Le livre des Psaumes
Bible Annotée

Chapitre 150

1 Louez l’Éternel !
Louez le Dieu fort dans son sanctuaire !
Louez-le dans l’étendue, où éclate sa puissance ! 2 Louez-le pour ses hauts faits !
Louez-le selon l’immensité de sa grandeur ! 3 Louez-le au son de la trompe !
Louez-le avec la lyre et la harpe ! 4 Louez-le avec le tambourin et les danses !
Louez-le avec les instruments à cordes et le chalumeau ! 5 Louez-le avec les cymbales résonnantes !
Louez-le avec les cymbales retentissantes ! 6 Que tout ce qui respire loue l’Éternel !
Louez l’Éternel !

Notes

Plan

L’alléluia final

Nous avons vu que chacun des quatre premiers Livres des Psaumes se termine par une brève parole de louange qui a fini par faire corps avec le psaume qui la précède (voir Psaumes 41.14 ; Psaumes 72.18, etc.). Le cinquième Livre, dont le dernier groupe est tout entier composé de psaumes d’Alléluia, a pour doxologie finale un psaume entier, qui forme en même temps la conclusion de tout le recueil. Et quelle conclusion ! C’est, d’un bout à l’autre, une louange qui monte vers l’Éternel. En mettant à part le premier et le dernier Hallelou-Jah, qui sont en quelque sorte en dehors du psaume proprement dit, on entend dix fois retentir le cri Louez-le ! Pas une de ces lignes, de trois mots chacune, qui ne commence par ce mot. Le nombre dix est celui de la plénitude. C’est donc par une louange dans laquelle l’âme tout entière adore et bénit que se termine ce recueil de prières, où nous avons entendu l’écho des luttes, des souffrances et de la foi triomphante de l’ancien peuple de Dieu. Toutes les larmes, comme toutes les joies d’Israël, aboutissent à la pleine louange. C’est ici, ne l’oublions pas, un cri de foi, car à l’époque où fut clos notre recueil, Israël était faible, petit, sans cesse exposé à être foulé aux pieds par ses puissants voisins. Mais cette parole de foi est une infaillible prophétie. L’Éternel règne, et, au terme de l’histoire du peuple des rachetés, les cris de détresse et de douleur seront remplacés par l’action de grâces. Seule la louange demeurera et surabondera.

Le lieu de la louange (verset 1), son motif (verset 2), les formes variées qu’elle peut et doit revêtir (versets 3 à 5), voilà ce que rappelle ce psaume, dans sa brièveté, pour aboutir à la parole finale : Que tout ce qui respire loue l’Éternel ! (verset 6).

Verset 1

Le lieu de l’adoration est le sanctuaire, le temple terrestre de l’Éternel, d’où la pensée du fidèle s’élève aussitôt au sanctuaire céleste, désigné ici par ces mots : l’étendue de sa force (où éclate sa force ; comparez Psaumes 68.35). Le psalmiste s’adresse à la fois aux hommes et aux anges. La mention de la puissance divine introduit la pensée du verset 2.

Verset 2

Le motif de la louange.

Ses hauts faits : mot qui résume toute l’histoire du salut d’Israël et du monde ; partant des œuvres divines, le psalmiste contemple en elle-même l’immensité de la grandeur de l’Éternel. Le mot selon indique, en même temps que le motif de la louange, les proportions infinies qu’elle doit prendre, pour être à la hauteur d’un tel sujet. C’est d’une louange éternelle qu’il s’agit.

Verset 3

Les instruments de la louange (3-5)

Tout ce qui peut produire un son joyeux est appelé à prendre part à ce concert ; image de l’infinie variété des moyens que les rachetés sont invités à faire concourir à cette louange.

La trompe : voir Psaumes 81.4, note.

La lyre et la harpe : Psaumes 33.2.

Verset 4

Le tambourin, que l’on frappait de la main.

Les danses : voir Psaumes 149.3, note.

Verset 5

Cymbales : en hébreu, une onomatopée : tsiltselim. Les deux termes traduits par résonnantes et retentissantes désignent probablement deux sortes de sons, l’un plus clair, l’autre plus sourd.

Verset 6

Tout ce qui respire : c’est le mot final, embrassant tous les êtres qui ont reçu de Dieu, à un degré quelconque, force et vie.

