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Galates 3
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Plan du commentaire biblique de Galates 3

I. La justification par la foi prouvée par l’expérience et par l’écriture

L’expérience : Ô Galates insensés ! vous connaissiez si bien Jésus-Christ crucifié ; qui vous a détournés de lui ? Vous avez reçu son Esprit ; est-ce par la loi ou par la prédication de la foi ? Retourneriez-vous donc aux institutions charnelles ? Serait-ce en vain que vous auriez souffert ? Celui qui a fait au milieu de vous tant de miracles de l’Esprit, les a opérés, non par la loi, mais par la prédication de la foi (1-8).

L’Écriture : Abraham fut justifié par la foi ; l’Écriture étend la même bénédiction à tous ceux qui croient, dans toutes les nations (6-9).

Il est impossible d’être justifié par la loi : parce qu’elle prononce une malédiction sur le pécheur, parce que l’Écriture attribue le salut à la foi, parce qu’enfin la loi n’a rien de commun avec la foi, mais qu’il faut l’avoir accomplie pour vivre par elle (10-12).

C’est Christ qui nous a rachetés de cette malédiction en la prenant sur lui, afin que la bénédiction d’Abraham se répandit sur tous par la foi en Christ (13, 14).

1 Ô Galates dépourvus de sens ! Qui vous a fascinés, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été dépeint, comme s’il eût été crucifié parmi vous ?
Chapitre 3
1 à 14 La justification par la foi prouvée par l’expérience et par l’Écriture

Ou ensorcelés.

C’est par cette douloureuse et sévère apostrophe que l’apôtre se met à attaquer l’erreur dans laquelle ses lecteurs s’étaient laissé entraîner. Il voudrait leur en faire sentir l’absurdité, la déraison.

Qui vous a fascinés ? par cette question Paul désigne et flétrit les séducteurs.

Le texte reçu ajoute : « pour que vous n’obéissiez pas à la vérité ». Ces mots ne sont pas authentiques ici. Ils se retrouvent à Galates 5.7.

Paul, par sa prédication puissante et vivante de Jésus-Christ, de ses souffrances, de son sacrifice expiatoire, de sa mort, l’avait tellement dépeint aux yeux des Galates, qu’il peut dire en vérité que c’est comme si ces scènes de Golgotha avaient eu lieu au milieu d’eux. Il était d’autant plus incompréhensible qu’ils se fussent laissé détourner de Christ : l’apôtre s’en étonne, (Galates 1.6) il ne peut s’en rendre compte que par une sorte de fascination exercée sur eux (verset 1).

Les mots parmi vous manquent dans plusieurs manuscrits, sans que l’inauthenticité en soit démontrée. On peut aussi les traduire par en vous : « Christ est dépeint devant vos yeux, crucifié en vous », c’est-à-dire, vous avez éprouvé dans vos cœurs toute la puissance divine de sa croix. Luther traduit : « et maintenant crucifié parmi vous », par vous qui le rejetez (Hébreux 6.6).

Le sens exposé en premier lieu est le plus naturel et le plus probable. M. Rilliet qui, d’après le manuscrit du Vatican, retranche parmi vous ou en vous, traduit ainsi : « Vous, devant les yeux desquels a été clairement peint Jésus-Christ crucifié ». La même leçon se lit dans le Sinaïticus et deux autres manuscrits du groupe alexandrin.

2 Je voudrais apprendre de vous ceci seulement : Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ?

Grec : « par l’ouïe de la foi ; » mais ce mot a, en grec comme en hébreu, le sens de prédication, le moyen par lequel on fait entendre (Romains 10.17, note)..

Cet appel à l’expérience était des plus concluants, des plus persuasifs. Voici des chrétiens auxquels on a prêché le salut par la foi en Christ crucifié : l’Esprit de Dieu, avec ses manifestations puissantes, a accompagné cette prédication, l’a scellée d’un témoignage divin dans le cœur même des auditeurs.

Est-ce par la loi, ou par la foi qu’on leur a annoncée, qu’ils ont été faits participants de tous ces dons ? La réponse n’est pas douteuse. Aussi l’apôtre insiste sur sa question (verset 5).

Dans les premiers temps de l’Église, l’assurance d’avoir reçu le Saint-Esprit et éprouvé ses divines influences, par le renouvellement du cœur et de la vie, était plus absolue et plus vive chez la plupart des fidèles qu’elle ne l’est en général aujourd’hui, à cause du contraste éclatant qu’il y avait pour eux entre les profondes ténèbres du paganisme, dont ils étaient sortis, et la lumière resplendissante de l’Évangile.

De plus, les dons miraculeux, qui accompagnaient l’effusion du Saint-Esprit, étaient un témoignage visible et saisissant de la présence et de l’action de cet Esprit dans l’Église et dans les âmes.

Malgré cela le raisonnement de l’apôtre conserve aujourd’hui toute sa force et s’applique à tous ceux qui, après avoir éprouvé en eux-mêmes la puissance de l’Évangile, tombent dans quelque erreur.

Par quel moyen ont-ils senti la différence totale qu’il y a entre la nature et la grâce, entre le vieil homme et le nouveau ? Comment ont-ils reçu l’esprit d’adoption, la paix avec Dieu ? La prédication qui leur a fait savourer ces grâces ne saurait être l’erreur : malheur à eux s’ils y renoncent !

