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1 Corinthiens 10
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de 1 Corinthiens 10

I. Danger d’une fausse liberté, prouvé par l’histoire d’Israël

Tous les Israélites furent les témoins des manifestations divines, des délivrances miraculeuses, des bienfaits que Dieu leur accordait ; et pourtant ils périrent au désert.

Ce sont là des exemples qui doivent servir d’avertissement aux chrétiens, afin qu’ils ne ressemblent aux Israélites ni dans leurs convoitises, ni dans l’idolâtrie, ni en tentant Christ, ni en murmurant contre Dieu (6-10).

C’est pour nous que ces choses ont été écrites ; prenons garde de tomber ainsi (11, 12).

Nos tentations sont celles qui arrivent à tous les hommes : Dieu est fidèle pour nous en délivrer ; fuyons donc l’idolâtrie (13, 14).

1 Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, et que tous ils ont passé au travers de la mer ;

Chapitre 10

1 à 14 Danger d’une fauuse liberté, prouvé par l’histoire d’Israël

Grec : (d’après le texte reçu) : « Or, frères », (et selon une variante plus sûre) : « car, frères… »

Par cette particule, l’apôtre lie ce chapitre à celui qui précède et surtout à 1 Corinthiens 8 dont il est le développement. Là il a traité des rapports des chrétiens avec les idolâtres, relativement aux sacrifices et aux choses offertes sur les autels du paganisme.

À 1 Corinthiens 9 il a montré, par divers traits de sa propre conduite, l’utilité qu’il y a à savoir renoncer à ses droits, afin d’éviter d’autant plus sûrement une liberté charnelle qui conduit au péché. Poursuivant ici le cours des mêmes pensées, qui étaient si importantes pour l’Église de Corinthe, entourée de dangers au sein de cette ville opulente et voluptueuse, il va puiser dans l’histoire d’Israël d’effrayants exemples des péchés auxquels ce peuple fut entraîné par cette fausse liberté dont il nourrissait son orgueil.

Tour à tour, il se livra à l’idolâtrie, (verset 7) à l’impureté (verset 8) ; il tenta Dieu (verset 9) ; il murmura, (verset 10) malgré les grâces et les merveilles dont il avait été l’objet de la part de Dieu et que l’apôtre rappelle d’abord. Après quoi Paul applique à ses lecteurs ces exemples qu’il appelle des types, parce qu’il y voit un sens spirituel et symbolique.

2 et que tous ils ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer ;

La nuée (Exode 13.21) était à la fois le signe et le moyen de la protection et de la direction de Dieu dont le peuple tout entier était l’objet ; preuve visible de la présence de l’Éternel qui aurait dû retenir Israël dans l’obéissance.

Paul voit ensuite dans le passage de la mer Rouge, comme Pierre dans le déluge, (1 Pierre 3.20 ; 1 Pierre 3.21, note) une sorte de baptême par lequel le peuple fut consacré à Dieu pour lui appartenir, après avoir éprouvé sa merveilleuse délivrance (comparer Exode 20.2).

Ce baptême eut lieu en Moïse (littéral. « envers, pour Moïse »), parce que c’est à lui et à la loi divine, dont il fut le médiateur, (Galates 3.19) que le peuple devait obéir (comparer Exode 14.31).

3 et que tous ils ont mangé de la même nourriture spirituelle ;

De la manne. À l’occasion de cette nourriture et de la parole que Moïse prononça lorsqu’elle fut donnée, (Exode 16.15) Paul, sachant que « l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », voit encore dans cet aliment matériel le symbole d’une nourriture et d’une vie supérieures.

Telle était aussi l’intention de Dieu en nourrissant d’une manière miraculeuse son peuple ; c’est pourquoi l’apôtre parle d’une nourriture spirituelle. Tous ces bienfaits miraculeux de Dieu envers son peuple devaient élever les âmes jusqu’à lui, qui est la source de la vie (Psaumes 78.12 et suivants).

Bien que l’apôtre semble, dans ces paroles, faire allusion au baptême et à la cène des chrétiens, il faut se garder de presser ces allégories, comme l’ont fait plusieurs interprètes, entre autres Calvin, d’ordinaire si sobre.

