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La Bible Annotée

Les six jours de la Création

  1. La révélation
  2. La science
  3. La comparaison
  4. Conclusion

III. La comparaison

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Après avoir exposé les résultats généraux des études géologiques, dans leur rapport avec la question générale qui nous occupe, mettons-nous en face du tableau mosaïque, et constatons les points sur lesquels il paraît différer de ces résultats scientifiques et ceux sur lesquels il s'harmonise sans peine avec eux.

Chacun connaît le récit de la création, dans le premier chapitre de la Genèse. Il sera bon cependant de le reproduire ici sommairement, afin d'en indiquer la gradation et d'en bien constater la tendance.

Moïse commence par une parole d'un caractère général et qui comprend tout ce qui suit : Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.

Ce verset cependant n'est pas un simple titre de chapitre ; il renferme déjà l'indication d'un fait positif. Le sens propre du mot créer (barah), c'est faire passer de l'intérieur à l'extérieur, réaliser au dehors ce qui était présent dans l'esprit. Voyez Raphaël Hirsch, Der Pentateuch, tome I, page 4.

Ce mot créa désigne donc en tout cas l'acte fondamental, condition de tous les suivants : la production de la matière première universelle d'où ont été tirés, par voie d'organisation successive, et les cieux et la terre.

Voilà donc avant tout niée l'existence indépendante de la matière, de ce principe aveugle qui dans tous les systèmes anciens coexistait éternellement à la divinité, et, comme un insurmontable obstacle, entravait l'effort de la volonté divine et humaine pour réaliser le bien parfait.

Immédiatement après cette indication générale, le récit abandonne les cieux dont la constitution doit assurément, dans la pensée de l'auteur, avoir eu lieu simultanément avec l'ouvre qui va s'accomplir sur la terre. S'il parle encore une fois des cieux, ce sera au quatrième jour, alors que leur propre organisation sera achevée et lors qu'ils entreront en rapport régulier avec la terre et avec les êtres animés qui l'habitent.

C'est à ce point de vue seulement qu'un tel récit pouvait s'en occuper, car il ne renferme pas un enseignement cosmogonique ; c'est toujours l'homme qu'il a en vue.

Dès le second verset, c'est de la terre, et de la terre seule qu'il s'agit. Elle était, mais sous forme de chaos (tohou vabouhou). Cette expression ne désigne pas un état de désordre et de bouleversement, mais cet état de la matière primitive où aucun être n'existait encore comme distinct, où nul élément ne ressortait en opposition à tous les autres, où toutes les forces et les qualités de la matière étaient indivises. Les substances étaient bien là, mais non comme telles ; elles étaient à l'état latent.

Cependant l'Esprit créateur, principe d'ordre et de vie, planait sur cette matière qui, semblable à une riche cellule organique, renfermait les conditions et, jusqu'à un certain point, les principes de toutes les existences futures. Cet Esprit était la cause efficiente, non de la matière elle-même, mais de son organisation qui allait commencer.

C'était l'agent prêt à exécuter chacun des ordres divins qui dès maintenant devaient se succéder coup sur coup, afin de transformer ce chaos en un monde de merveilles.

Les eaux, sur lesquelles planait cette vertu divine, désignent soit la matière cosmique dans son état primitif, gazeux (l'hébreu n'a pas de mot particulier pour désigner un gaz), soit la mer proprement dite qui déjà, comme une vaste nappe, enveloppait tout le globe.

L'ouvre des trois premiers jours consiste uniquement à préparer le théâtre sur lequel doit apparaître et s'étaler la vie. Celle des trois derniers sera l'apparition et le développement de la vie elle-même, de la vie proprement dite, la vie animale et la vie humaine.

Au premier jour les ténèbres font place à la lumière ; au second, les eaux font place à l'air respirable ; au troisième, la mer universelle fait place à la terre ferme. Ce sont les trois conditions nécessaires à l'apparition de la végétation, qui couronne le troisième jour et qui fraie la voie à celle de la vie animale.