Mais celui qui ne trouverait dans l’histoire intime de son âme aucun souvenir de cette nature, aucune expérience de l’action de l’Esprit, n’a jamais été dans la grâce, il n’est point converti ; on ne saurait raisonner avec lui comme l’apôtre le fait ici.

3 Êtes-vous tellement dépourvus de sens ? Après avoir commencé par l’Esprit, finirez-vous maintenant par la chair ?

Voir sur ces deux notions opposées, chair et Esprit, Romains 1.3, note ; comparez Romains 4.1

Par les œuvres de la loi et tout ce qui favorise sa propre justice, l’homme reste dans la chair, dans sa nature corrompue. Ce mot désigne aussi les traditions humaines, extérieures, dans lesquelles on cherche inutilement l’Esprit et la vie (Hébreux 7.16 ; Hébreux 9.10).

Le verbe que nous traduisons ici par finirez-vous, signifie aussi arriver au but, à la perfection ; « arriver au but par la chair » serait l’expression d’une fine ironie.

4 Avez-vous tant souffert en vain ? Si toutefois c’est en vain.

Ce serait en vain s’ils restent dans leurs erreurs. La tournure dubitative dont se sert l’apôtre laisse entrevoir l’espérance d’un retour à la vérité.

D’autres rendent ainsi cette restriction : si seulement c’est en vain, si votre état moral n’en devient pas pire !

Le souvenir de leurs souffrances pour la croix de Christ est un nouvel argument de la même nature que le précédent. Les Galates pouvaient voir dans ces épreuves un témoignage de la réalité de leur foi ; or, les faux docteurs allaient les priver des bénédictions que Dieu attache à ces épreuves. Ils prétendaient même les affranchir de l’opprobre de la croix (Galates 6.12).

Par ces souffrances des Galates, d’autres entendent les perplexités, les luttes éprouvées par eux en se voyant ramenés sous le joug de la loi. D’autres encore, les expériences qu’ils avaient faites de la repentance et de la puissance de la grâce. Nous préférons le sens le plus ordinaire du mot.

Le fait que nous ne connaissons pas de persécution dirigée contre les chrétiens de Galatie n’infirme pas cette interprétation. Les Églises de ce temps ont passé par bien des épreuves dont l’histoire n’a pas conservé le souvenir (Philippiens 1.28-30). Paul lui-même avait prémuni les Galates contre les tribulations qui les attendaient (Actes 14.22).

5 Celui donc qui vous dispense l’Esprit, et qui fait des miracles parmi vous, le fait-il par les œuvres de la loi, ou par la prédication de la foi ?

Voir verset 2, note. Cette question ne fait que préciser encore les précédentes, en nommant les dons miraculeux de l’Esprit. L’apôtre ne répond pas directement, parce que la réponse est trop évidente, mais il recourt maintenant au témoignage de l’Écriture (versets 6-14).

6 Comme Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice, 7 reconnaissez donc que ceux qui sont de la foi, ceux-là sont fils d’Abraham.

En citant Genèse 15.6, Paul en tire les conclusions qu’il reproduit Romains 4.11-12 ; Romains 4.16, où il développe plus complètement l’exemple d’Abraham et les rapports des vrais croyants avec lui, comme preuve scripturaire de la justification par la foi.

Les Juifs voyaient la qualité d’enfants d’Abraham dans des rapports tout extérieurs avec lui, dans la circoncision, par exemple, et dans la descendance selon la chair. Paul montre que, pour être fils d’Abraham, il faut lui ressembler spirituellement. Les vrais enfants d’Abraham ce sont ceux qui sont de la foi, ceux dont la vie, née de la foi, est constamment inspirée et dirigée par elle.

8 Aussi l’Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a annoncé cette bonne nouvelle par avance à Abraham : Toutes les nations seront bénies en toi ;

Grec : « A évangélisé par avance » Genèse 12.3 ; Genèse 18.18. C’est dans ce dernier passage que se trouvent littéralement les paroles citées ici.

L’Écriture est ici personnifiée ; elle prévoyait par l’Esprit qui remplissait ses auteurs.

9 en sorte que ceux qui croient sont bénis avec Abraham le croyant.

Grec : « Ceux qui sont de la foi, (verset 7) sont bénis avec le fidèle Abraham ».

Puisque toutes les nations devaient être bénies en lui, il est bien évident que ce ne pouvait être qu’en vertu du rapport tout spirituel créé par l’identité de leur foi ; sans cela les chrétiens convertis du paganisme ne seraient à aucun égard enfants d’Abraham, ne descendant pas de lui. C’est pourquoi il est nommé « le père des croyants », (Romains 4.11 ; Romains 4.12) comme ayant laissé l’héritage de la promesse et de la bénédiction à tous ceux qui croient.

Par la bénédiction promise à Abraham et héritée par les croyants, l’apôtre entend toutes les grâces de l’Évangile, car cette bénédiction consiste à être justifié par la foi.

10 Car tous ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction, car il est écrit : Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi, pour les faire ! 11 Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu’il est dit : Le juste vivra par la foi. 12 Or la loi n’est pas de la foi ; mais elle dit : Celui qui aura fait ces choses vivra par elles.

Dans ces versets (versets 10-12) l’apôtre passe à une nouvelle démonstration (car) de sa thèse.

