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Les études bibliques sur Job, sur la Création, sur le Cantique des cantiques, n'appartiennent pas à la Bible Annotée qui est une oeuvre collective. Source : Soleil d'orient.
Il n'est pas de récit scripturaire qui ait été jugé plus diversement que celui de la création par lequel s'ouvre le livre de la Genèse. Cuvier, le fondateur de la paléontologie, s'exprime ainsi :
Elevé dans toute la science des égyptiens, mais supérieur à son siècle, Moïse nous a laissé une cosmogonie dont l'exactitude se vérifie chaque jour d'une manière admirable. Les observations géologiques récentes s'accordent parfaitement avec la Genèse sur l'ordre dans lequel ont été successivement créés tous les êtres organisés.
D'autre part on entend des savants déclarer que l'accord entre les faits géologiques et le tableau biblique est désormais impossible à établir. Il faut, selon eux, envisager ce récit comme le produit d'une antique tradition ou comme le fruit de la spéculation philosophique, dans les deux cas comme une composition d'origine purement humaine.
Et si l'on descend enfin jusqu'aux journaux populaires, on y rencontre des expectorations telles que celle-ci :
L'acceptation de la bible, comme règle de conviction ! Faudra-t-il donc croire avec la Genèse que Dieu, après avoir créé la lumière au premier jour, a dû dormir trois nuits avant de produire les astres qui nous la transmettent ; que l'herbe des champs et les arbres de nos forêts créés au troisième jour ont pu croître sans la chaleur du soleil, de la lune et des étoiles créées le quatrième ?
Le récit de la Genèse proviendrait-il simplement d'une tradition humaine ? Mais les hommes se transmettent, par la voie des récits traditionnels, les faits dont ils ont été les témoins. Or, s'il est vrai que l'homme était moralement présent à l'ouvre créatrice, comme but et norme de ce grand travail, il est tout aussi vrai qu'aucun oil humain n'a contemplé ce spectacle unique, et qu'aucune bouche humaine n'a pu en raconter les phases : Où étais-tu, dit l'Éternel à Job, quand je fondais la terre et que les fils de Dieu chantaient en triomphe ?
Ce tableau serait-il d'origine philosophique ? Mais l'idée d'une création, animale ou végétale, antérieure à l'homme et qui se serait développée à travers les phases diverses d'un progrès régulier, n'est venue à l'esprit d'aucun philosophe ancien. La notion même de création, dans le sens propre du mot est et reste étrangère à la pensée antique.
Ces considérations nous ramènent à l'idée qui s'est imposée à beaucoup de savants de premier ordre : c'est que nous pourrions bien, en contemplant ce tableau, nous trouver en face d'une révélation divine. Quoi donc ? Dieu aurait-il, en particulier, fait contempler à l'un d'entre eux quelques-unes des scènes qui ont précédé l'existence de l'homme ici-bas ?
S'il en est ainsi, sous quelle forme a pu s'accomplir une telle communication ? Et dans quelle relation se trouve son contenu avec les résultats actuels de la science ?
Ce sont là les importantes, mais difficiles questions que nous nous proposons d'examiner.
Le monothéisme hébreu repose-t-il sur une révélation ? L'histoire d'Israël est-elle dans son ensemble une ouvre de divine pédagogie, destinée à préparer la création morale qu'est venu opérer Jésus-Christ et en vue de laquelle la première création avait déjà été consommée ?
Et les révélations particulières, accordées aux patriarches et aux prophètes israélites, seraient-elles le commentaire qui accompagnait ce travail disciplinaire, comme l'enseignement doit appuyer tout ouvre éducatrice ?
C'est sous ce jour que la Bible présente les révélations divines dont elle rend compte.
Cacherai-je, se dit Dieu à lui-même, cacherai-je à Abraham ce que je m'en vais faire. (Genèse 18.17)
Quand Dieu veut accomplir ici-bas une ouvre suivie, ne fait-il pas nécessairement qu'à moins d'opérer une série indéfinie de miracles, il s'associe un certain nombre de libres agents qui concourent à son travail ?
Pour cela il doit d'abord les attirer à lui, les gagner à sa cause ; puis, afin qu'ils travaillent avec intelligence et liberté, il doit les initier à son plan, dans la mesure, du moins, où ils participent à son accomplissement ; ce qui suppose une série d'actes de révélation.