Conclusions sur l’origine des psaumes et la formation du recueil

1. Origine des Psaumes

Les problèmes qui se posent à ce sujet étaient bien simplifiés pour ceux qui, jadis, soutenaient que tous les psaumes, sans exception, avaient David pour auteur. Ils ne le sont pas moins pour les critiques qui, de nos jours, affirment qu’aucun psaume n’est de David, que même tous, ou à peu près, appartiennent aux temps qui suivirent la captivité de Babylone (Cornill, Einleitung in das Alte Testament). Le parti-pris est aussi évident dans l’une que dans l’autre de ces affirmations.

Qu’un grand nombre de cantiques datent en effet du retour de la captivité et de la période de reconstitution qui suivit cette grande délivrance, nous l’avons reconnu ; c’est le cas de la plupart des psaumes du quatrième et du cinquième livre et de quelques-uns du troisième (85, 86). Mais une étude impartiale ne saurait assigner à tous les psaumes une date aussi tardive.

Observons tout d’abord combien la supposition dont nous venons de parler est contraire à toutes les analogies.

L’école critique à laquelle nous venons de faire allusion admet qu’avant l’exil Israël avait des prophètes qui parlaient de l’Éternel et souvent à l’Éternel en un langage d’une sublime poésie ; mieux que cela, elle place à l’époque des Juges le chant de Débora (Juges, chapitre 5). Ne serait-il pas étrange et vraiment inexplicable qu’à partir de cette époque et pendant toute la période des rois et des prophètes, Israël n’eût produit aucun cantique proprement dit, capable de survivre aux catastrophes de son histoire ?

Mais de tels cantiques existaient, puisque les Babyloniens eux-mêmes en avaient entendu parler et demandaient aux captifs de Sion de les leur chanter (Psaumes 137). Qu’étaient ces cantiques, sinon les Psaumes, que dès longtemps les chœurs de Lévites chantaient en s’accompagnant d’instruments sacrés ? Esdras, en indiquant le nombre des Juifs qui revinrent à Jérusalem en vertu de l’édit de Cyrus, dit que parmi eux se trouvaient cent vingt-huit chantres, fils d’Asaph (Esdras 2.41). Que chantaient-ils, sinon des cantiques connus dès avant la captivité ?

Consultons maintenant les Psaumes eux-mêmes.

La langue des Psaumes, a-t-on fait observer, est sensiblement la même, qu’il s’agisse des compositions attribuées à David ou de celles datant de six à sept cents ans plus tard. Or, on sait quels changements profonds se produisent en un pareil espace de temps, dans nos langues modernes. Il en résulte, dit-on, que tous nos psaumes doivent appartenir à la même époque. La comparaison sur laquelle repose cette conclusion nous paraît manquer de justesse. Il n’est pas absolument exact que la langue des Psaumes soit uniforme d’un bout à l’autre du recueil. Certaines formes de langage ne se trouvent que dans les psaumes les plus anciens ; le Psaume 90 nous en offre plusieurs exemples. Certains termes archaïques n’apparaissent que dans les psaumes de David (Psaumes 16, 22, etc.). Il faut reconnaître toutefois que, comparé aux langues modernes, l’hébreu fait l’effet d’une langue qui ne varie pas. Mais on sait que, si l’Occident est voué aux transformations rapides, l’Orient est l’immutabilité même, pour autant du moins qu’il ne subit pas des influences étrangères ; on y retrouve aujourd’hui les usages d’il y a vingt siècles et l’on peut supposer que l’hébreu, tant qu’il fut la langue d’Israël, fut loin de subir des modifications comparables à celles des langues européennes. Les captifs, il est vrai, rapportèrent de Chaldée l’usage de l’araméen, qui finit par remplacer l’hébreu comme langue usuelle. Mais ce fait même est de nature à nous expliquer pourquoi l’hébreu postérieur à la captivité est si semblable à celui des siècles antérieurs ; les nouvelles générations durent apprendre l’hébreu, qu’elles avaient conservé comme langue sacrée et elles l’apprirent à l’école des grands auteurs d’autrefois. La ressemblance de l’araméen et de l’hébreu était néanmoins si grande, qu’il dut se produire quelques infiltrations de l’une de ces langues dans l’autre, ainsi que nous l’avons remarqué en plusieurs occasions (voir entre autres Psaume 139).