4 et que tous ils ont bu du même breuvage spirituel ; car ils buvaient de l’eau du rocher spirituel qui les suivait : et ce rocher était Christ ;

Exode 17.1-6. La signification spirituelle que l’apôtre voit dans le fait historique, est ici la même que dans les paroles qui précèdent ; seulement, il est plus explicite encore, en nommant Christ comme renfermé sous le symbole dont il s’agit.

Ce témoignage prouve, comme tant d’autres (1 Pierre 1.10 ; Jean 1.1, note) que l’auteur de toutes les révélations et de toutes les œuvres divines de l’ancienne alliance, aussi bien que de la nouvelle, c’est le Logos de Dieu, la Parole éternelle, Jésus-Christ. Lui seul a pu s’écrier au milieu de son peuple, dans le désert comme sous les portiques du temple : « Quiconque a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive ! »

Les mots : qui les suivait sont évidemment une métonymie, dans laquelle le symbole est pris pour la chose symbolisée, le rocher, pour Christ. Christ suivait son peuple pour désaltérer les corps par la puissance miraculeuse qu’il prêtait à Moïse et les âmes fidèles par les eaux vives qui jaillissent en vie éternelle.

La tradition rabbinique prétendait qu’un rocher matériel suivait le camp d’Israël à travers le désert.

Plusieurs interprètes (de Wette, Meyer dans ses premières éditions), ont pensé que Paul s’appropriait cette fable et croyait que Christ s’était incarné dans ce rocher. M. Godet répond avec raison :

Comment se figurer un instant le plus spiritualiste des apôtres admettant et enseignant aux Églises de pareilles puérilités ? En tous cas, si même il a voulu faire allusion à une fable aussi ridicule, ce dont nous doutons, il l’a fait de manière à rendre sensible la distance entre l’opinion rabbinique et la sienne propre
5 mais ce ne fut point en la plupart d’entre eux que Dieu mit sa bienveillance ; car ils tombèrent dans le désert.

Tous les Israélites reçurent les mêmes bienfaits temporels et spirituels ; ce mot tous, cinq fois répété, en tête d’autant de phrases, (versets 1-4) forme un contraste tragique avec celui-ci : mais la plupart

Et ce dernier terme lui-même implique un effrayant avertissement quand on songe que tous tombèrent dans le désert, à l’exception de Caleb et de Josué. Ils furent conduits à leur ruine par les mêmes dangers que Paul redoutait ici pour l’Église de Corinthe et se montrèrent d’autant plus coupables qu’ils avaient été plus privilégiés (Nombres 14.23 ; comparez Hébreux 3.16 et suivants ; Hébreux 4.1 et suivants).

6 Or, ces choses ont été des types pour nous, afin que nous ne désirions point des choses mauvaises, comme ils en désirèrent.

Grec : « Ces choses sont devenues nos types ». Les grâces temporelles et spirituelles de Dieu, d’une part ; de l’autre, l’ingratitude et l’orgueil du peuple ; enfin, la ruine des coupables : c’est toute une révélation, une prédication, dont la vérité subsiste.

Voilà le vrai rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Grec : « Afin que nous ne soyons point convoiteurs de choses mauvaises, comme eux convoitèrent ». Par ces mots, l’apôtre ne paraît pas avoir en vue quelque fait particulier de l’histoire d’Israël, mais il veut plutôt désigner le penchant général des cœurs dans ce peuple, la convoitise, les mauvais désirs.

7 Ne devenez point non plus des idolâtres, comme quelques-uns d’eux ; selon qu’il est écrit : Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ensuite ils se levèrent pour jouer.

Exode 32.6 ; Exode 32.17-19. Cette citation s’appliquait admirablement aux dangers auxquels les Corinthiens s’exposaient en prenant part aux fêtes idolâtres, par un orgueilleux abus de leur liberté.

Les repas des sacrifices païens, comme celui que célébrèrent alors les Israélites en l’honneur du veau d’or étaient toujours accompagnés de jeux et de danses et il était impossible que l’âme chrétienne en ressortît sans souillure, ce que l’apôtre donne clairement à entendre dans les versets suivants.

