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Moïse avait dit contre toute vraisemblance que la lumière a brillé longtemps avant l'apparition du soleil : la science a prouvé que le monde a pu et dû être éclairé longtemps avant l'apparition du soleil.
Moïse avait dit non moins paradoxalement que le monde de la végétation était apparu avant que brillât le soleil : la science a constaté qu'une riche vie végétale s'était épanouie sur la terre antérieurement à l'intervention directe des rayons solaires.
Moïse avait parlé de trois grandes apparitions de la vie organique, l'une végétale, deux animales : la science discerne aujourd'hui trois grandes époques de vie organique, celle de la végétation houillère, et celles des grands amphibies et des mammifères.
Moïse avait représenté l'homme comme le dernier né de la création : la science déclare que l'homme est celui de tous les habitants de la terre qui a clos la série des apparitions nouvelles sur notre globe.
Mais admettons que toutes ces coïncidences de détail ne soient que fortuites ou qu'elles viennent même à être renversées par quelque progrès nouveau, soit dans l'exégèse, soit dans la géologie.
Trois grands traits demeurent et signaleront toujours à l'attention de tout homme éclairé le tableau mosaïque :
1. Le principe de toutes choses : Dieu.
2. La marche des choses : Un progrès constant.
3. Le but des choses : L'homme.
1. Et Dieu dit ! Voilà le mot qui fait le nerf du récit, le refrain, dix fois répété, de ce magnifique poème. Dire, c'est à la fois penser et vouloir. Dans ce parler de Dieu il y a le pouvoir législatif de son intelligence et le pouvoir exécutif de sa volonté ; ce seul mot fait évanouir toute matière aveugle, toute fatalité brutale ; il révèle un principe lumineux, une pensée intelligente et bonne, au fond de tout ce qui est.
Et en même temps que ce : Et Dieu dit, nous apparaît comme la vraie réalité des choses, il nous en révèle aussi la véritable valeur et le légitime usage. Si belle et si bienfaisante que soit l'ouvre, son prix réel n'est pas en elle-même ; il est dans la pensée, dans le cour de l'ouvrier auquel est due son existence.
Dès que nous nous arrêtons à l'ouvre, notre jouissance ne peut être que superficielle et nous sommes, par l'ingratitude, sur la voie d'une idolâtrie plus ou moins grossière. La jouissance n'est pure et complète que lorsqu'elle résulte du contact de notre âme avec l'ouvrier lui-même. Former ce lien est le vrai but de la nature, aussi bien que la destination de la vie humaine.
Derrière ce voile de l'univers visible qui m'éblouit, derrière ces forces aveugles dont le jeu parfois m'épouvante, derrière cette régularité des saisons et cette fixité des lois, qui m'entraînent presque à ne voir partout que le déroulement de la nécessité, ce mot : Et Dieu dit, me révèle un bras puissant, un oil qui discerne, un cour plein de bienveillance qui me cherche, une personne qui m'aime.
Ce rayon de lumière qui, en frappant ma rétine, y dessine avec une netteté parfaite, sur une surface de l'étendue d'un centime, un paysage de plusieurs lieues, c'est Lui qui lui a dit de briller.
Cet air que mes poumons aspirent et qui est formé de deux gaz, dont chacun isolé serait pour moi un poison mortel, c'est Lui qui lui a dit de me vivifier.
Ce sol sur lequel je marche, travaille, bâtis, plante, et sous lequel, à une bien petite profondeur, bouillonne l'épouvantable fournaise, c'est Lui qui l'affermit sous mes pieds.
Ces fleurs et ces fruits que je cueille successivement durant la plus grande partie de l'année, qui me réjouissent de leur parfum, qui me charment par leur saveur, qui me guérissent de leurs sucs, c'est Lui qui les a semés pour moi dans ce beau jardin de la terre.
Ce soleil qui mesure mes années, mes jours, mes heures ; cette lune qui distribue mes années en mois, et mes mois en semaines, c'est Son doigt qui les fait mouvoir l'un et l'autre à la voûte du ciel, comme les deux aiguilles au cadran d'une montre.
Ces animaux variés qui remplissent de vie les eaux, les airs et la terre, et ces animaux domestiques qui me font société jusque dans ma demeure, c'est Lui qui m'en a entouré, soit pour stimuler mon activité par leur résistance et leurs hostilités multiples, soit pour la doubler par leur docile et puissante coopération.