Un prophète exprimait en ces termes ce fait dont il se sentait lui-même la vivante preuve : Deux hommes marcheront-ils ensemble, s'ils ne sont d'accord ?... Ainsi le Seigneur, l'Éternel, ne fera rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes. (Amos 3:3,7)
On a essayé d'expliquer le monothéisme israélite et tout le cortège de convictions et d'espérances qui l'accompagne, par une tendance instinctive de la famille sémitique (M. Renan) ou par le développement naturel de la conscience humaine qui se serait accompli plus rapidement chez cette race que chez toute autre.
Mais le savant illustre, qui de nos jours a scruté le plus profondément les secrets de l'intelligence et de la conscience humaine au moyen des indices offerts par le langage, M. Max Müller, a réfuté de main de maître cette théorie naturaliste :
Est-il possible de dire, demande-t-il, qu'un instinct monothéiste ait été départi à toutes ces nations qui adoraient Elohim, Jéhovah Sabaoth, Moloch, Nisroch, Rimmon, Nebo, Dagon, Ashtaroth, Baal ou Bel, Baalpeor, Baalzebub, Chemosch, Milcom, Adrammelech, Annamelech, Nibhaz et Tartak, Ashima, Nergal, Succothbenoth, le soleil, la lune, les planètes et tous les astres du firmament ?
Tous ces noms de divinités appartiennent en effet au panthéon des tribus sémitiques. Le même auteur rappelle encore qu'il n'est pas permis de conclure de l'exemple d'un Abraham, d'un Moïse, d'un Elie, d'un Jérémie, à la tendance générale du peuple juif, puisque c'est un fait :
que cette nation a provoqué maintes fois le courroux du Seigneur en offrant de l'encens à d'autres dieux.
L'histoire atteste qu'Israël était enclin au même polythéisme, raffiné ou grossier, dans lequel sont tombés tous les autres peuples, et qu'il a fallu un effort continu de Dieu, par le moyen d'un petit nombre d'hommes choisis et par une discipline très sévère s'exerçant souvent par les dispensations les plus rigoureuses, pour contraindre ce peuple à remonter le courant idolâtre qui l'entraînait naturellement comme tous les autres.
Sans doute il faut admettre une révélation primordiale et naturelle de l'existence de la divinité à la conscience humaine. Mais, comme l'observe M. Müller,
cette intuition primitive de Dieu n'est par elle-même ni monothéiste, ni polythéiste... Elle trouve son expression dans cet article de foi : Dieu est Dieu, ou : il y a un Dieu ; ce qui ne signifie pas encore : il y a un seul et unique Dieu.
Cette dernière formule, qui renferme la négation expresse du polythéisme, dépasse le contenu de la révélation naturelle. Comment expliquer que le peuple d'Israël seul ait possédé cette notion et en ait fait la base de son existence nationale ?
Ce peuple était-il doué d'un génie philosophique supérieur ? Nullement. M. Max Müller rappelle ici à M. Renan ses propres déclarations, par lesquelles il refuse aux nations sémitiques même
ce minimum de réflexion religieuse qui est nécessaire pour la perception de l'unité divine.
Or autant il est certain que tous les peuples, en vertu de l'organe religieux dont l'âme humaine est douée, se sont élevés à une foi générale en la divinité, autant il l'est qu'Israël seul a conçu comme unique cette divinité universelle affirmée.
Aussi M. Müller conclut-il en disant nettement :
On nous demandera comment il se fait qu'Abraham n'ait pas eu seulement l'intuition primitive de la divinité, commune au genre humain tout entier, mais qu'il soit parvenu à la connaissance du Dieu unique, en niant l'existence de tous les autres dieux ; nous sommes prêts à répondre que ce fut grâce à une révélation divine toute spéciale.
Nous ne nous servons pas ici du langage conventionnel de la théologie ; nous entendons donner au terme que nous employons sa portée pleine et entière. Le Père de toute vérité choisit ses prophètes, et il leur parle d'une voix plus forte que la voix du tonnerre... Nous ne saurions admettre que l'expression d'instinct divin soit le mot propre pour désigner cette grâce ou ce don accordé à un petit nombre d'hommes seulement, ni que ce soit un terme plus scientifique, c'est-à-dire plus intelligible, que celui de révélation spéciale.