8 Ne commettons point non plus d’impudicité, comme quelques-uns d’eux en commirent ; et il y en eut vingt-trois mille qui périrent en un même jour.

Voir Nombres 25.1 ; Psaumes 106.28 ; Psaumes 106.29.

9 Ne tentons point non plus Christ, comme quelques-uns d’eux le tentèrent, et ils périrent par les serpents.

Nombres 21.4 et suivants.

Tenter Dieu, c’est abuser de ses bienfaits, de sa patience, de sa puissance, par une incrédulité charnelle qui exige des preuves matérielles de sa présence ou de sa fidélité.

Que d’exemples de ce péché dans l’histoire d’Israël ! Ici l’apôtre écrit : tenter Christ (les variantes qui lisent le Seigneur ou Dieu ne sont que des corrections critiques).

L’Ancien Testament, non moins que le Nouveau, est tout rempli de la présence et de l’Esprit de Christ (comparez Jean 1.1, note ; 1 Pierre 1.10-12 ; cidessus verset 4) ; c’est Christ, l’ange de l’alliance, que les Israélites tentèrent au désert ; c’est lui que l’Éternel avait défendu à son peuple d’irriter (Exode 23.20 ; Exode 23.21). Et c’est lui que les Corinthiens tentaient par l’abus dangereux de leur liberté.

10 Ne murmurez point non plus, comme quelques-uns d’eux murmurèrent, et ils périrent par le destructeur.

Voir surtout Nombres 14.

La menace qui s’y trouve (Nombres 14.22-23) fut accomplie à la lettre et reste comme un effrayant exemple de la juste sévérité de Dieu contre l’ingratitude.

11 Or ces choses leur arrivaient comme types, et elles ont été écrites pour notre avertissement à nous qui sommes parvenus aux derniers temps.

Grec : « Nous, à qui est parvenue la fin des siècles ». L’Écriture considère partout l’économie présente comme la dernière, dans laquelle tout doit être accompli.

Menaces et promesses, tout est d’une réalité d’autant plus imposante que l’accomplissement en est spirituel, éternel, définitif et non plus symbolique et temporaire comme dans l’économie ancienne.

12 C’est pourquoi, que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe. 13 Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été une tentation humaine ; mais Dieu est fidèle, qui ne permettra point que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il vous en donnera aussi l’issue, de sorte que vous la puissiez supporter.

verset 12 renferme la sérieuse conclusion de tous les avertissements qui précèdent ; le verset 13 y ajoute un encouragement tiré dé l’expérience des Corinthiens et de la fidélité de Dieu.

Une tentation (ou épreuve) humaine est celle qui nous vient des hommes ou de notre propre cœur et que l’homme peut surmonter, qui n’est pas au-dessus de ses forces.

Quelques interprètes entendent ce mot en opposition à d’autres tentations qui nous assaillent par la puissance des ténèbres et qui s’attaquent aux racines mêmes de notre foi. Ce contraste se retrouve Éphésiens 6.12 (comparer le combat de l’apôtre, 2 Corinthiens 12.7).

Cependant cette distinction, quoique réelle, ne saurait être absolue, puisqu’en toute tentation se trouve à la fois la puissance de la chair et l’action de l’ennemi des âmes.

En relevant ce caractère humain des tentations, Paul veut surtout en indiquer le degré et apprendre aux Corinthiens que jusqu’ici les leurs n’avaient point été des plus dangereuses.

Puis, afin de les encourager au combat pour les jours plus mauvais qui allaient paraître, il élève leur pensée vers la source de la vraie force et de la vraie consolation : « Dieu fera, avec la tentation, l’issue », (grec : afin que vous demeuriez « plus que vainqueurs »).

14 C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie.

Tous les avertissements qui précèdent viennent se résumer dans celui-là, que les Corinthiens étaient le plus tentés de négliger. Paul y insiste et pour cela il va mettre (verset 16) en opposition la communion au corps de Christ et la communion des idoles, que plusieurs considéraient comme un culte rendu aux démons, idée fausse si l’on ne considère que l’idole, mais vraie si l’on pénètre jusqu’à l’esprit même du paganisme.