Un premier : Dieu dit, produit la lumière. La mention de cet ordre divin suffit pour faire comprendre au lecteur que cet élément, qu'adoraient tant de peuples orientaux, n'est ni un principe éternel, ni le produit d'une force aveugle, mais l'ouvre d'une volonté libre et réfléchie.

C'est cette même pensée qui s'exprime dans la division de l'ouvre créatrice en six jours et six nuits. La création est ainsi représentée sous l'image d'une semaine de travail durant laquelle un ouvrier actif et intelligent poursuit son ouvre, à travers une série de phases habilement graduées et sûrement calculées en vue d'un but nettement conçu dès l'abord.

Quand il est dit expressément, versets 4 et 5, que Dieu sépara la lumière, en la nommant jour, des ténèbres, qu'il appela nuit, l'auteur veut faire entendre par là que Dieu, aussitôt après avoir créé la lumière, établit une périodicité dans son apparition et dans sa disparition.

Le jour n'est pas la lumière ; c'est un espace de temps éclairé, destiné à l'activité. La nuit diffère également des ténèbres ; c'est un intervalle de temps obscur, destiné au repos, c'est-à-dire à une nouvelle concentration dès forces.

Dès l'apparition de la lumière Dieu ordonna cette alternance, dont les conséquences se montrent infiniment bienfaisantes pour tous les êtres, aussi longtemps qu'ils se trouvent en état de développement.

On a imputé à Moïse, à l'occasion du mot de firmament, employé dans quelques traductions, versets 6 et 8, l'idée que les cieux formaient une voûte solide au-dessus de la terre. Mais le mot hébreu rakijah (de rakah, étendre) indique au contraire un élément susceptible d'expansion ; le mot étendue rend donc beaucoup mieux le sens du terme hébreu.

On pourrait appliquer le mot étendue, dans notre récit, à l'immensité de l'espace et entendre par les eaux d'en haut la matière gazeuse dont se sont formés les astres, et par les eaux d'en bas celle dont s'est formé le globe terrestre.

Mais il est plus naturel de donner ici au mot cieux le sens restreint d'atmosphère terrestre, et d'appliquer l'expression : les eaux d'en haut, à cette masse d'eaux vaporisées qui flottent dans les airs sous forme de nuées, et d'expression : les eaux d'en bas, aux masses liquides qui couvrent une grande partie du globe. Ce sens est celui qui paraît le plus naturellement indiqué par l'opposition entre les eaux et les terres, dans les versets suivants.

L'apparition des terres et leur distinction d'avec les eaux est ouvre du troisième jour, versets 9 et 10. Aussitôt ces trois conditions : la lumière, l'air et le soleil, posées, la première forme de l'existence organisée apparaît, versets 11 et 12 : la terre ferme se couvre d'un tapis de gazon et d'une riche parure d'arbrisseaux et d'arbres portant semence.

D'un côté c'est à l'ordre de Dieu qu'est due cette forme d'existence nouvelle : Et Dieu dit ; et de l'autre c'est de la terre elle-même qu'elle procède : Que la terre produise.

La production des plantes forme la transition de l'ouvre des trois premiers jours à celle des suivants.

En tête de l'ouvre des trois derniers jours, est placée, versets 14 et 18, l'apparition du soleil, de la lune et des astres. La mention de ce fait nous enseigne pourquoi, dans les premiers mots du récit, l'auteur avait parlé de la création des cieux aussi bien que de celle de la terre.

Est-ce maintenant, dans sa pensée, le moment où l'organisation des astres, ou du moins celle de notre système solaire, a été complètement achevée ? Ou bien veut-il dire seulement que c'est à cette heure que, pour la première fois, ces astres déployèrent leur action lumineuse et vivifiante sur notre terre, et commencèrent à entrer en action avec elle comme foyers de lumière ?

Ce second sens paraît plus conforme à la tendance générale du récit et particulièrement à celle de ces mots : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue des cieux.