Quelle que soit d’ailleurs l’uniformité des formes du langage proprement dit des Psaumes, il est facile de constater qu’en ce qui concerne le genre littéraire, les cantiques les plus récents diffèrent considérablement de ceux que l’on peut attribuer à David ou à ses contemporains. La forme littéraire de ceux-ci, dirons-nous avec le Dr J. Robertson, est plus rude, plus accidentée, plus vive, parfois même énigmatique, dans l’expression qu’elle donne aux sentiments du psalmiste ; elle contraste d’une manière bien manifeste avec le cours régulier, la clarté transparente, le ton uniforme des cantiques plus récents (The poetry and the religion of the Psalms. Cité d’après le Kirchenfreund de février 1899). Ces derniers ont évidemment été composés en vue d’un usage liturgique, ils se prêtent d’emblée à être chantés par tous les fidèles, ils reflètent les sentiments de tous les croyants d’une époque. Les psaumes datant de David, quoique devenus plus tard d’un usage général, portent un caractère individuel beaucoup plus marqué.

À ces considérations littéraires s’en ajoutent d’autres, de nature historique. Que faire, par exemple, des nombreux psaumes des premiers livres, qui parlent de la royauté israélite, si l’on veut leur assigner pour date le temps où Israël obéissait à des rois étrangers ? Serait-ce aux rois de Perse, à ceux d’Égypte ou aux Antiochus que s’appliquerait le terme si fréquent d’oint de l’Éternel ? Est-ce en vue des victoires d’un roi étranger qu’auraient été composés les Psaumes 20 et 21, aux noces d’un dominateur païen qu’aurait été consacré le Psaume 45 ? Et à qui s’applique le Psaume 72, sinon à un roi israélite bien authentique, non à l’un des Maccabées, dont la royauté n’a jamais reçu le sceau de l’onction divine, mais bien à un roi de la grande époque des David et des Salomon ? Après le retour de Babylone, Israël ne parle plus de ses rois, mais il s’écrie : L’Éternel règne ! (Psaumes 93, 97, 99, etc.). C’est même, apparemment, l’absence de rois israélites qui le pousse à parler d’autant plus de l’Éternel comme du roi qui règne sur l’univers, en dépit de l’agitation menaçante des puissances terrestres. Et si, à cette époque, il consacre un de ses chants à la mémoire de David, c’est pour demander à l’Éternel de se souvenir de ses promesses et de relever la corne de David (Psaumes 132).

Il existe donc des psaumes antérieurs à la captivité. Mais, si même il en est qui remontent à l’époque de David, avons-nous des raisons légitimes de voir en ce roi le psalmiste par excellence ?

C’est un axiome, aux yeux d’un grand nombre de critiques, que David, étant donnés son caractère et son rôle historique, n’a pas pu composer de psaumes. N’y a-t-il pas incompatibilité absolue entre les fautes graves de ce roi, ses guerres nombreuses et souvent cruelles et la piété intime que respirent les psaumes ?

Cette assertion a contre elle le témoignage de tous les livres de l’Ancien Testament qui nous parlent de David : celui des Chroniques, qui nous le montrent organisant en Israël la musique et la psalmodie sacrées (1 Chroniques 6.33 et suivants ; 1 Chroniques 23.5), celui des Rois, qui ne cessent de citer en exemple sa fidélité à l’Éternel (1 Rois 3.6, 1 Rois 3.14 ; 1 Rois 11.34, 1 Rois 11.36, etc.), celui de Jérémie, qui parle des temps où l’Éternel suscitera à David un germe juste, digne de lui (Jérémie 23.5), celui d’Ésaïe, qui dépeint Jérusalem, sous David, comme la cité fidèle, pleine de droiture, dans laquelle la justice habitait (Ésaïe 1.22). C’est ainsi, nous dit-on, que l’on parle d’un grand homme à la distance de quelques siècles, alors que le temps jette un voile sur ses défauts et grandit ses qualités. Mais les récits des deux livres de Samuel, ces récits dont plusieurs sans doute émanent d’écrivains et de prophètes contemporains de David, ne nous donnent point de ce roi une idée différente de celle que nous puisons dans les récits moins anciens.

