres que les Corinthiens exaltaient d’une manière indue.

Mais avant cela, il veut leur montrer dans l’amour (qui n’est jamais nommé comme un don, un charisme) ce qui doit animer, diriger, sanctifier tous les dons et sans lequel ils ne seraient rien. On dirait qu’il lui tarde d’interrompre sa dissertation pour parler de l’amour ; il emploie le présent : je vous montre et il appelle la charité une « voie par excellence » (grec).