Tout est en relation avec le développement de la vie animale, et principalement avec l'apparition et l'activité futures de l'homme : Des luminaires qui servent de signes pour les saisons, pour les jours et pour les années.

Si la lumière en général est la condition de l'ouvre des trois premiers jours, la relation de la terre avec les astres et en particulier avec le soleil et la lune est la condition non moins indispensable de l'ouvre des trois derniers.

La description du cinquième jour, verset 20 et 22, nous fait assister à la première apparition de la vie animale. Elle a lieu sous deux formes principales, celles des animaux marins, que les eaux produisent à l'ordre de Dieu, et celle des oiseaux.

Par les premiers l'on doit entendre principalement les poissons et les amphibies : Dieu créa donc les grands poissons et tous les animaux vivants et qui se traînent. (roméseth, de ramas, proprement s'avancer en se traînant.)

Ainsi les deux premiers éléments, l'air et l'eau, sont ouverts à la vie. Le troisième, la terre, est mis en possession de ce présent au sixième jour, versets 24 et 25, par la production des animaux domestiques (behémah, le bétail), des reptiles (rémes, ce qui se traîne sur la terre) et des bêtes des champs (chajath haérets, les bêtes sauvages de la terre).

Enfin le même jour, dans la seconde partie de ce jour, verset 26, Dieu créa l'homme, Adam son représentant ici-bas.
Hirsch, dans l'ouvrage déjà cité, bien loin d'envisager le mot Adam comme le dérivé d'adamah, la terre, renverse le rapport, et cela par d'excellentes raisons philologiques et logiques. Il le déduit du verbe adam, être rouge.

Son corps est tiré de la terre sans doute, comme celui des animaux ; mais Dieu le forme de sa main, et il le pénètre d'une vie émanée de son propre souffle. C'est ici le chef-d'ouvre de cet Esprit qui, au commencement, se mouvait sur les eaux.

Il n'a travaillé et élaboré la matière que pour l'amener à servir, sous la forme du corps humain, d'organe à un esprit qui est sa propre émanation ; car dans l'homme l'Esprit se reproduit lui-même sous forme de créature.

Ce dernier être est le but particulier de l'ouvre des trois derniers jours et en même temps le but général de tout l'ensemble du travail. Sous le premier rapport, l'apparition de l'homme dans la seconde partie du sixième jour, correspond à la création des plantes, dans la seconde partie du troisième.

Comme la plante est l'ornement de la terre ferme nouvellement apparue, l'homme est le couronnement de la vie animale graduellement développée.

Après cela, l'ouvre est complète et le repos du septième jour met un terme, non à l'activité divine en général, mais à l'activité créatrice proprement dite. Le sabbat, ce grand : Jusqu'ici et pas plus loin, qui met fin à l'ouvre divine au sein de la nature, confirme avec éclat la vérité renfermée déjà dans les : Et Dieu dit, qui se sont succédés jusqu'ici : c'est que la terre n'est pas le produit de puissances aveugles et désordonnées, aucun sabbat ne mettrait fin à la fermentation et à l'activité de semblables forces, mais l'ouvre d'un être pensant et maître de lui-même, qui fait tout avec mesure, qui se propose, en agissant, un but précis, et qui, dès qu'il l'a atteint, sait faire rentrer dans leur repos les forces productrices qu'il a mises en ouvre.

Tel est le récit de la Genèse, dans sa majestueuse simplicité. Si ce récit est vrai, ce qui ne fait doute pour aucun Israélite, il en résulte que ni Ormuzd (la lumière), ni Vulcain (le feu), ni Zeus (l'air), ni Cybèle (la terre), ni Apollon (le soleil), ni Diane (la lune), ni le bouf Apis, ni aucun animal, reptile, oiseau ou quadrupède, ni aucun homme, représentant prétendu d'Ormuzd, ou de Brahma, ou d'Osiris, n'a droit aux honneurs divins.