Voyez-vous dans la prairie cette troupe de chevaux sauvages qui bondissent en liberté ? Aucun d'eux n'a jamais subi la pression douloureuse du frein, ni l'étreinte dominatrice d'un habile et robuste dompteur. Au milieu d'eux apparaît tout à coup un coursier aux allures réglées? au corps bien ramassé, au galop mesuré et pourtant rapide. Ses flancs portent un cavalier dont la main est armée du redoutable lazzo. Il poursuit ces jeunes chevaux indomptés, leur jette le lacet, les enserre du noud fatal et les emmène captifs dans son haras, où dès ce moment ils vont subir à leur tour le dressage.
C'est ainsi que Jéhovah, tout en laissant marcher les nations à leur gré, s'est préparé et comme dressé en Israël un peuple par le moyen duquel il se proposait de ramener à lui, quand les temps seraient accomplis, tous les autres. N'avait-il pas dit d'avance à Abraham, en faisant de lui son élu, et de sa postérité son peuple : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta postérité ?
Entre tous les hommes que Dieu a appelés à travailler avec lui à cette éducation spéciale du peuple juif, Moïse occupe sans contredit le premier rang.
C'est par lui que la révélation patriarcale est devenue une religion nationale et a reçu son caractère historique. C'est par lui qu'elle s'est complètement dégagée des éléments polythéistes qui y étaient restés attachés chez les fils et les petits-fils d'Abraham lui-même.
C'est par lui que le nom déjà connu, mais non généralement employé, de Jéhovah a été substitué à l'ancien nom d'El-Schaddaï, Dieu tout-puissant, par lequel on désignait le Dieu qui s'était manifesté au père de la race, celui par lequel Dieu s'était le plus souvent désigné lui-même en s'adressant aux patriarches.
Cette substitution n'était rien de moins que le principe d'une profonde révolution religieuse. Le nom d'El-Schaddaï, le Tout- Puissant, laissait subsister à côté de Dieu d'autres puissances, soumises sans doute à sa suprématie, mais qui en quelque manière pouvaient encore lui tenir tête. Ce nom équivaut à peu près à celui dont aime à se servir une certaine conception religieuse : L'Etre des êtres, l'Etre suprême.
Mais Jéhovah signifie : celui qui est et sera, qui a l'être pour essence. Jéhovah, ce n'est donc pas seulement le plus puissant des êtres ; c'est l'être unique, existant seul réellement ; l'être absorbant en lui la notion de l'être ; l'être existant par lui-même ; l'être comme sujet, comme verbe et comme attribut tout ensemble : Je suis celui qui suis.
A côté de El-Schaddaï il y a place pour d'autres êtres inférieurs à lui. En dehors de Jéhovah il n'y a que le néant. Si quelque chose est néanmoins, en dehors de lui, c'est par lui uniquement et par le fait de sa volonté créatrice.
Le culte d'El-Schaddaï n'excluait donc pas expressément le polythéisme. Mais l'adoration de Jéhovah est en principe ce qu'elle est de plus en plus devenue en fait, le divorce absolu de la conscience avec le paganisme sous toutes ses formes réelles et imaginables.
Nous possédons, aux chapitres 3 et 6 de l'Exode, le récit simple et solennel de la vision accordée à Moïse, dans laquelle Dieu s'est révélé pour la première fois en sa qualité de Jéhovah. En ce jour a été posé le fondement du monothéisme israélite et de la religion définitive de l'humanité.
Exode 6.2-3 : Dieu parla à Moïse et lui dit : Je suis Jéhovah. Je suis apparu comme le Dieu tout-puissant (El-Schaddaï) à Abraham, à Isaac et à Jacob ; mais je ne me suis point fait connaître à eux en mon nom (en ma qualité) de Jéhovah.
Mais ce n'est pas seulement contre le polythéisme, c'est contre son principe latent, le matérialisme théorique et pratique, que le culte de Jéhovah devait être désormais une infranchissable barrière. En face de celui qui est l'Etre en soi, le MOI indépendant, absolu, parfaitement conscient et maître de lui-même, de celui qui est ce qu'il veut être, tout aussi réellement qu'il veut être ce qu'il est, comment la matière pourrait-elle prétendre à une existence autonome quelconque ?
Exode 3:14 : Je serai celui que je serai,
c'est la paraphrase grammaticale du nom de Jéhovah ; ce nom est un futur.
Cette matière, ce principe obscur, fatal, inconscient, dénué de volonté, impénétrable à l'intelligence, cet être amorphe, ce fait brut que tous les peuples et même tous les sages de l'antiquité ont envisagé comme coexistant éternellement à Dieu et comme indépendant de lui, sinon dans sa forme, au moins dans sa substance, cette matière incréée est supprimée à toujours par la révélation de Dieu comme Jéhovah : Je serai.