Ils ne nous cachent pas, il est vrai, les fautes de David. Il est de son époque ; il fait la guerre comme on la faisait alors et répand beaucoup de sang, persuadé qu’il est que les ennemis d’Israël et de son Dieu ne sont pas dignes de vivre ; il croit pouvoir un jour, sous l’empire de la passion (2 Samuel 11.1-27), disposer de la personne de ses sujets comme le faisaient les monarques orientaux. Mais il serait injuste, en face des contrastes qu’offre la vie de David, de déclarer seuls possibles et réels les traits sombres de cette vie et de taxer les traits lumineux d’auréole imaginée après coup par l’enthousiasme populaire. Toujours faut-il que cet enthousiasme ait sa raison d’être ; à elles seules des taches et des crimes n’auraient pu le provoquer. Non, le trait dominant de David n’est ni l’ambition, ni la ruse, mais bien son ardent amour pour l’Éternel. C’est là ce qui fait du berger de Bethléem l’homme selon le cœur de Dieu (1 Samuel 13.14) et ce qui pousse le roi, déjà grand et redouté, à sauter de joie devant l’arche, jusqu’à provoquer les moqueries de ceux qui ne comprennent pas ces élans de sa piété (2 Samuel 6.14, 2 Samuel 6.20). La critique veut bien lui reconnaître des dons poétiques et lui concéder la composition de la complainte sur la mort de Saül et de Jonathan (2 Samuel 1.17-27). Comment ce poète, ce musicien, qui, tout jeune, charmait la cour de Saül, cet homme au cœur ardent et pieux, n’aurait-il pas célébré son Dieu et répandu en toute occasion son âme devant l’Éternel ? Il n’existe aucune raison valable de douter de l’authenticité des dernières paroles du doux chantre d’Israël (2 Samuel 23.1). Ces dernières paroles, qui sont elles-mêmes un cantique inspiré, supposent évidemment des paroles antérieures, d’autres poèmes, tels que ce chant de victoire (2 Samuel 22.1-51), qui est devenu notre Psaume 18. Ce psaume est précisément propre à nous donner une idée du genre de poésie particulier à David, des images vives et splendides qui jaillissaient en foule de son esprit, des émotions puissantes qui agitaient son cœur.

Le contraste est grand, il est vrai, dans la vie de David, entre les fautes que nous avons rappelées et la piété dont nous venons de parler. Si grand, cependant, que soit ce contraste, il n’est pas en dehors des possibilités. Même sous la loi de Christ, le fidèle sait où le mènerait sa folie naturelle, s’il se trouvait un instant livré à lui-même. Comment donc nous étonnerions-nous de voir s’affirmer les effrayantes contradictions du cœur le plus pieux, à une époque précédant de mille ans l’heure de la rédemption de l’humanité ?

C’est un même esprit de vérité qui pénètre les livres de Samuel, soit qu’ils nous racontent les erreurs et les fautes de David, soit qu’ils parlent de ses actes éclatants de générosité et de confiance en Dieu… Les Psaumes 51 et 32 pourraient-ils avoir été composés par un homme qui n’aurait pas souffert à un haut degré de la souillure du péché et du poids écrasant de la culpabilité ?
— Orelli

Ce n’est donc point une opposition, c’est au contraire une correspondance très étroite que nous constatons entre la vie de David et ses psaumes. Ceux-ci sont le reflet de celle-là. Tiré soudain d’auprès de ses brebis, le fils d’Isaï est désigné par le prophète comme l’oint de l’Éternel, mais pour être bientôt poursuivi et traqué, pendant des années, comme un criminel. La royauté lui est donnée sans qu’il ait cherché à la conquérir. Mais c’est au moment où il vient d’éprouver le secours merveilleux de son Dieu, que de tristes expériences lui apprennent à connaître sa propre impuissance et sa culpabilité. Comment ne pas voir dans les accents des Psaumes l’expression parfaitement adéquate des émotions provoquées par de telles vicissitudes ?

La mention du nom de David dans les suscriptions des Psaumes nous a paru, en un grand nombre de cas, confirmée par la nature même de ces compositions, du moins dans les deux premiers livres. Que la tradition ait attribué au grand psalmiste plus d’un cantique offrant certaines analogies avec les siens (20, 21, 122, 133, etc.), que même, dans la dernière période de création des Psaumes, on ait développé, sous forme de cantique, telle parole attribuée à David (Psaumes 138, 139), il n’y a rien là qui puisse nous surprendre.