15 Je vous parle comme à des hommes intelligents ; jugez vous-mêmes de ce que je dis :

II. L’idolâtrie ou la participation aux sacrifices des idoles est incompatible avec la communion de Christ

Jugez-en vous-mêmes :

La coupe et le pain de la cène sont la communion du sang et du corps de Christ, comme les sacrifices juifs mettaient tous les Israélites en communion avec l’autel (15-18).

Veux-je dire qu’il y ait une réalité pareille dans une idole ? Non, mais les sacrifices païens sont offerts aux démons, non à Dieu ; or qui peut, sans l’offenser, participer à la table du Seigneur et en même temps à celle des démons ? (19-22).

15 à 22 l’Idolâtrie ou la participation aux sacrifices des idoles est incompatible avec la communion de Christ

L’apôtre parle à ses lecteurs comme à des hommes qui se vantaient de leur intelligence spirituelle, qui véritablement en possédaient une riche mesure (1 Corinthiens 1.5) ; et qui pouvaient, par conséquent, trouver dans leurs lumières et dans leur expérience chrétienne la confirmation de ce qu’il va leur dire ; il ne craint donc pas d’y faire appel.

16 La coupe de bénédiction, que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang de Christ ? Le pain, que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps de Christ ?

La coupe de bénédiction, ou d’actions de grâces, était, chez les Juifs, la coupe du souper pascal sur laquelle le père de famille prononçait la bénédiction en remerciant Dieu, avant de la donner à ceux qui l’entouraient (voyez Matthieu 26.27, note). Par là, le repas était béni, consacré à la gloire de ce Dieu, (versets 30, 31) qui s’est manifesté dans les dons de la création et surtout dans la délivrance de son peuple, rappelée à tout Israélite par la Pâque.

Mais lorsque, dans cette coupe, le Sauveur nous fait considérer son sang répandu pour le salut du monde, la bénédiction qui s’y rattache prend une signification plus profonde : c’est l’action de grâces pour le don ineffable de Dieu. De là le nom d’eucharistie (action de grâce), que les premiers chrétiens donnaient à la cène, mais qui n’en indique pourtant pas le sens complet.

L’action de rompre le pain a aussi sa signification (1 Corinthiens 11.24).

L’idée de sacrifice, qui se trouve chez tous les peuples, qui est un besoin profond de la conscience coupable, qui formait le centre de toutes les institutions mosaïques et qui a été pleinement réalisée sur le Calvaire, peut seule faire comprendre le sens complet de ces paroles.

La victime immolée, on en brûlait sur l’autel les parties les plus grasses, d’autres étaient données aux sacrificateurs, d’autres enfin servaient aux repas du sacrifice, auquel prenait part celui qui l’avait offert, avec sa famille et ses amis, avec « l’étranger, la veuve et l’orphelin » et « il se réjouissait devant l’Éternel » (Deutéronome 12.5-12 ; Deutéronome 12.17-19 ; Deutéronome 14.22-29 ; Deutéronome 16.10-11).

Tous ces actes avaient leur signification. Nous ne rappellerons pas ici celle du sacrifice même ; mais c’est par ce repas que ceux qui l’avaient offert s’en appropriaient personnellement l’efficace, (verset 18) se mettaient en communion avec Dieu, que le sacrifice venait de rendre propice et de réconcilier avec le pécheur. C’est dans ce sens que Paul considère ici la cène comme un repas de sacrifice : le sacrifice de Christ, offert une seule fois pour le péché ; son corps rompu, son sang répandu sont présentés au chrétien, qui, en les recevant, entre avec son Sauveur crucifié et glorifié dans une communion véritable, s’approprie tous les fruits de la rédemption, tandis que Christ devient en lui la source d’une vie nouvelle (comparer Matthieu 26.26 et suivants, notes ; Jean 6.57, note). De cette communion avec Christ, l’apôtre va tirer un argument puissant contre toute participation aux sacrifices des idoles (versets 20, 21).

