Esdras, liv. I, ch. V, v. 1, dit qu’Aggée a prophétisé en même temps que Zacharie, et que tous deux ont parlé, de la part de Dieu, aux Juifs qui étaient dans la Judée et dans Jérusalem ; mais il ne nous dit rien de plus. Aggée ajoute ici qu’il reçut cette mission la seconde année du règne de Darius, le premier jour du sixième mois de l’année des Juifs, et qu’il fut chargé de s’adresser à Zorobabel, leur chef, et à Jésus, fils de Josédec, leur grand prêtre, pour exhorter ce peuple à rebâtir le temple ; c’est ce qu’Esdras a voulu dire au même lieu, en ce peu de mots, v. 2 : « Les prophètes de Dieu étaient avec eux, qui les aidaient. » En effet, Aggée exécuta cet ordre, et représenta au peuple que les raisons qu’ils alléguaient pour différer à rebâtir le temple n’étaient ni solides ni raisonnables, et que puisqu’ils trouvaient le moyen de rétablir leurs maisons, ils devaient à plus forte raison en trouver pour y réédifier le temple. Ce prophète décrit ensuite le succès de ses exhortations, et dit que le temple fut commencé le vingt-quatrième du sixième mois ; et que, le vingt et un du septième mois suivant, Dieu le chargea d’assurer Zorobabel et le peuple juif de sa protection ; qu’il allait affermir son alliance avec eux pour jamais, et qu’il leur enverrait celui qu’ils attendaient depuis si longtemps ; qu’il appellerait à son même culte toutes les nations de la terre. Quelques-uns ont prétendu que le Darius sous lequel Aggée dit qu’il a prophétisé, est Darius-Nothus ; mais cette supposition ne peut s’accorder avec ce que ce prophète suppose, au chap. II, v. 4, qu’il y avait encore plusieurs Juifs qui avaient vu le premier temple ; ce qui était impossible, puisque Darius-Nothus n’a commencé à régner que plus de cent quatre-vingts ans après l’entier incendie de ce temple ; ainsi il est évident que ce Darius ne peut être autre que celui qui a été surnommé Hystaspes, qui a commencé à régner vers l’an du monde 3483 ; et c’est sous la seconde année de son règne qu’Aggée a prophétisé, l’an du monde 3484 ou 3485. C’est le sentiment de Josèphe.
Le style de ce prophète est simple, naturel, et intelligible, et beaucoup plus historique que prophétique.
Aggée commence la série des trois prophètes qui ont exercé leur ministère après l’exil. Il était contemporain de Zacharie. Son nom signifie « Ma fête/mes fêtes » ou « de fête ». Nous ne disposons d’aucun autre détail sur sa personne. Du verset 3 d’Aggée 2, plusieurs commentateurs ont déduit que le prophète avait encore vu le temple de Salomon avant sa destruction en 586 av. J.C. Dans cette hypothèse, Aggée aurait largement dépassé les soixante-dix ans lors de la rédaction de son court livre.
Aggée remonta des soixante-dix ans de captivité à Babylone en 537/536 av. J.C., sans doute avec la première grande vague des Juifs. En 538/537 av. J.C., le roi Cyrus de Perse avait publié un édit autorisant le retour du peuple juif en Palestine. 42 360 Juifs utilisèrent cette possibilité, et commencèrent, en 536, à reconstruire le temple en ruine à Jérusalem. Ces événements qui constituent l’arrière-plan historique du livre d’Aggée, sont exposés en détail dans le livre d’Esdras. Nous y lisons que les travaux de reconstruction du temple furent interrompus pendant environ quatorze ans. Puis, grâce au service prophétique d’Aggée et de Zacharie, ils reprirent la deuxième année du règne de Darius et furent achevés durant la sixième année (Esdras 4.24 ; 5.1, 2 ; 6.14, 15).