Quant aux psaumes d’Asaph et à ceux des fils de Koré, nous leur avons reconnu certains traits qui font de chacun de ces deux groupes comme une famille à part et qui justifient, pour ce qui concerne ces psaumes-là, l’exactitude des suscriptions.

2. Formation du recueil

Les hommes qui groupèrent nos Psaumes en cinq livres ont laissé une trace visible de leur travail dans les paroles de louange (doxologies) qui terminent chacun de ces livres (voir Introduction). Quand eut lieu ce travail de groupement ?

Ce que nous pouvons constater, c’est qu’il était terminé depuis assez longtemps déjà au moment où furent écrits les livres des Chroniques, c’est-à-dire de 300 à 350 avant notre ère (voir Bible annotée, Livres historiques). Leur auteur, en effet, cite le Psaume 106, en y joignant la doxologie qui, à la fin de ce psaume, clôt le quatrième livre. On avait pris l’habitude de lire ces paroles de louange avec le psaume auquel elles faisaient suite, si bien qu’elles avaient fini par y être comme incorporées. Quant aux psaumes, en petit nombre, qui peut-être datent d’une époque postérieure à celle que nous, venons d’indiquer (74, 75, 79, 125), ils ont pu être intercalés dans le recueil déjà formé.

Les livres d’Esdras et de Néhémie font ressortir à plusieurs reprises le soin que l’on mit, après le retour de la captivité, à se conformer, pour le chant des cantiques, aux ordonnances de David (Esdras 3.10 ; Néhémie 12.36, Néhémie 12.46). Il est probable que ce fut à partir de cette époque que l’on s’appliqua à recueillir ce qu’Israël avait possédé autrefois en fait de musique sacrée. Esdras lui-même ne fut sans doute pas étranger à ce travail, bien que nous ne pensions pas qu’il y ait mis la dernière main. Les cantiques des Maaloth supposent l’habitude prise dès assez longtemps, par les Juifs des provinces éloignées et même de l’étranger, de venir aux fêtes religieuses de Jérusalem, ce qui nous conduit à un temps plus avancé que celui de la restauration opérée par Esdras, à une époque où ses institutions étaient déjà entrées dans les mœurs et fonctionnaient régulièrement. Un siècle environ s’écoula entre le travail d’Esdras et de Néhémie et la composition des livres des Chroniques ; c’est dans le cours de ce siècle que le recueil des Psaumes doit être apparu, tel à peu près que nous le possédons.

Différents indices nous y font reconnaître les traces de recueils existant antérieurement. Ainsi, un même psaume ne se trouverait pas reproduit avec des variantes insignifiantes, dans deux livres différents, s’il n’avait pas déjà fait partie de deux recueils qu’utilisèrent ceux qui formèrent notre psautier définitif (voir Psaume 53, identique au Psaume 14 ; Psaume 70, reproduisant la dernière partie du Psaume 40).

La notice qui termine le Psaume 72 : Fin des prières de David, fils d’Isaï, nous montre le respect scrupuleux avec lequel les rédacteurs du psautier définitif ont conservé tout ce qui appartenait aux documents dont ils faisaient usage. Cette notice, due peut-être à la main même de Salomon (voir la note sur Psaumes 72.20), terminait évidemment un très ancien recueil de psaumes datant de l’époque de David. Les rédacteurs définitifs remanièrent ce recueil, non pas quant au texte même des psaumes, mais en y introduisant des cantiques plus récents (46 ; 48 ; 66 ; 71), peut-être aussi en en détachant quelques psaumes de David, qu’ils répartirent dans les livres suivants. Malgré ces remaniements, il nous semble très probable que nous avons, dans nos deux premiers livres (Psaumes 1 à 72), une partie considérable de cet antique recueil, datant de la grande époque de David et de Salomon.

Notre troisième livre (Psaumes 73 à 89), qui comprend essentiellement des psaumes d’Asaph et de Koré, diffère à la fois des deux premiers livres, dont nous venons de parler et des deux derniers, composés surtout de cantiques datant de la période qui suivit le retour de Babylone. Nous savons, d’après les Chroniques, que le roi Ézéchias voua un soin particulier à ce qui concernait le culte et remit en honneur le chant des cantiques, tel que l’avait institué David (2 Chroniques 29.25-30). Il est naturel de penser que, de même qu’il réunit en recueil ceux des proverbes de Salomon qui ne l’avaient pas encore été (Proverbes 25.1), il ajouta à la collection des psaumes déjà connus plusieurs cantiques composés plus récemment, ceux en particulier qui célébraient les grandes délivrances du règne de Josaphat et de son propre règne ; ce serait là le noyau du troisième livre.