17 Puisqu’il y a un seul pain, nous, qui sommes plusieurs, nous faisons un seul corps ; car nous participons tous au même pain.

Toute la profonde vérité de la cène est représentée visiblement par le symbole : tous participent à un seul pain que l’on rompt et distribue, voilà l’unité, la communion des plusieurs entre eux.

Mais comme ce n’est pas le pain, ce signe matériel, qui peut unir les chrétiens, ils n’ont communion entre eux que par leur communion réelle et vivante avec Jésus-Christ. Par là, l’Église devient son corps, les chrétiens deviennent ses membres, vivant tous de la même vie, qu’ils reçoivent de Christ en eux.

L’apôtre n’avait pas à parler ici de cette union des chrétiens, mais il le fait pour montrer d’autant mieux la réalité de leur communion avec le Sauveur dans la cène et pour rendre d’autant plus frappant le contraste qu’il va établir entre cette communion et celle des idoles.

18 Voyez l’Israël selon la chair : ceux qui mangent les sacrifices n’ont-ils pas communion avec l’autel ?

L’apôtre raisonne ici a fortiori, du moindre au plus grand : si déjà chez le peuple de Dieu la participation au repas du sacrifice était telle que chacun s’en appropriait ainsi l’efficace et avait communion avec l’autel, combien plus grande est la vertu du sacrifice de Christ en tous ceux qui le reçoivent dans la cène !

L’autel, par où l’apôtre entend l’institution du sacrifice juif, est une idée infiniment plus vague, moins réelle que Christ se communiquant aux siens.

Cette expression : l’Israël selon la chair (Romains 9.3) oppose l’ancien peuple de Dieu au nouveau, aux chrétiens.

19 Que dis-je donc ? Que ce qui est sacrifié à une idole est quelque chose ? Ou qu’une idole est quelque chose ? Non ;

Est-ce que je me contredis en retirant ce que je vous ai concédé, (1 Corinthiens 8.4) « qu’une idole n’est rien ? » Il pouvait paraître que l’apôtre, en comparant le sacrifice juif et même le sacrifice du Calvaire à ceux des idoles, conférait à ces derniers une réalité qui mettait ceux qui les offrent en communion avec l’idole, ce qui supposerait que cette idole est un être réel.

Paul repousse cette idée ; mais, pénétrant au fond des choses, il va montrer pourquoi les sacrifices païens ne sont point innocents en eux-mêmes, ni, par conséquent, indifférents pour les chrétiens.

Les deux questions de ce verset sont interverties par le texte reçu qui porte : qu’une idole est quelque chose, ou que ce qui est sacrifié ?… Cet ordre des mots est moins en harmonie avec la pensée de l’apôtre.

20 mais que ce qu’ils sacrifient, ils le sacrifient à des démons, et non pas à Dieu ; or je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons.

Les Juifs, plusieurs des premiers chrétiens et la plupart des Pères de l’Église considéraient toutes les fausses divinités adorées dans le paganisme comme autant de mauvais esprits (démons) avec lesquels leurs adorateurs entraient nécessairement en communion ; de là, l’horreur que leur inspirait un tel culte.

Les Corinthiens, au contraire, trop éclairés pour ne pas savoir que tous ces faux dieux n’étaient que le produit de l’imagination de l’homme (ce que Paul leur a déjà concédé, 1 Corinthiens 8.4 et suivants), en étaient venus, par de fausses conséquences de ce principe, à ne se faire aucun scrupule de prendre part aux repas des sacrifices païens.

L’apôtre doit combattre cette dangereuse application de la liberté chrétienne et pour cela il rétablit la vérité sur la nature du paganisme, vérité qui n’est ni dans l’un ni dans l’autre des extrêmes que nous venons d’indiquer.

Non, dit-il, les idoles en elles-mêmes ne sont rien ; tel qui leur rend un culte dans son ignorance, ne fait même que chercher Dieu « en tâtonnant ».