Le roi Darius est connu dans l’histoire sous le nom de Darius Ier (Darius le Grand, Darius Hystaspe). Il régna de 522 à 485 av. J.C. La deuxième année de Darius se situe donc en 521/520 av. J.C. Le ministère inspiré du prophète, consigné dans le livre d’Aggée, s’exerça au cours de cette année, plus exactement pendant un laps de temps de cinq mois. Le verset 14 d’Esdras 6 permet de déduire que le service oral d’Aggée dura au moins jusqu’à la consécration du temple reconstruit, en 516 av. J.C.
Le premier zèle des Juifs pour rebâtir le temple fut de courte durée. Le livre d’Esdras décrit comment l’opposition des ennemis de Juda finit par rendre lâches les mains du peuple et par arrêter la construction (Esdras 4. 24). Aggée nous révèle toutefois une autre cause de l’interruption des travaux: l’indifférence des Juifs à l’égard de Dieu et leur égoïsme. Au lieu de se consacrer tout entiers aux intérêts de Dieu, les Israélites vouaient leur temps et leurs moyens à leurs propres affaires et à l’embellissement de leurs maisons (Aggée 1.4, 9). Comme châtiment, par de mauvaises récoltes, Dieu avait envoyé à son peuple le dénuement et la misère (Aggée 1.6, 10, 11 ; 2.16, 17).
Devant une telle situation, Aggée rapporte d’une manière extrêmement concise les déclarations de l’Éternel des armées on retrouve vingt-cinq fois dans ce court livre les expressions : « la parole de l’Éternel » ou « (Ainsi) dit l’Éternel ». Le seul but du prophète est de toucher les cœurs des Juifs, afin de les amener à donner, dans leurs vies, la première place à leur Dieu et à ses intérêts. Aussi, pour nous aujourd’hui, le livre d’Aggée n’a rien perdu de son actualité !
Dans son premier message, le premier jour du sixième mois, Aggée doit reprocher aux Juifs leur indifférence à l’égard de Dieu, pour les réveiller de leur tiédeur. Effectivement, Zorobabel, le gouverneur, et Joshua, le grand sacrificateur furent encouragés à reprendre, avec tout le reste du peuple d’Israël, la construction de la maison de Dieu (Aggée 1).
Le deuxième message de Dieu délivré par Aggée, le vingt et unième jour du septième mois (Aggée 2. 1-9), a pour but d’encourager encore le peuple. Les regards sont maintenant également dirigés vers le temps de la fin, c’est-à-dire vers l’apparition du Messie. Cette manifestation de Christ précédera l’ébranlement des cieux et de la terre, à savoir le bouleversement de toutes choses (comp. Aggée 2.6, 7 avec Héb. 12.26-28).
Le troisième message est prononcé le vingt-quatrième jour du neuvième mois ; il contient un des avertissements les plus clairs de l’Ancien Testament contre la souillure spirituelle. Mais lui aussi se termine par un encouragement (Aggée 2.10-19).
Le quatrième message d’Aggée est délivré le même jour. Zorobabel y est considéré comme le type du prince de paix à venir qui, par son apparition, exercera le jugement sur les nations (Aggée 2.20-23).
Dans ce livre, Dieu adresse sept questions au peuple, afin d’éprouver l’état de son cœur et pour l’amener à se repentir, à se réveiller.
Ces sept questions de Dieu se trouvent dans les versets suivants : Aggée 1.4, 9 ; 2.3 (2 fois), 12, 13, 19.
Cinq fois au cours de ce livre, Dieu appelle les Juifs à considérer leurs voies. Cette expression signifie littéralement : « mettre son cœur à quelque chose ». En effet, les décisions sont prises dans le cœur de l’homme. Ces cinq passages sont : Aggée 1.5, 7 ; 2.15, 18 (2 fois).
| I. Aggée 1.1-15 : | Premier message: Exhortation à bâtir la maison de Dieu |
| II. Aggée 2.1-9 : | Deuxième message : Encouragement lors de la construction du temple |
| III. Aggée 2.10-19 : | Troisième message : Exhortation à la sainteté |
| IV. Aggée 2.20-23 : | Quatrième message : Encouragement par la perspective de l’avenir. |
Tiré de « Vue d’ensemble de l’Ancien Testament »,
Arend Remmers, EBLC Chailly-Montreux Suisse.
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