L'attribut suprême, l'existence par soi-même, la déité appartient à Jéhovah seul.

Quelle est maintenant la relation du tableau mosaïque ainsi compris avec les résultats obtenus jusqu'à cette heure par la science ?

Pour commencer par les différences il en est deux qui frappent au premier coup d'oil :

La Genèse parle de jours ; les périodes que supposent les stratifications terrestres et les restes organisés qu'elles renferment, doivent avoir duré des milliers de siècles.

D'après la Genèse, la vie animale n'aurait commencé sur la terre qu'à la suite de l'apparition des plantes, tandis que les plus anciens terrains qui contiennent des restes végétaux présentent déjà des débris de crustacés et de coraux, monuments d'une vie animale contemporaine de cette végétation primitive. A l'époque où se déploya la riche flore carbonifère existaient déjà différentes espèces de poissons et un vertébré respirant (le labyrinthodonte).

Ce sont là des différences dont il ne faut point nier l'importance ; et si nous devions envisager le récit de la Genèse comme le produit d'une dictée divine, nous avouons que nous ne serions pas peu embarrassés de rendre compte de ces deux points sur lesquels il paraît y avoir désaccord entre le récit biblique et les faits.

D'autre part, les traits de ressemblance sont bien plus frappants encore, d'autant plus que, sur plusieurs de ces points, les données bibliques se mettant, comme à dessein, en contradiction avec les apparences sensibles, on ne trouve aucun moyen rationnel d'en expliquer l'origine.

Voici ces ressemblances :

1. D'après le verset deux, la terre, dès le moment où elle a possédé son existence propre, comme globe distinct, aurait été enveloppée d'eau. Or la science constate que les assises dont se compose l'écorce terrestre se sont déposées au sein des eaux, et que par conséquent, dans les premiers âges de son organisation, le globe devait présenter l'aspect d'une surface complètement liquide.

2. Verset trois, la Genèse assigne la création de la lumière au premier jour, tandis que l'apparition du soleil n'aurait eu lieu qu'au quatrième. Elle brave par là l'apparence sensible qui fait de la lumière une émanation du soleil. Mais la Genèse fait mieux encore ; elle pose à la même époque le commencement de la succession régulière des jours et des nuits, succession qui cependant, d'après l'observation la plus vulgaire, est liée à l'apparition et à la disparition quotidienne du soleil.

Aussi tous les esprits superficiels, depuis le génie du sarcasme, Voltaire, jusqu'aux pygmées du Progrès de Delémont, ne peuvent-ils assez tourner en ridicule ces inepties du récit mosaïque. S'ils étaient moins passionnés, ils se diraient peut-être que, tout ignorant que fût Moïse comparativement à leur haute science, il avait cependant deux yeux aussi bien qu'eux ; et ils se demanderaient comment il en est venu à composer un récit si contraire aux plus simples vraisemblances.

Le fait est que les résultats de la science moderne, ignorés encore des savants de Delémont, rendent un hommage éclatant à la vérité du récit mosaïque et à l'étonnante sagesse qui le caractérise. Il est en effet bien démontré maintenant, comme nous l'avons vu, que la lumière est, par sa nature, complètement indépendante du soleil. C'est une vibration de l'éther, dont le soleil est à cette heure, sans doute, l'agent principal, mais qui peut se produire sous l'action de causes multiples.

Ainsi qu'une corde tendue ne vibre point seulement sous l'action de l'archet spécialement fabriqué dans ce but, mais peut vibrer aussi sans l'archet et avant la fabrication d'un archet quelconque, sous l'action d'un simple courant d'air, par exemple, ainsi l'éther qui vibre aujourd'hui régulièrement sous l'action périodique du soleil, a pu former et propager ses ondes lumineuses sans le soleil et avant le soleil. Le son de la harpe éolienne est à celui de la corde touchée par l'archet, ce que la lumière primitive a été à celle du soleil.