Mais, comme l’homme déchu est sous la puissance des ténèbres, comme, en adorant la créature au lieu du Créateur, il obéit à cette puissance et s’éloigne toujours plus de Dieu, comme les fausses divinités ne sont que les impures passions de l’homme divinisées, comme enfin les actes mêmes de ce culte consistaient le plus souvent en abominables souillures (ainsi le culte de Vénus qui florissait à Corinthe), il est évident que toute participation à une telle religion est une communion avec la puissance diabolique du mal, alors même qu’en s’y mêlant on parviendrait à s’abstenir de tout acte positif de péché.

Et qui pouvait s’en flatter ? En fait, c’était chercher la tentation ; en principe, c’était méconnaître l’esprit du paganisme. L’admirable sagesse de cette instruction peut trouver aujourd’hui encore mille applications dans les rapports du chrétien avec le monde.

21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur, et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons.

Ce frappant contraste rend plus évidentes encore les vérités qui précèdent.

Une communion réelle et vivante avec le Sauveur exclura toujours de notre vie tout ce qui vient de l’esprit des ténèbres.

La coupe et la table des démons, que Paul oppose à la coupe et à la table du Seigneur, rappellent les libations qui se faisaient dans les repas des sacrifices païens.

22 Voulons-nous provoquer le Seigneur à jalousie ? Sommes-nous plus forts que lui ?

Dieu, par un effet de sa sainteté et de son amour, est jaloux de posséder tout entier le cœur de son enfant ; et comment partagerait-il ce cœur avec le démon ?

Pourrions-nous supporter le poids de son indignation ?

23 Toutes choses sont permises, mais toutes ne sont pas avantageuses ; toutes choses sont permises, mais toutes n’édifient pas.

III. Il faut s’abstenir même des choses permises, par égard pour les faibles

En principe, tout est permis à la liberté chrétienne ; mais la charité doit avoir égard à l’avantage et à l’édification des autres (23, 24)

En fait, la conscience n’interdit aucun aliment que Dieu a créé, ni même d’accepter l’invitation d’un infidèle ; mais si là on vous avertit qu’un aliment provient d’un sacrifice aux idoles, n’en mangez point, non à cause de votre conscience, dont la liberté subsiste, mais par égard pour Ja conscience d’un autre (25-30).

En un mot, quoi que vous fassiez, le désir d’agir pour la gloire de Dieu doit être votre motif, aussi bien que la charité qui ne veut donner de scandale à personne ; telle est la règle de conduite de l’apôtre lui-même (31-33).

23 à 33 il faut s’abstenir même des choses permises par égard pour les faibles

1 Corinthiens 10.6.12 ; comparez 1 Corinthiens 8.4, note.

L’apôtre insiste sur ce qu’il a déjà dit (1 Corinthiens 6) quant à l’emploi de la liberté chrétienne ; mais, tandis qu’auparavant il a traité ce sujet par rapport à celui-là même qui profite de cette liberté, ici il a surtout en vue l’édification des autres.

Selon la liberté chrétienne, toutes les choses où il n’y a point de péché sont permises (le texte reçu lit deux fois me sont permises) ; mais la charité veut que l’on consulte ce qui est avantageux aux autres, ce qui les édifie.

Par là, saint Paul revient à parler de l’usage des viandes qui ont servi aux sacrifices, (1 Corinthiens 8.1 et suivants) mais d’un usage privé dans une famille et non dans les repas religieux du paganisme : « S’il ne s’agit que de vous, vous êtes libres (versets 25-27) ; mais si vous froissiez une conscience, abstenez-vous, car, par la, vous ne sacrifiez pas votre liberté (versets 28-30) ; faites donc tout pour la gloire de Dieu et par un principe de charité » (1 Corinthiens 10.31 ; 1 Corinthiens 11.1).

24 Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d’autrui.

Par l’usage absolu de mon droit et de ma liberté chrétienne sans égard aux autres, je puis agir en parfait égoïste (comparer Philippiens 2.4 ; Romains 15.1).

25 Mangez de tout ce qui se vend au marché sans vous enquérir de rien par motif de conscience.

Sans vous enquérir, par motif de conscience, si telle viande qui se vend au marché n’a point fait partie d’une victime offerte en sacrifice.

La grande raison de cette liberté se trouve au verset suivant.