Et si moi-même, enfin, je suis là, comme le chef- d'ouvre de cette création, pouvant me dégager d'elle par la pensée, déchirer par l'adoration ce rideau bigarré qui m'entoure de toutes parts et pénétrer jusqu'au cour qui bat pour moi derrière ce voile dans une sphère à la fois inexprimablement élevée et inexprimablement proche, si je puis saluer du nom de Père celui qui compte les cent quarante mille cheveux de ma tête aussi bien que les milliers d'astres qui circulent au firmament, c'est qu'il a daigné me faire à son image et mettre en moi un rayon de son propre Esprit.
Dieu a dit ! Là est pour mon cour, aussi bien que pour mon intelligence, le prix réel de chaque chose, celui de ma propre existence.
2. Le second trait essentiel, dans le récit mosaïque, c'est l'hommage rendu à la grande loi du progrès. Vers la fin du moyen-âge, on commença à se demander ce que pouvaient être ces coquilles marines que l'on découvrait sur les hauteurs. Les savants émirent là-dessus différentes hypothèses.
Les uns dirent : ce sont des jeux de la nature (lusus naturae) ; d'autres y virent des reflets des astres ; des troisièmes, les vestiges du déluge ; quelques-uns, d'imparfaits essais de la puissance créatrice.
L'idée d'une création qui, ayant précédé l'homme, s'était élevée par degrés, d'étage en étage, jusqu'au couronnement de l'ouvre, ne venait à personne. Et cependant elle était là, consignée depuis trois mille ans, dans le récit mosaïque !
Et si cette loi du progrès, déjà révélée par Moïse, a régné souverainement dans les développements de cet être inconscient qu'on appelle la nature, comment ne continuerait- elle pas à dominer le déroulement moral et spirituel de l'histoire ? Comment une nouvelle série de : Et Dieu dit, ne succéderait-elle pas à la série de ceux que Moïse entendit dans la vision et qui jalonnèrent ouvre créatrice ?
Et si l'homme ne les perçoit pas d'une manière sensible, les faits ne rendent-ils pas clairement témoignage de cette succession d'ordres divins ?
Il est vrai que la volonté créatrice est obligée de compter dans l'histoire avec un nouveau et souvent indomptable facteur, celui de la liberté, ce précieux ressort qu'elle ne veut pas briser, mais gagner et employer.
Elle n'en marche pas moins à son but par d'immenses circuits, et, dans ce milieu si différent le progrès se constate aussi bien qu'au sein de la nature.
3. Le terme du progrès dans la nature, d'après Moïse, c'est l'homme. L'homme, en effet, n'est pas l'une quelconque des créatures terrestres ; il est le but de la création elle-même.
Or comment l'être si magnifiquement privilégié ne continuerait-il pas à être l'objet de la sollicitude et des soins actifs du Créateur ? Comment ne se rapporterait-elle pas à lui, cette série nouvelle des : Et Dieu dit, qui constitue le mouvement ascendant de l'histoire ?
Et ici s'ouvre à notre esprit une grande perspective. D'après les révélations subséquentes consignées dans l'Ecriture, la parole créatrice désignée par Moïse n'est pas seulement une parole parlée, c'est une parole parlante, qui a voulu se créer dans l'homme un organe, selon qu'elle était elle-même l'organe de Dieu.
L'univers est son drame, exécuté à la gloire du Père, et l'homme est le principal acteur dans ce drame. Elle-même est intervenue pour s'unir à l'homme, le gagner à sa cause et faire de lui le collaborateur de son divin travail.
L'homme, en unissant sa volonté à la sienne et en faisant de sa force l'agent de sa volonté créatrice, l'homme, de créature, devient lui-même créateur. Il se révèle déjà comme tel ici-bas dans la magie des arts ; mais ce n'est là que le prélude des ouvres nouvelles auxquelles l'appellera l'avenir.
Et comme se réalisa la prophétie de Caïphe à l'égard du Fils de l'homme (Jean 11:50), ainsi la parole du tentateur à l'égard de l'homme deviendra une vérité : Vous serez comme des dieux.
Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
Dieu dit : Faisons l'homme à notre image. Et l'homme fut créé.
Dieu dit : Que la vérité éternelle brille en la personne de l'homme. Et Jésus parut. 2 Corinthiens 4:6 : Dieu, qui a dit que la lumière sortît des ténèbres, a fait briller sa lumière dans nos cours, afin que nous illuminions les hommes par la connaissance de Dieu en la personne de Jésus-Christ.
Dieu dira : Que toutes choses soient faites nouvelles (Apocalypse 2:15 : Et Celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles). Et Dieu sera TOUT EN TOUS : 1 Corinthiens 15:28 : Afin que Dieu soit tout en tous.
Cette fin est la seule qui réponde à un tel commencement, comme ce commencement est le seul qui convienne à une telle fin.