Comment Moïse avait-il pu savoir ce que la science a découvert tout récemment et reconnaître que le soleil, au lieu d'être la source de la lumière, n'est que le moyen actuel et temporaire de sa diffusion ? Mais l'autre fait que nous avons rappelé a peut-être droit de nous étonner davantage encore : comment la Genèse parle-t-elle de l'alternance des jours et des nuits, comme d'un phénomène antérieur à l'apparition du soleil ?

Il n'y a rien à objecter, nous l'avons vu, à cette antériorité en elle-même. La science moderne rend compte du fait. Si la lumière primitive, anté-solaire, provenait, comme celle de nos aurores boréales actuelles, de la neutralisation, sur toute l'étendue de l'atmosphère, des deux électricité opposées, cette lumière devait avoir ses moments de lever, de splendeur, de déclin, de pleine cessation.

Par conséquent, selon l'expression du récit biblique, il y a dû et pu y avoir, avant que le soleil se levât et se couchât sur notre horizon, des jours et des nuits, des soirs et des matins. Mais au moment où Moïse écrivait, comment était-il possible d'affirmer rien de pareil ?

C'est ce dont nous attendons et attendrons longtemps encore, sans doute, l'explication. Et cependant le fait du récit biblique est là sous nos yeux dans son indéniable et paradoxale évidence.

3. Verset neuf, la Genèse nous dit que le sec parut au milieu des eaux, et qu'ainsi fut établie la distinction entre la terre et les mers. S'il est un résultat constaté à cette heure par la science, c'est que les continents ont été soulevés graduellement du fond des mers.

4. La Genèse nous parle d'une grande création végétale, dont se couvrirent les terres récemment émergées. La science a constaté, par la découverte des terrains carbonifères, qu'une époque de colossale végétation suivit les soulèvements des premiers terrains dont se compose l'enveloppe terrestre. Les houilles que nous exploitons en sont les monuments.

Et si MM. du Progrès se moquent agréablement de Moïse, qui est assez niais pour placer la croissance des plantes avant la création du soleil, la science leur prouve que Moïse, quinze siècles avant Jésus-Christ, en savait plus qu'eux au dix-neuvième siècle de notre ère. Car elle constate qu'il existe une lumière, autre que celle du soleil, qui possède toutes les qualités nécessaires à la végétation, et que cette lumière a existé au commencement du monde.

5. La Genèse fait apparaître, à la suite de cette grande évolution végétale, le soleil, la lune et les astres sur l'horizon de notre globe. Or qu'a démontré la science ? Elle reconnaît, par la bouche de M. Karl Müller qui n'est pas suspect de partialité en faveur des Ecritures, que pendant les périodes qui ont suivi celle de la végétation houillère, il s'est opéré dans la végétation une transformation de plus en plus complète, qui n'a pu se produire que sous l'action immédiate des rayons solaires, encore empêchée durant l'époque carbonifère.

On a avancé dans ces derniers temps une hypothèse des plus étranges : c'est que la lune pourrait bien n'être autre chose que le fragment de l'écorce terrestre qui remplissait primitivement l'immense cavité de l'océan Pacifique. S'il venait jamais à être démontré qu'il y ait une vérité au fond de cette opinion hardie, on pourrait admettre que le système solaire n'est pas seulement apparu pour la terre à l'époque dont nous parlons, mais que c'est alors qu'il est réellement parvenu à son organisation actuelle et que ses rapports avec notre globe ont été définitivement réglés.

6. A la riche expansion de la vie végétale dans le troisième jour, la Genèse fait succéder une explosion non moins puissante de vie animale, dans les eaux et dans les airs, le cinquième jour. Or la science a prouvé, par les restes d'êtres organisés renfermés dans les terrains des périodes triasique, jurassique et crétacée qui ont suivi à quelque distance celle des terrains houillers, qu'un déploiement de vie animale d'une richesse extraordinaire avait lieu dans les océans de cette époque.