26 Car la terre est au Seigneur et tout ce qu’elle contient.

Le Seigneur a tout créé pour l’usage de l’homme. Psaumes 24.1 ; Psaumes 50.10.

27 Si quelqu’un des infidèles vous invite, et que vous y vouliez aller, mangez de tout ce qui sera mis devant vous sans vous enquérir par motif de conscience.

Ainsi, d’une part, l’apôtre ne défend pas au chrétien d’accepter l’invitation d’un infidèle ; mais comme, d’autre part, il se passait souvent dans ces repas, même privés, des choses propres à révolter une conscience délicate il ajoute, pour que chacun y réfléchisse : et que vous vouliez y aller.

Admirable tempérament que la vérité apporte à la liberté et qui est dans l’esprit de l’Évangile Quand une telle question se présente pour le chrétien dans ses rapports avec le monde, qu’il la décide à la lumière du principe posé au verset 31 et il ne sera pas longtemps en suspens.

Comme au verset 25.

28 Mais si quelqu’un vous dit : Cela a été offert en sacrifice, n’en mangez point, à cause de celui qui vous en a averti, et à cause de la conscience ;

Le texte reçu reproduit ici la citation du Psaumes 24.1 qui se trouve au verset 26. C’est évidemment une inadvertance de copiste qui a contre elle toutes les autorités du plus grand poids et qui forme ici un vrai contre-sens.

29 or je dis la conscience, non point la tienne, mais celle de l’autre ; car pourquoi ma liberté serait-elle condamnée par la conscience d’un autre ? 30 Si j’y participe avec action de grâce, pourquoi suis-je blâmé pour une chose dont je rends grâce ?

En demandant aux chrétiens, comme il l’a fait déjà (1 Corinthiens 8 ; comparez Romains 14.14 ; Romains 14.15), de s’abstenir d’un aliment par égard pour un frère faible et scrupuleux qui l’a averti, craignant une souillure, (verset 28) l’apôtre affirme nettement que cette abstention n’est point dictée par une conscience éclairée mais uniquement par la conscience de l’autre, c’est-à-dire par la charité (verset 29) ; la liberté chrétienne reste intacte ; la conscience d’un autre n’en fait pas la règle ; et, en particulier dans le cas présent, toute nourriture, même si elle avait servi aux sacrifices, serait sanctifiée par l’action de grâce, par cette reconnaissance qui reçoit tout de Dieu et rapporte tout à sa gloire (verset 30).

En un mot, le chrétien s’abstient par charité pour son frère faible (1 Corinthiens 8.7-10) ; mais, quant à lui, sa liberté subsiste.

Quelques interprètes, Calvin, M. Godet entre autres, voient dans la seconde phrase des versets 29, 30 non pas l’intention de sauvegarder la liberté, mais un motif de s’abstenir : « Pourquoi donnerais-je à un autre l’occasion de condamner ma liberté ? Pourquoi m’exposerais-je à être blâmé ? » Comparer Romains 14.16.

31 Soit donc que vous mangiez, ou que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu.

A l’occasion d’un simple devoir de charité, l’apôtre pose ici le principe le plus profond, le plus universel de la vie du chrétien. Dieu a tout créé pour sa gloire ; il ne pouvait se proposer de but plus élevé que lui-même.

Or, toute vie d’homme et toute action de sa vie qui tend vers ce but, tend par là même à sa vraie destination.

Toute œuvre, au contraire, qui n’est pas inspirée par ce principe, ne porte jamais dans l’Écriture le titre d’une bonne œuvre quelle qu’en soit d’ailleurs l’excellence relative. Mais ce principe est trop grand pour n’être pas tout spirituel ; il ne se laisse point réduire en des règles de casuistique.

Dans le cas actuel, le même homme peut s’abstenir pour la gloire de Dieu, (verset 28) ou manger et boire pour la gloire de Dieu et il en est ainsi de tous les actes de notre vie.

32 Ne soyez en scandale, ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Église de Dieu ; 33 comme moi aussi, je complais à tous en toutes choses, ne cherchant point mon propre avantage, mais celui de plusieurs, afin qu’ils soient sauvés.