L’exemple d’Abraham lui a permis d’établir que la justification vient par la foi. Il ajoute à cette preuve positive une preuve négative : la justification ne vient pas par les œuvres de la loi. Ce qu’il concluait de la bénédiction d’Abraham, il le conclut également de la malédiction de la loi.

La bénédiction promise à Abraham ne s’obtient que par la foi, (verset 9) car quiconque « est des œuvres de la loi », c’est-à-dire cherche dans ces œuvres un moyen de justification et de salut, se trouve non sous la bénédiction, mais sous la malédiction (D’après Deutéronome 27.26, librement cité)..

L’apôtre ne dit pas, mais suppose comme évident que nul homme n’a observé et accompli toutes les choses écrites au livre de la loi ; il faudrait, pour le nier, un degré d’aveuglement et d’orgueil qu’il ne saurait prévoir.

Plus un homme s’est efforcé de garder la loi, plus se réveille douloureusement en lui cette conviction du péché, de réprobation, de malédiction sanctionnée par la loi. Aussi tous les hommes de Dieu, dès l’ancienne alliance, ont eu recours au moyen de justification qui avait sauvé Abraham, et ont proclamé avec le prophète cité ici par Paul (verset 11) que le juste vivra de la foi (Habakuk 2.4 ; comparez Romains 1.17, note)..

Entre ces deux moyens de salut, la loi et la foi, le contraste est absolu, il faut choisir : la loi n’a rien de commun avec la foi, elle n’est pas de même nature (tel est le sens de ces mots du verset 12 : la loi n’est pas de la foi ou par la foi) ; la loi ordonne, demande la perfection ; celui qui l’atteindra vivra par elle (verset 12, cité de Lévitique 18.5 ; comparez Luc 10.28, note ; Romains 10.5 ; Romains 10.6, note)..

13 Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous (car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois !),

Avec un joyeux empressement, l’apôtre passe brusquement, sans particule, à la partie positive de sa démonstration : Christ nous a rachetés ! Sur ce verbe racheter, qui signifie racheter de, délivrer par un prix, voyez Galates 4.5 ; 1 Corinthiens 6.20 ; 1 Corinthiens 7.23 ; comparez Matthieu 20.28.

Deutéronome 21.23, cité d’après les Septante, qui traduisent : « est maudit par Dieu quiconque est pendu au bois ». L’hébreu porte : « Un pendu est une malédiction de Dieu ». Cette parole motive l’ordre donné aux Israélites d’enterrer un supplicié dans la journée même, « afin de ne pas souiller le pays par la vue de cette malédiction ». L’apôtre, à cause de l’application qu’il fait ici de ces paroles, retranche le mot par Dieu ou de Dieu.

Comme lorsqu’un homme est condamné à mort, et qu’un autre, un innocent, s’offre à mourir à sa place, et ainsi l’arrache à son châtiment : voilà ce que Christ a fait pour nous. Car il n’était pas, lui, sous la malédiction de la loi, mais il l’a prise sur lui, (Galates 4.4) afin d’en délivrer ceux qui s’y trouvaient.
— Chrysostôme

La précision des termes, l’ensemble de ce passage, tous les enseignements de l’apôtre à ce sujet (voir entre autres Romains 3.22-25 ; Romains 8.3 ; 2 Corinthiens 5.21), ne sauraient laisser le moindre doute sur le caractère expiatoire de la mort du Sauveur.

Cette mort fut le châtiment, la malédiction de la loi, volontairement soufferte par le plus insondable amour. Sans cela, comment aurait-elle racheté les pécheurs de cette malédiction ? Comment aurait-elle transformé cette malédiction en une bénédiction (verset 14) ?

Mais qu’est-ce que cette malédiction ? celle de Dieu ? Dieu aurait-il maudit son Bien-aimé, le Saint et le Juste personnellement ? L’apôtre ne dit rien de pareil, et c’était là une impossibilité morale. Paul parle de la malédiction de la loi dont Christ nous a rachetés, c’est-à-dire de la peine ou du châtiment stipulé par la loi (verset 10) ; et c’est cette peine, ce châtiment que Jésus-Christ a pris sur lui en sa mort (1 Pierre 2.24 ; comparez 2 Corinthiens 5.21), comme membre et représentant de notre humanité.

Les termes : être fait péché, devenir malédiction (l’abstrait pour le concret), et cela pour nous, à notre place, signifient donc, comme le dit Pierre, porter (et ôter) le péché, la malédiction qu’il méritait. L’exemple que cite l’apôtre (Deutéronome 21.23) conduit au même résultat.

Le supplicié était « une malédiction de Dieu » ; l’hébreu porte que Dieu avait ordonné cette peine par sa loi, sans qu’il s’en suivit nécessairement que le condamné fût, quant à son âme, maudit de Dieu ; il pouvait être l’objet de la grâce divine, tout en souffrant la peine de son crime. Et pourtant, afin d’éviter tout malentendu, l’apôtre, en appliquant cet exemple à Jésus, retranche, comme nous l’avons dit, du texte qu’il cite le mot de Dieu.

Cela est significatif. La même vérité ressort du fait incontestable que jamais Jésus n’a cessé d’être l’objet de l’amour de Dieu. Tout en souffrant pour nos péchés, en Gethsémané et sur la croix, il l’appelle son Père (Matthieu 26.39 ; Luc 23.46) ; bien plus, il déclare lui-même que le Père l’aime, parce qu’il met sa vie pour ses brebis (Jean 10.17).