Et, chose plus étonnante encore, c'est à ce moment aussi que la géologie fixe la date de l'apparition des oiseaux. Comment Moïse a-t-il pu affirmer ainsi la priorité de l'apparition des animaux marins et des amphibies par rapport à celle des animaux terrestres ? Et comment a-t-il connu la simultanéité de l'apparition des oiseaux et de celle des habitants de la mer ?

7. A la suite de l'apparition de la vie dans les mers et dans les airs, La Genèse place la création des animaux terrestres, du bétail, des bêtes sauvages et des reptiles. Or la science constate que c'est à l'époque des formations molassiques ou tertiaires, qui se placent immédiatement à la suite des terrains jurassiques et crétacés, qu'apparaissent précisément les trois classes d'animaux indiquées.

D'après les données très précises de M. Heer, la molasse suisse a possédé trois espèces de serpents, dix-huit d'animaux féroces et de rongeurs, et quarante-huit de pachydermes (herbivores) et de ruminants. C'est donc bien la première grande apparition des reptiles terrestres et des mammifères. Il semble que toute une multitude de sujets, soit indépendants, soit d'avance soumis, se pressent sur la surface du globe, à la rencontre de leur souverain qui s'approche.

8. L'apparition de toutes ces formes infiniment variées de la vie organique, végétale ou animale, est attribuée par la Genèse à une succession d'ordres divins : Et Dieu dit, sans que les agents naturels cependant soient niés ou seulement omis ; témoin l'expression : Que les eaux produisent... que la terre produise...

Que dit sur ce point la science ? Nous n'essaierons pas de traiter ici la question de la permanence des espèces. Moïse paraît assurément affirmer ce grand principe que Darwin est loin d'être parvenu à renverser. Mais, à un point de vue plus général encore, que recherche aujourd'hui, et à bon doit, la science ? N'est-ce pas l'accord à établir entre ces deux principes également constatés :

l'un, que la vie ne peut sortir que de la vie ; l'autre, que cet engendrement de la vie par la vie est soumis à des causes secondes et réclame le concours des éléments naturels ?

Moïse n'a pas donné, sans doute, la formule de cet accord. Travailler à la découvrir, est l'une des tâches les plus élevées de la science. Mais n'a-t-il pas posé d'une main hardie et sûre les deux piliers de l'arche qui doit former ce pont si difficile à construire ? Et Dieu dit, voilà la vie, seule capable d'engendrer la vie. Que la terre, que les eaux produisent... : voilà la coopération de la nature franchement affirmée.

Les défenseurs du principe créateur ne doivent pas se laisser aller à nier la vérité renfermée dans ces derniers mots ; et, d'autre part, toutes les découvertes possibles dans le sens de Darwin ne détruiront pas la vérité contenue dans les premiers.

9. D'après la Genèse, la formation de l'homme a été la clôture de l'ouvre créatrice, et cet acte suprême a été accompli le même jour que la création des animaux terrestres. Or la science constate aujourd'hui que les premiers vestiges de l'existence humaine ne se présentent que dans les gisements terrestres les plus récents, tout à la fin de la période tertiaire ; et pourtant encore dans le cours de cette période.

Le sixième jour a donc réellement vu vivre simultanément, comme le dit l'Ecriture, l'homme et les représentants de cette grande création animale qui a immédiatement précédé sa venue. Il n'y a pas eu ici clôture d'une époque, commencement d'une autre. C'est la même période qui a continué.

10. Relevons encore, relativement à l'homme, un point spécial. La Genèse affirme la création d'un couple unique, duquel serait procédé tout le genre humain. Il n'y a pas très longtemps encore que la science protestait de toutes ses forces contre ce dogme de l'unité du genre humain. Elle alléguait les races avec leurs différences anatomiques et physiologiques, et affirmait de son ton le plus tranchant l'impossibilité absolue de les dériver d'un seul couple.