Je serai (comme nom propre) m'a envoyé vers vous (ibidem).
Non seulement aucun être particulier, mais la substance même dont les êtres sont formés, n'a d'existence que celle que lui prête la libre volonté divine. Et voilà la conception qui doit servir de base à l'établissement du royaume de Dieu sur la terre. Avec cette notion sublime le règne du spiritualisme, de la sainteté, est fondé au sein de l'humanité.
Si la matière existe éternellement et par elle-même, si, comme telle, elle peut résister dans l'univers à tous les efforts de Dieu pour la dompter parfaitement, ainsi que le pensaient les sages les plus avancés de l'antiquité, comment ne braverait-elle pas tous les efforts de l'homme pour la dompter en lui-même ?
Elle entrave jusqu'au bout les desseins du Créateur qui voudrait réaliser ici-bas le bien parfait, l'idéal du vrai, du juste et du beau, et qui ne peut y parvenir parce qu'il rencontre dans la matière une infranchissable limite à son action bienfaisante ; et nous aurions, nous, faibles humains, la prétention de réaliser l'idéal moral en dépit de la chair et du sang !
Dieu a dû se borner à arranger la matière aussi bien que possible, et le monde, malgré le souffle divin dont il l'a pénétré, reste pour lui un pis-aller ; et il pourrait exiger de moi que, dans mon petit cercle, je fisse plus et mieux ! Non ; si la matière est indomptable dans le grand tout, elle l'est aussi dans ma vie particulière.
Guérissons-nous donc de la folie de vouloir dominer en nous les sens ! Obéissons sans remords à un principe aveugle devant lequel s'incline la majesté divine elle-même ! Et, puisqu'il le faut, que la brute règne dans tous les domaines inférieurs de la vie humaine !
Il ne faut pas un grand effort d'intelligence pour comprendre cette logique qui conduit du principe de l'éternité de la matière au matérialisme pratique et justifie tous les excès de la sensualité, toutes les dégradations de l'égoïsme. C'est là le terme fatal auquel est poussé l'homme que n'éclaire pas la connaissance de Jéhovah.
Le tableau qu'a tracé Saint-Paul de la vie des anciens peuples païens et le spectacle offert aujourd'hui par les nations idolâtres sont d'effrayants hommages rendus à la rigueur de cet enchaînement logique. Romains 1
En face de cette pente sur laquelle glissent tous les peuples païens, anciens et modernes, nous en contemplons une autre, que remonte, par une ascension glorieuse, une nation, une seule, qui, dans la personne de son dernier et suprême représentant, finit même par réaliser la plus pure spiritualité, la sainteté absolue.
Au fruit on reconnaît l'arbre, ou, si l'on veut, la racine. Le nom de Jéhovah, inscrit en lettres de feu par Moïse dans la conscience israélite, c'est lui qui a opéré le prodige. Il a dissipé en Israël le charme séducteur de la vie des sens et assuré la prépondérance à l'esprit sur la matière.
Si Dieu seul est, et que la matière n'existe que par lui, elle lui est entièrement assujettie. Pas plus que Dieu lui-même, l'homme n'en est l'esclave. En épelant le nom de Jéhovah, l'homme a relu ses lettres de noblesse. Fait à l'image de cet être absolu, de ce pur esprit, il doit et peut lui ressembler ; et voilà qu'est ouverte désormais la voie royale qui conduit de Moïse à Jésus-Christ.
La sainteté n'est plus un inaccessible idéal ; le royaume de Dieu, au lieu d'être un vain mot, devient le vrai mot de l'histoire. Le plan de Dieu est révélé dans son nom même de Jéhovah. Le but de la vie humaine, individuelle et collective, ne peut être que le règne de l'esprit divin dans tous les esprits créés qui acceptent librement son empire.
Voici en quels termes un savant juif de nos jours exprime la même pensée :
L'éternité de la matière est jusqu'à aujourd'hui le fondement de la conception païenne. Ce principe n'est pas seulement un mensonge métaphysique, c'est la négation de la liberté en Dieu et dans l'homme, négation qui enfouit toute moralité. Si une matière quelconque s'est imposée au Créateur, il n'a pu former un monde absolument bon, mais seulement le meilleur monde possible ; et l'homme peut tout aussi peu être maître de son corps que Dieu n'a pu l'être de la matière...