Le mystère de la rédemption, ce que Paul appelle la folie de la croix, est la conciliation de ce double fait des souffrances du Sauveur et de l’amour dont Dieu n’a cessé de l’aimer. Cela revient au fond à concilier la justice et l’amour en Dieu.

14 afin que la bénédiction d’Abraham parvînt aux païens par Jésus-Christ, afin que nous reçussions par la foi l’Esprit promis.

Grec : « Devint pour les païens en Jésus-Christ, afin que nous reçussions la promesse de l’Esprit ». Par la mort expiatoire de Christ, la bénédiction promise à Abraham a pu s’étendre aux païens, à tous les peuples.

Puis, dans le second membre de la phrase, l’apôtre parle à la première personne nous, et marque ainsi que les Juifs aussi ont part à cette bénédiction qui est le fruit du sacrifice de Golgotha. Le mur de séparation qui, par la loi, s’élevait infranchissable entre Juifs et païens est tombé : « Christ est notre paix » (Éphésiens 2.14-18).

L’apôtre insiste sur cette bénédiction d’Abraham à laquelle nous avons part par le sacrifice de Christ et par la foi ; il la désigne comme la promesse de l’Esprit.

Recevoir la promesse, c’est en obtenir la réalisation (Hébreux 10.36 ; Luc 24.48 ; Actes 1.4). Or le bien immense qui était promis, c’était l’effusion de l’Esprit de Dieu, après que l’œuvre de la rédemption serait accomplie (Ésaïe 44.3 ; Jérémie 31.33 ; Ézéchiel 36.27).

Et comme cet Esprit est reçu par la foi, et non par la loi, l’apôtre rentre ainsi dans son premier argument, (verset 2) et prépare celui qui va suivre, également tiré de l’alliance de Dieu avec Abraham.

15 Frères, je parle selon l’homme. Lorsqu’un testament a été ratifié, bien que fait par un homme, personne ne l’annule ou n’y ajoute.
Plan
II. Suite : La loi n’a pu annuler la promesse. Le vrai rapport des deux

Personne parmi les hommes n’annule un contrat dûment ratifié ; or Dieu a fait les promesses à Abraham et à sa postérité qui est en Christ ; ce testament ne saurait être annulé par la loi venue quatre cent trente ans plus tard ; en effet, si l’héritage avait lieu par la loi, la promesse serait nulle ; or Dieu l’a donné par la promesse (15-18).

Pourquoi donc la loi ? Elle a été ajoutée à la promesse pour faire ressortir les transgressions, jusqu’à la venue du Sauveur, et elle a été donnée par l’entremise d’un médiateur, tandis que Dieu seul a fait la promesse (19, 20).

La loi n’est donc point en contradiction avec la promesse ; car par sa nature elle ne peut ni vivifier, ni justifier ; elle place, au contraire, tous les hommes sous le péché, afin qu’ils se réfugient par la foi dans la promesse ; elle les enferme sous sa garde jusqu’à la révélation de la foi ; elle a donc été un pédagogue pour nous amener à Christ qui nous en a émancipés par la foi (21-23).

En effet, vous êtes devenus des enfants de Dieu par la foi, revêtus de Christ par le baptême, et il n’y a plus de distinction de nationalité, ou de religion, ou de rang, ou de sexe, mais tous ceux qui sont à Christ, sont les vrais enfants d’Abraham et héritiers de la promesse (26-29).

15 à 29 la loi n’a pu annuler la promesse, le vrai rapport des deux

C’est-à-dire à la manière des hommes : « Je vais raisonner d’après des principes reçus par tous les hommes dans les rapports mutuels de la société ».

L’apôtre s’adresse à ses frères, avec affection. Ses impressions douloureuses, indignées, (verset 1) se sont adoucies, et c’est dans cette disposition qu’il va exposer le plan de Dieu, selon l’alliance de sa grâce.

Ou « alliance ; » un contrat, en général. Ici, toutefois, l’idée d’un testament paraît prédominer (verset 18 ; comparez Hébreux 9.16 ; Hébreux 9.17), parce que Dieu, dans son alliance avec Abraham, donna, par un acte de sa volonté seule, une promesse de grâce, sans condition réciproque à remplir.

16 Or, les promesses ont été faites à Abraham et à sa postérité. ne dit pas : Et aux postérités, comme s’il eût parlé de plusieurs, mais il dit, comme parlant d’une seule : Et à ta postérité, qui est Christ.

Après avoir posé un principe reconnu, (verset 15) puis ici un fait, l’apôtre tire sa conclusion positive au verset 17. Les derniers mots du verset 16 ne sont qu’une remarque incidente.

Parmi les promesses générales adressées à Abraham, (Genèse 12.3 ; Genèse 18.18 ; Genèse 22.18) Paul fait spécialement allusion à celle qui se lit dans Genèse 13.15. Là, Dieu promet à Abraham et à sa postérité la possession de la terre de Canaan, c’est ce que Paul appelle l’héritage, (verset 18) c’est-à-dire, en premier lieu, le pays de Canaan, puis, spirituellement, « le monde », (Romains 4.13) la terre entière, renouvelée par la rédemption, le règne de Dieu, ce qui revient à l’idée exprimée au verset 14 dans cette parole : « la promesse de l’Esprit ».