Voilà qu'aujourd'hui cette même science ne recule pas devant la tentative bien autrement hasardeuse de déduire d'une seule et même cellule organique... tous les hommes ? Ce serait trop peu ! Tous les hommes avec tous les animaux ? Ce n'est point encore assez. Tous les êtres organisés, même les plantes, tout cela d'un seul foyer de vie organisée !

O science !

Il s'agissait alors de contredire l'Ecriture sur un point particulier : l'unité de la race humaine. Il s'agit aujourd'hui d'écarter absolument le principe divin dans l'explication de la nature. Alors comme on coulait le moucheron ! Aujourd'hui comme on avale le chameau !

Et la science se prête docilement à tous ces services contradictoires qu'on réclame d'elle ! Facile servante, que l'on prône en public comme la reine du monde, et dont on fait en particulier l'esclave de tous ses caprices.

Quoi qu'il en soit, il est assurément permis d'affirmer à cette heure, de par M. Darwin et consorts, que l'unité de la race humaine, proclamée par la Genèse, n'est plus sujette à aucune objection scientifique insoluble. La théorie de la transmutation des espèces a bien d'autres montagnes à franchir !

11. La Genèse parle d'un sabbat divin, point final apposé par Dieu lui-même à son ouvre créatrice ; jour destiné au bien-aimé de Dieu nouvellement apparu, pour se réjouir en Dieu et s'unir à lui. Et la science démontre qu'en effet, avec l'apparition de l'homme, toute création d'espèces nouvelles a cessé, et qu'au sein de ce repos de la nature, obtenu au prix de si longs labeurs, a commencé immédiatement le travail tout moral de l'homme cherchant son Créateur et transportant en Dieu par l'adoration ce monde que Dieu a posé pour l'homme, par l'acte créateur.

Toute la période actuelle est ce sabbat dans lequel, après le travail achevé, le chef-d'ouvre et l'ouvrier se rencontrent et se saluent avec amour.

Que penser d'une telle série de rapprochements ? Sont-ils accidentels ? Autant vaudrait dire que les deux portions d'un engrenage ne s'emboîtant que par hasard. Sont-ils le résultat de l'observation de la nature ou d'une spéculation philosophique bien dirigée ?

Mais quel travail philosophique eût pu conduire à l'idée d'une lumière apparaissant et disparaissant périodiquement, indépendamment du soleil ? Et si en toute rigueur on pouvait conclure de la simple observation que l'apparition du règne végétal a dû précéder celle des animaux, quelle expérience pouvait conduire à l'idée que l'apparition des animaux marins et celle des oiseaux avaient eu lieu simultanément et avaient précédé celle des animaux terrestres et des reptiles ; que celle-ci enfin avait abouti directement à celle de l'homme ?

On a prétendu qu'il règne dans l'ouvre des six jours une symétrie rationnelle qui suffit à son explication. Au premier jour, la lumière ; au quatrième, les luminaires ; au second, les eaux et l'air ; au cinquième, les animaux marins et les oiseaux ; au troisième, la terre et les plantes ; au sixième, les animaux terrestres et l'homme.

Mais, quoi qu'on puisse penser de ce parallélisme, qui, pour être plus complet, eût exigé que les oiseaux parussent seuls le cinquième jour (comme correspondant à la création de l'air, au second jour), et que les animaux marins ne parussent que le sixième, avec les animaux terrestres (comme pendant de la séparation des eaux et des terres, au troisième jour), la coïncidence de tout cet arrangement avec l'ordre de la création réelle n'en sollicite pas moins, comme nous l'avons vu, une explication autre que celle que toutes les hypothèses rationalistes sont en état de donner.

L'explication cherchée, nous croyons l'avoir esquissée en commençant ce travail. Il faut reconnaître dans ce récit mosaïque une révélation, mais non une révélation sous forme de dictée. C'est bien ici, comme nous l'avions supposé dès l'abord, un enseignement donné sous la forme de tableaux analogues à ceux des visions prophétiques. Et à ce point de vue se trouvent aisément résolues les deux difficultés que nous avons mentionnées en commençant.