Mais cette nuit profonde et sinistre qui enveloppe la conception de Dieu, du monde et de l'homme se dissipe au premier mot de l'enseignement divin : Au commencement Dieu créa
... Toute chose, substance et forme, est apparue par la volonté créatrice, libre et toute-puissante. Et comme le Créateur domine librement sur le monde, il peut, en communiquant à l'homme une étincelle de sa vie, lui donner de dominer sur son corps et sur ses forces. Le monde créé n'est plus le meilleur monde possible, mais le seul bon... La possibilité même de son altération appartient à sa perfection ; car sans elle il n'y aurait pas de liberté morale... Et le Dieu qui a assigné au monde son but saura bien l'y faire parvenir par le libre pouvoir au moyen duquel il l'a créé.
On voit avec quelle nécessité la préparation du salut du monde par Israël exigeait, comme point de départ, la révélation de ce grand principe : Je suis celui qui suis, auquel l'intelligence de l'humanité charnelle n'était plus capable de s'élever par elle-même.
Aussi Dieu, après avoir dévoilé à Moïse cette notion sublime, l'inscrivit-il sur Sinaï en tête de la loi nationale : Moi, Jéhovah, je suis ton Dieu. Exode 20 : 2
L'accomplissement des antiques promesses faites à Abraham par El-schaddaï, ouvre présente confiée au ministère de Moïse, le salut futur de l'humanité que devait opérer le Christ, tout reposait en définitive sur ce principe, comme l'édifice entier, dès l'étage inférieur jusqu'au couronnement, repose sur le fondement une fois posé.
Nous avons constaté la réalité de la révélation mosaïque ; nous en avons reconnu la nécessité. Reste à savoir quelle forme elle devait revêtir pour atteindre son but : celui de rendre intelligible et vivante pour la conscience israélite cette notion de l'existence absolue de Dieu, mystérieusement formulée dans le nom de Jéhovah.
Dieu devait-il faire du dogme de l'aséité (L'existence par soi-même) divine et de la création de la matière une réponse de catéchisme qu'aurait à apprendre, de génération en génération, la jeunesse israélite ? Mais nous savons assez combien est faible la barrière qu'oppose aux torrents de l'erreur et du péché un pareil mode d'enseignement.
Avec le peuple surtout, si l'on veut agir sur la volonté et même sur l'esprit, ce n'est pas à l'intelligence seule qu'il faut parler ; c'est en même temps à l'imagination et au cour. Il ne faut pas se borner à enseigner la vérité ; il faut la peindre.
Ou bien, à défaut de formule dogmatique, Dieu devait-il recourir à la démonstration scientifique, donner à Moïse et, par Moïse, à Israël une leçon sur les origines de l'univers, faire un cours d'astronomie et de géologie, de physique et de chimie, de botanique et de zoologie ?
Une telle méthode aurait eu le double inconvénient de rendre du même coup la science inutile et la foi impossible. A quoi bon l'étude, une fois la révélation de toutes choses opérée par Dieu lui-même ?
Et, à supposer que Moïse fût descendu du Sinaï, non avec les tables des dix commandements, mais avec une connaissance bien exacte et bien complète des causes et des lois qui ont présidé à la constitution de l'univers, avec le système de Copernic, par exemple, tout formulé, qui eût accueilli une si incroyable révélation ?
La puissance des apparences sensibles, l'autorité des préjugés régnants, un moment refoulées peut-être, eussent bientôt repris le dessus et cette révélation intempestive fût descendue dans la tombe avec celui qui l'avait apportée. La foi doit être un acte moral et non une adhésion de l'intelligence.
Un seul moyen restait, celui dont Dieu s'est servi quand il a voulu révéler l'avenir aux prophètes. Comment s'y est-il pris, par exemple, pour donner à Daniel une idée des quatre phases que devait traverser l'histoire de l'humanité jusqu'à l'apparition du Messie ? Lui a-t-il fait une leçon d'histoire sur les Assyriens et les Babyloniens, sur les Mèdes et les Perses, sur les Grecs, sur les Romains ?