Le pays de Canaan n’était pas le dernier but de la promesse, il n’en était que le symbole ; c’est pourquoi, longtemps après qu’Israël en eut pris possession, David prophétisa le vrai repos (Hébreux 4.8 et suivants). De même, la postérité à laquelle s’adressait la promesse de posséder Canaan, n’était pas exclusivement ce peuple d’Israël qui y fut introduit par Josué, mais le vrai peuple de Dieu, les rachetés de Christ, mis par lui en possession du repos éternel qu’il leur a acquis (verset 29). Cette dernière remarque est essentielle pour l’intelligence des paroles qui suivent dans notre verset.

Voici un des passages de l’Écriture qui ont donné aux exégètes le plus de travail, et à la critique une abondante pâture. « Voyez, a-telle dit, à quelle interprétation arbitraire et rabbinique l’apôtre a recours ! Il raisonne sur le singulier et le pluriel d’un mot qui n’a jamais de pluriel, il applique à une seule personne (Christ), une expression (postérité, semence) qui ne peut avoir qu’un sens collectif, et tout cela, afin de plier forcément une parole de l’Écriture à ses propres idées. Que peut-il prouver par là ? »

À ces objections qui, philologiquement, sont parfaitement fondées, voici ce que répond l’exégèse de l’école opposée : Tout ce que veut dire l’apôtre, c’est que, dans la parole qu’il cite, il ne saurait être question de plusieurs postérités, ce qui serait véritablement le cas s’il y en avait une qui obtint l’héritage selon la promesse et une autre qui pût y prétendre par les œuvres de la loi (versets 17, 18).

C’est exactement ce que l’apôtre développe plus au long en parlant d’Abraham dans Romains 4.16, où il mentionne aussi plusieurs postérités :

« C’est donc par la foi », dit-il, après avoir montré que Juifs et païens sont héritiers de la promesse, « afin que ce soit par grâce, pour que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est de la loi, mais aussi à celle qui est de la foi d’Abraham, le père de nous tous » (Romains 4.16).

Il est même un autre sens encore dans lequel l’Écriture pourrait parfaitement parler des postérités d’Abraham, et de postérités à tous égards très distinctes : celle par Agar et Ketura, et plus tard par Ésaü, n’a rien de commun, dans l’histoire du règne de Dieu, avec sa postérité par Isaac et par Jacob.

Et même dans sa postérité par Jacob, « ce ne sont pas tous ceux qui sont de la semence d’Abraham qui sont ses enfants ; » (Romains 9.6 et suivants) mais la seule vraie postérité c’est Christ et ses rachetés, son Église qui est son corps, selon l’interprétation de Calvin. Voilà pour l’emploi du mot postérité, ou semence, au pluriel.

Quant à l’application de ce mot, toujours collectif (voir pourtant Genèse 4.25 en hébreu), à une seule personne, Christ, cette objection est déjà réfutée par ce qui précède ; si l’on entend par Christ, non seulement le Christ historique, personnel, mais le Christ idéal, c’est-à-dire Christ et son Église, alors l’idée est réellement collective comme le mot, et telle est souvent la pensée de l’apôtre (Galates 3.29 ; 1 Corinthiens 1.13 ; 1 Corinthiens 12.12 ; Éphésiens 1.22 ; Éphésiens 1.23).

Toutes les promesses faites au peuple de Dieu embrassent Christ, en qui seul elles s’accomplissent, et toutes les prophéties relatives au Sauveur embrassent aussi son Église, recueillie par la même foi de tout peuple, de toute langue, de toute nation.

De ces objections et de cette défense on peut conclure que la pensée de Paul est vraie, lumineuse au point de vue des Écritures, si même l’argumentation sur laquelle il la fonde est grammaticalement défectueuse.

17 Voici donc ce que je dis : Qu’un testament antérieurement ratifié par Dieu, la loi, qui est venue quatre cent trente ans après, ne l’annule pas de manière à anéantir la promesse.

Ratifié par Dieu à Abraham (voir verset 15). Le texte reçu ajoute ici : « ratifié envers Christ ou à l’égard de Christ ». Ces mots, non authentiques, devaient, dans la pensée du correcteur, reproduire l’idée du verset 16.

Paul applique ici sa comparaison du verset 15 et argumente du fait déjà indiqué au commencement du verset 16. Ainsi :

  1. on n’annule pas un testament authentique (verset 15) ;
  2. il a été donné à Abraham par la promesse ;
  3. cette promesse ne peut être annulée par la loi, venue si longtemps après.

En rappelant les 430 ans pendant lesquels les Israélites furent en Égypte, (Exode 12.40) depuis les dernières promesses réitérées à Jacob jusqu’à la loi, l’apôtre n’entend point observer une chronologie rigoureuse, mais exprimer seulement par ce chiffre connu le long intervalle écoulé entre la promesse et la loi : celle-ci ne pouvait en aucune façon annuler celle-là.

18 Car si l’héritage est par la loi, il n’est plus par la promesse ; or, c’est par la promesse que Dieu l’a gratuitement donné à Abraham.

Grec : « Dieu l’a gratifié (donné par grâce) à Abraham par la promesse », sans aucune condition. Ce don étant irrévocable, (verset 15) reste pour tous le seul moyen d’obtenir l’héritage à l’exclusion de la loi (comparer Romains 4.4-5 ; Romains 4.14).

19 Pourquoi donc la loi ? Elle a été ajoutée à cause des transgressions, jusqu’à ce que vînt la postérité, à qui la promesse avait été faite ; elle fut promulguée par des anges, par l’entremise d’un médiateur.