Enfin la captivité, le retour à Jérusalem, le relèvement de la ville et du temple, provoquèrent l’éclosion d’un grand nombre de cantiques, complaintes et surtout actions de grâces, que nous trouvons répartis dans nos deux derniers livres. Ces deux livres n’en forment en réalité qu’un seul. Le besoin de compléter le nombre cinq, par analogie avec le Pentateuque, est apparemment la seule raison qui ait engagé les rédacteurs définitifs à le scinder en deux. Au milieu d’un grand nombre de psaumes anonymes, on trouve dans ces derniers livres quelques cantiques plus anciens, dont les uns, comme le Psaume 142, nous ont paru remonter réellement à David, tandis que d’autres sont plutôt composés de fragments empruntés à ce roi (138, 139). Il semble que les auteurs de cette dernière collection aient voulu conserver, en même temps que les produits tout récents de la piété israélite, plus d’un morceau poétique, inséré peut-être dans quelque ouvrage historique et qui, avant eux, n’avait pas été utilisé dans le culte. Tel était, entre autres, le cas de la prière de Moïse (Psaume 90), qu’ils ont mise en tête du quatrième livre, comme pour rattacher l’expression la plus récente de la foi de leur peuple aux paroles du grand serviteur de Dieu des temps anciens.

Si nous ne possédions pas le livre des Psaumes, nous serions peu et mal renseignés sur l’état religieux des Israélites et nous serions en droit de nous demander si ce peuple, bien que mis à part et soumis par le Seigneur à une éducation toute spéciale, s’est élevé réellement à un niveau supérieur à celui des peuples païens qui l’entouraient. Les livres historiques de l’Ancien Testament nous tracent le tableau des révoltes continuelles des Israélites et des châtiments qu’ils s’attirent par leur désobéissance ; les prophètes leur reprochent sans cesse leur infidélité et la foi héroïque de quelques hommes d’élite rend plus manifeste encore l’incrédulité de la masse de la nation. C’est dans le livre des Psaumes que nous découvrons quels trésors de piété intime et de sainteté véritable recelait l’âme de l’Israélite fidèle. Comme les cantiques chrétiens, aux diverses époques de l’histoire de l’Église, témoignent de l’action que l’Esprit Saint exerce dans le cœur des rachetés, les Psaumes nous révèlent la profondeur de l’œuvre qui s’est accomplie au cours des siècles au sein de la communauté israélite. Par là même, ils témoignent d’une manière bien manifeste en faveur de la réalité de l’intervention divine dans l’histoire d’Israël. D’où procéderait en effet la communion si vivante avec Dieu qui s’exprime dans les Psaumes, si ce Dieu lui-même ne s’était abaissé vers l’homme et approché le premier de son cœur ? Dieu n’est connu, a-t-on dit avec vérité, qu’autant qu’il se donne à connaître ; à plus forte raison n’est-il aimé qu’à la condition d’avoir lui-même révélé son amour. On a cité, il est vrai, comme parallèle fourni par le monde païen, les remarquables psaumes de pénitence découverts en Chaldée. Mais, si la conscience religieuse a pu trouver, en dehors de la révélation, des termes saisissants pour exprimer des sentiments d’humiliation et son désir d’obtenir le secours divin, l’Israélite seul a su donner essor à cette confiance, à cette ardeur d’amour qui cherche moins les bienfaits de Dieu que Dieu lui-même. Ta grâce est meilleure que la vie… Quel autre ai-je au ciel que toi ? Je n’ai pris plaisir sur la terre qu’en toi… M’approcher de Dieu, c’est tout mon bien (Psaumes 63.4 ; Psaumes 73.25-28).

Comme les cieux témoignent de la gloire du Dieu fort, les Psaumes sont l’écho de l’amour que l’Éternel a manifesté à son peuple. Ils sont le sceau bien évident de la révélation divine, de laquelle procèdent la religion, l’histoire et la littérature sacrée du peuple d’Israël.


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