Non, il a fait passer devant lui cinq tableaux ou images dont le souvenir est demeuré ineffaçable : un lion ailé, symbole de la puissance babylonienne ; un ours à la démarche grave et lente, emblème de la majesté persane ; un léopard à quatre têtes parcourant la terre comme au vol, représentation sensible de la monarchie d'Alexandre si rapidement fondée, si promptement divisée en quatre états distincts ; un monstre enfin sans analogue dans la création terrestre, foulant et dévorant tout ce qu'il rencontre, image de l'empire romain, cet état qui n'a ressemblé à rien de connu et qui a absorbé tout en lui ; et après tout cela, comme terme de ces apparitions monstrueuses, la figure d'un fils d'homme arrivant sur les nuées, emblème du seul pouvoir vraiment humain, de l'amour qui descend des cieux pour fonder ici- bas le règne de la liberté et de la vérité.
Voilà comment Dieu enseigne l'histoire, quand il trouve bon de la faire connaître à l'avance à ses serviteurs, les prophètes. Il ne disserte pas, ne catéchise pas ; il montre. Ce procédé a le double avantage de prendre à partie l'homme tout entier, par conséquent de ne point altérer la nature de la foi, et de ne pas rendre la science superflue en anticipant sur ses futurs travaux.
Toutes les recherches des historiens, toutes les découvertes des investigateurs de ruines et de palais ensevelis, au lieu d'être frappées d'inutilité par la vision que nous venons de rappeler, ne serviront qu'à préciser et qu'à enrichir les tableaux dont elle se compose.
Pourquoi Dieu n'aurait-il pas, dans la communication de faits passés que nul oil n'avait contemplés, adopté le même moyen ? Pourquoi n'aurait-il pas fait surgir aux yeux de Moïse une série de tableaux résumant l'œuvre de la création à l'essence de laquelle il désirait l'initier ?
En faisant passer sous ses yeux l'image de ces différentes classes d'êtres qu'avait divinisés le paganisme, et qu'il lui présentait sortant successivement de leur néant à l'appel du Très-Haut, ne donnait-il pas à son peuple le commentaire du nom de Jéhovah, dans le sens où nous l'avons expliqué, mieux que par aucune autre méthode ?
Pour donner à une nation l'idée d'une grande victoire que ses fils ont remportée, on ne se borne pas à un bulletin qui la résume en quelques lignes ; on n'a pas recours non plus au procédé savant de l'exposé stratégique. On met le pinceau dans la main de l'artiste le plus éminent, et on lui demande la représentation de deux ou trois scènes, qui sont les échantillons de milliers de scènes analogues.
Telle nous paraît être la nature des tableaux dont se compose le récit de la création. Il nous est dit (Hébreux 8:5) que pendant les quarante jours et les quarante nuits que Moïse passa sur la montagne, Dieu lui fit voir le modèle du tabernacle qu'il aurait bientôt à construire. Ce fut alors aussi, peut-être, qu'il lui fut donné de contempler la construction de ce grand édifice de l'univers dont le tabernacle était l'emblème.
Le Parvis, le Lieu saint et le Lieu très-saint correspondaient à la terre, aux cieux et au séjour suprême où Dieu manifeste le plus immédiatement sa présence.
Les tableaux que Dieu fit passer devant lui et dont il nous a conservé dans le récit génésiaque les admirables photographies, ne peuvent en aucune façon gêner le travail de la science. La révélation et la science sont deux rayons d'origine différente, l'un venant du ciel, l'autre de la terre, et qui en se rencontrant et se combinant produisent la clarté parfaite.
L'un nous apporte la pensée de l'Ouvrier, l'autre nous procure l'image concrète de l'ouvre. Comme les découvertes historiques ne servent qu'à enrichir et à compléter les tableaux prophétiques de Daniel, ainsi les découvertes géologiques trouvent, dans les tableaux rétrospectifs de Moïse, le cadre tout prêt à les recevoir et à leur donner leur place.
La Bible n'épargne point à la science le travail de mettre au jour l'immense richesse des faits, de constater les relations des causes et des effets, des moyens et des buts qui les unissent, de découvrir les lois qui les régissent.
La science à son tour ne rend pas inutile, elle réclame au contraire le mot d'en haut qui renferme le vrai sens de ce magnifique ensemble.
L'important est de saisir le point de rencontre entre les deux rayons, afin que l'image totale et pure se forme pour le regard de l'intelligence humaine. Cet idéal ne pourra être complètement réalisé que lorsque la géologie d'une part, l'exégèse de l'autre, auront achevé leur travail.
Mais il est permis de constater le degré de rapprochement déjà obtenu et de tenter de faire un pas nouveau sur la voie qui mène à ce but.