Les Juifs devaient nécessairement opposer à l’apôtre l’objection qu’il prévient ici : Puisque le salut est par grâce, fondé uniquement sur la promesse de Dieu et reçu par la foi sans les œuvres de la loi, pourquoi cette loi sainte donnée avec tant d’éclat, qui remplit une si immense place dans la vie du peuple d’Israël (Voyez la même question Romains 3.31) ?

La réponse de l’apôtre est conforme à tous les enseignements de l’Écriture sur le but de la loi : Elle a été ajoutée à cause des transgressions, c’est-à-dire, d’une part, pour donner au transgresseur la conscience humiliante de son péché, faire abonder en lui le péché, le porter par là à soupirer après la rédemption, et ainsi le ramener à la « promesse ; » (Romains 3.20 ; Romains 5.20 ; Romains 7.13) d’autre part, pour empêcher, ne fût-ce que par la crainte du châtiment, les plus grossières manifestations de la corruption (versets 23, 24).

C’est-à-dire Christ, la vraie postérité (comparer verset 16, note)..

L’Ancien Testament ne mentionne pas la présence ou le ministère des anges dans la promulgation de la loi sur le Sinaï, à moins qu’il ne s’agisse de « l’ange de l’alliance » ou « de l’ange de la face de l’Éternel ». Dieu parlait lui-même à Moïse. Mais cette idée, introduite dans la théologie juive par la traduction grecque du passage Deutéronome 33.2 (qui rend saints par anges), fut dès lors généralement reçue.

Paul et le Nouveau Testament l’adoptent (Actes 7.53 ; Hébreux 2.2) en conformité avec cette notion biblique que le Dieu souverain ne se communique pas directement aux hommes (Exode 33.20-23 ; Jean 1.18).

Quant au médiateur de la loi, il ne peut être que Moïse, et nullement, comme le veulent Calvin et d’autres, le Fils de Dieu, ce qui serait en contradiction avec le raisonnement de l’apôtre au verset suivant

Mais quelle est l’intention de l’apôtre en rappelant ces circonstances de la promulgation de la loi ? Les uns pensent qu’il veut en relever la dignité ; les autres, qu’il veut en faire sentir l’infériorité relativement à la nouvelle alliance. Ce fut le peuple lui-même qui alors demanda avec instance la médiation de Moïse, ne pouvant supporter la présence ni la parole directe de l’Éternel, (Exode 20.18 ; Exode 20.19 ; Deutéronome 5.5) preuve nouvelle que ce n’est pas la loi qui réconcilie le pécheur avec le Dieu saint (verset 21).

Le peuple ne pouvait pas même entendre la loi : comment eûtelle pu le rendre juste ?
— Luther
20 Or, le médiateur ne l’est pas d’un seul, mais Dieu est un seul.

Aux paroles qui précèdent (verset 19) et qui forment avec celles qui suivent (verset 21) l’ensemble le plus clair, Paul ajoute ici une remarque incidente, très obscure par sa brièveté même.

Peu de versets de l’Écriture ont autant occupé les commentateurs. Il serait inutile de citer leurs interprétations, infiniment diverses.

Voici la traduction littérale, d’après laquelle chaque lecteur pourra s’efforcer de trouver à ces paroles le sens qui rentre le mieux dans l’ensemble de la pensée de l’apôtre : « Or le médiateur n’est pas d’un, mais Dieu est un ».

À propos du médiateur qu’il vient de nommer, l’apôtre pose ce principe bien connu, qu’un médiateur ne l’est jamais d’un seul homme, d’une seule partie, mais de deux, qui sont divisées, et qu’il s’agit de rapprocher, de réconcilier. Tel était Moïse, entre Dieu et le peuple ; mais seulement pour un temps ; car l’économie de la loi est transitoire puisqu’elle suppose deux volontés unies par un médiateur et qu’elle reçoit de l’une des parties contractantes, le peuple d’Israël, son caractère temporaire et limité ; tandis que Dieu, qui est un seul Dieu, absolu, indépendant, a donné la promesse de grâce à Abraham (versets 15-18) librement, sans médiateur, sans conditions, sans aucun contrat, et la promesse reçoit de ce fait un caractère permanent et universel ; elle est immuable et unique comme son auteur.

Dieu a bien voulu ensuite admettre la médiation de Moïse ; mais quand la promesse sera accomplie, (verset 19) la médiation de Moïse pourra cesser, son ministère par la loi ayant atteint son but. Ainsi donc la loi n’est pas contraire aux promesses de Dieu (verset 21). Le même Dieu qui a donné les promesses a donné aussi la loi qui devait y préparer son peuple, et il reste toujours un, toujours le même dans ses desseins.

Tel est à peu près le sens sur lequel s’accordent les meilleurs exégètes. Il peut se compléter par cette remarque de J.-F. von Meyer :

Dieu est un, c’est-à-dire qu’il ne souffre point d’opposition ; c’est pourquoi nous devons, comme enfants de Dieu, parvenir à l’unité divine par un Médiateur plus grand que Moïse, (Hébreux 8.6 ; 1 Timothée 2.5 ; Romains 9.5) et alors notre séparation d’avec Dieu (qui a donné la promesse sans médiateur) disparaîtra.
— comparer versets 26-28

Il faut mentionner encore l’opinion de ceux qui, comme Calvin, entendent ici par le médiateur non pas Moïse, mais Jésus-Christ, et interprètent notre passage ainsi : « Ce médiateur ne l’est pas d’un seul peuple (les Juifs), il l’est aussi des païens ; mais Dieu est un seul Dieu qui réconcilie les uns et les autres avec soi, qui a donné aussi bien la promesse de grâce que la loi ».

Ce sens n’est pas du tout en harmonie avec l’ensemble du raisonnement de Paul dans ces versets.

21 La loi donc est-elle contraire aux promesses de Dieu ? Loin de là ! Car s’il eût été donné une loi qui pût vivifier, la justice viendrait réellement de la loi ;

Et alors la promesse serait anéantie, (Romains 4.14) Dieu se contredirait, il ne serait plus un, (verset 20) il y aurait deux voies opposées de salut et deux postérités d’Abraham, l’une par la promesse, l’autre par la loi (verset 15, note) ; et les faux docteurs seraient fondés à s’opposer à la doctrine de Paul. Mais… (verset 22)

22 mais l’Écriture a tout renfermé sous le péché, afin que ce qui avait été promis fût donné, par la foi en Jésus-Christ, à ceux qui croient.

Grec : « Afin que la promesse qui est de par la foi de Jésus-Christ, fût donnée aux croyants ». Ainsi la loi, bien loin de pouvoir vivifier, (verset 21) n’a fait qu’enfermer tous les hommes sous le péché, (comparez Romains 11.32) leur en a fait sentir les chaînes et l’esclavage, sans leur laisser le plus léger espoir de se délivrer par eux-mêmes, (verset 12, note) afin qu’ils se sentissent pressés de recourir, par la foi, à la promesse et à celui qui l’a accomplie, Jésus-Christ (Romains 1.17 ; Romains 3.22).

L’apôtre ne dit pas ici : la loi, mais l’Écriture, parce que tout l’Ancien Testament concourait au même but, manifester le péché, à l’exception de la promesse faite à Abraham, puis réitérée et confirmée par la parole des prophètes. Mais la promesse ouvrait aux regards de l’homme une tout autre voie de salut (verset 8, note)..

23 Or avant que la foi vînt, nous étions enfermés sous la garde de la loi, en vue de la foi qui devait être révélée.

Grec : « Nous étions enfermés, gardés sous la loi, (verset 22) pour la foi qui devait être révélée ».

Par la foi, l’apôtre entend ici l’objet de la foi, tout l’Évangile. En effet, il ne faut pas oublier qu’avant la venue de cette foi, sous l’ancienne alliance, la foi considérée en elle-même, la foi subjective et personnelle existait déjà.

L’apôtre nous le dit lui-même d’Abraham, (Galates 3.6 ; Romains 4.1 et suivants) de David (Romains 4.6 et suivants). L’épître aux Hébreux dit d’une multitude de croyants : « Tous ceux-là sont morts en la foi » aux promesses, et ont été justifiés par cette foi (Hébreux 11). Mais tout le peuple, et même ces croyants, en une grande mesure, n’étaient pas moins gardés sous la loi, par laquelle Dieu faisait leur éducation pour un meilleur avenir (verset 24). Bien plus, ce rapport de la loi et de la grâce dure encore, et durera toujours, selon le degré de développement où se trouvent les hommes.

Saint Paul entend, par la venue de la foi, le temps où Christ devait venir ; mais toi, tu dois l’appliquer tout aussi bien à l’œuvre que la loi et la grâce opèrent en chaque croyant. Car ce qui est arrivé dans l’histoire lorsque Christ est venu, arrive encore journellement en chaque chrétien qui se convertit : la loi tombe avec ses terreurs ; la liberté, la vie éternelle sont mises en lumière.
— Luther
24 Ainsi la loi a été notre conducteur pour nous amener à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. 25 Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous ce conducteur ;

Le mot rendu ici par conducteur, et que l’on pourrait traduire plus complètement par conducteur d’enfants (Grec : « pédagogue »), désignait, chez les anciens, des esclaves chargés de surveiller les enfants, de les conduire chez les maîtres, etc. Image très juste de la loi, selon le but que lui assigne l’apôtre (versets 23-25).

Ce ministère de la loi, pour amener les hommes à Christ, n’a jamais cessé ; car si Paul ajoute : nous ne sommes plus sous ce pédagogue, c’est en parlant de ceux pour qui véritablement la foi est venue.

Il est toujours, même sous l’Évangile, des multitudes qui n’en sont point encore là, pour qui la foi n’est pas venue, qui, au contraire, se trouvent, comme les Israélites de l’ancienne alliance, à l’état d’enfants, (Galates 4.1 ; Galates 4.2) en qui doit s’accomplir encore le ministère de la loi pour les amener à Christ. Toutes les phases successives de l’histoire du règne de Dieu se reproduisent simultanément, à chaque époque, dans les divers états d’âme.

Sous cette image d’un pédagogue, dit Luther, l’apôtre nous montre clairement comment nous devons employer la loi ; car, de même que le pédagogue conduit les enfants, les punit, les attriste, non dans l’intention que cette discipline dure toujours, mais afin que plus tard ils jouissent des biens de leur père d’autant plus librement et avec joie, ainsi nous devons savoir que si la loi effraie et contriste les âmes c’est afin de les préparer à Christ et à la liberté spirituelle qui doit suivre.
26 car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ.

Grec : « Car tous, vous êtes fils de Dieu, en Christ Jésus, par la foi ».

Tous, tant Juifs que païens, en sorte que ni les uns ni les autres ne sont plus sous le pédagogue : pourquoi donc vous, Juifs, voudriez-vous y ramener vos frères convertis du paganisme ? En s’adressant de nouveau directement à ses lecteurs, tandis que jusqu’ici il n’avait parlé que des Juifs, il leur applique tout ce qu’il vient de dire et en tire les conclusions (versets 26-29).

Si l’apôtre appelle encore fils de Dieu des chrétiens auxquels il vient de faire de tels reproches, (verset 1 et suivants) c’est dans la supposition exprimée au verset suivant, et pour autant qu’ils ne sont point déchus de la foi en Jésus-Christ, malgré leurs erreurs.

27 Car vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ.

Paul affectionne cette image si juste et si frappante : revêtir (voir 1 Corinthiens 15.53 ; 1 Corinthiens 15.54 ; Éphésiens 4.24 ; Colossiens 3.10 ; comparez 2 Corinthiens 5.2-4).

Revêtir Christ, c’est devenir tellement un avec lui, que sa justice nous enveloppe tout entiers, et que sa vie soit notre vie : en sorte que Dieu ne nous voie plus, nous, pécheurs, mais son Fils en nous et nous en lui. Cela seul donne à l’âme l’assurance et la paix pour paraître un jour devant le Saint et le Juste.

Mais comment peut-il dire que tous ceux qui ont été baptisés ont revêtu Christ, puisqu’il s’en faut tant que le baptême soit efficace en tous ? Ne parait-il pas absurde d’unir ainsi la grâce du Saint-Esprit à un signe extérieur ? Je réponds : Paul parle des sacrements de deux manières différentes : s’il a affaire à des hypocrites qui se glorifient de vaines cérémonies, il prêche le vide et le néant de ces choses extérieures, et il attaque vigoureusement cette fausse confiance. Pourquoi ? parce qu’alors il regarde, non à l’institution divine, mais à l’abus des impies qui la corrompent. Tandis que lorsqu’il s’adresse à des croyants qui usent des symboles comme ils le doivent, il joint aux signes la vérité qu’ils représentent. Pourquoi ? Parce que Dieu ne nous montre pas dans les sacrements une pompe trompeuse, mais il nous communique en même temps la chose même que le symbole représente. Dès lors, selon l’institution de Dieu, la réalité est unie aux signes. Si quelqu’un objecte que, par le péché des hommes, le sacrement peut n’être plus en réalité ce qu’il représente, la réponse est facile : les impies ne sauraient ôter aux sacrements leur nature, ni leur efficace, quoique eux-mêmes n’en retirent aucun fruit. Les sacrements offrent aux bons comme aux méchants la grâce de Dieu, et ce n’est pas pour tromper qu’ils promettent la grâce du Saint-Esprit : les fidèles reçoivent ce qui est offert ; les impies, en le repoussant, le rendent inutile quant à eux, mais ils ne peuvent empêcher ni Dieu d’être fidèle, ni la signification des sacrements d’être vraie et réelle. Ainsi l’apôtre ne transporte pas au signe ce qui n’est propre qu’à Dieu, et cependant il constate la force des sacrements, afin que nul ne les prenne pour de vains et froids spectacles.
— Calvin

(comparer sur la doctrine du baptême Romains 6.3-11)

En insistant sur la réalité et l’efficace de cette institution du baptême (et de la cène) pour n’en pas faire « un vain et froid spectacle », il faut se souvenir que Paul ne lui attribue cette profonde signification que pour des hommes qui, avant de recevoir le baptême, avaient été amenés, par la prédication de l’Évangile, à la connaissance du Sauveur, à la foi en lui ; sans cela on tombe dans l’erreur opposée, on fait du baptême et de la puissance de régénération qui lui est attribuée une œuvre magique, un opus operatum, transférant à l’acte en lui-même ce qui ne peut être qu’une œuvre de la puissance et de la grâce de Dieu, et que la foi seule peut s’approprier.

28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni libre ; il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.

Toutes ces différences de nationalité (juive ou païenne), de rang social, de sexe, sont effacées pour ceux qui, par la foi et la régénération, sont devenus un avec Jésus-Christ, et sont transformés par lui à sa ressemblance (verset 27).

29 Or, si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse.

C’est là la conclusion de tout ce que l’apôtre a prouvé, (versets 15-28) c’est un regard qu’il jette en arrière sur sa démonstration : les faux docteurs prétendaient que ceux-là seuls étaient la postérité d’Abraham, qui, entrant par la circoncision dans l’alliance ancienne, observaient toutes les prescriptions temporaires de la loi.

Paul a montré que, dans ce cas, il y aurait plus d’une postérité d’Abraham, puisque la promesse, qui certainement en a créé une, a été donnée longtemps avant la loi (versets 15-18). Il a prouvé ensuite par le but de la loi, qu’elle ne changeait rien aux dispositions que Dieu avait prises par la promesse, puisque la loi n’était qu’un moyen préparatoire, éducateur, pour amener à Christ, en qui n’existent plus de différences (versets 19-28).

Il n’y a donc qu’une seule postérité d’Abraham, celle de la promesse, parfaitement accomplie en Jésus-Christ (verset 29).