Moïse parle de jours, et ce sont des périodes de milliers de siècles qu'il fallait dire ? Nous n'alléguerons pas ici le sens très indéterminé qu'a souvent le mot jour dans l'Ecriture ; mais nous dirons : Si Dieu a voulu faire contempler à Moïse en abrégé les phases principales à travers lesquelles était développée l'ouvre créatrice, le meilleur moyen de lui en donner l'intuition n'était-il pas de lui faire contempler chaque période dans un tableau unique représentant dans une scène grandiose le point auquel l'ouvre était alors arrivée ?

Chacun de ces tableaux était pour l'oil de Moïse un jour ; mais dans ce seul jour étaient représentés tous les jours analogues de cette même période. L'intervalle qui séparait ce tableau du suivant, était une nuit ; et dans cette nuit était figurées toutes les nuits de la même période, pendant lesquelles se préparait lentement la période suivante.

Ainsi passèrent devant lui ces six tableaux représentant les phases les plus caractéristiques de l'ouvre entière. Ces phases, il nous en a conservé le souvenir, mais sans en avoir pénétré lui-même le sens détaillé, pas plus que les prophètes ne pouvaient comprendre distinctement les intuitions qu'éveillait en eux l'Esprit divin. Pierre 1:10-12

Il n'a bien compris dans chaque tableau que l'idée centrale, seule pratiquement nécessaire : Jéhovah, l'Etre unique, auteur de chaque partie de l'ouvre entière.

Nous comprenons aussi, par la nature de ce mode d'enseignement, que ce ne furent que les traits saillants de chaque période, qui purent entrer dans les tableaux et frapper les regards du Voyant. Cette vie végétale et animale, par exemple, qui se développa dès les premiers jours au fond des mers, lui resta inconnue.

Ce ne fut que lorsque la vie végétale fit cette puissante et colossale explosion dont les terrains houillers rendent témoignage, qu'il la discerna. Car elle devint alors le trait essentiel du tableau.

Il en fut de même de l'apparition des grands animaux marins et de celle des oiseaux, dans les âges suivants, et ainsi encore de l'apparition des animaux terrestres et de l'homme dans la dernière période.

Nous sommes en face d'une ouvre de peinture, et non d'un travail de naturaliste et d'érudit. En nous plaçant de ce point de vue nous voyons s'évanouir les difficultés qui nous empêchaient de trouver dans ce récit ce que tant de raisons nous poussent à y reconnaître : le produit d'une révélation.

Pour mettre le sceau au rapprochement que nous venons d'établir entre le contenu des tableaux génésiaques et les résultats du travail scientifique, il ne nous reste plus qu'à essayer de replacer ceux-ci dans le cadre offert par ceux-là, et de réunir ainsi ces deux espèces de données en une seule et même intuition, semblable à celle qui se produisit, au moment de la vision, dans l'esprit du Voyant.

Le morceau suivant est emprunté, en grande partie, à l'admirable ouvrage d'un ouvrier anglais, Hugh Miller, devenu à la fois l'un des meilleurs géologues et l'un des plus brillants écrivains de son pays : The testimonial of the rocks, pages 187-191.

Nous sommes assis avec l'homme de Dieu sur la montagne. L'obscurité nous environne. Autour de nous et au dedans de nous règne ce silence qui est l'avant-coureur des révélations divines. Le sens prophétique dont tout homme est naturellement doué, s'éveille en nous, et de même que saint Jean contemple dans son extase, sur le rocher de Patmos, les derniers âges du monde, et en quelque sorte l'écoulement du temps dans l'éternité, ainsi nous contemplons les premiers jours de l'univers, le fleuve du temps jaillissant de l'éternité.

Au milieu de ces solennelles ténèbres, notre oreille perçoit un bruit sourd comme celui d'une mer agitée par un souffle puissant; dont la surface s'élèverait et s'abaisserait en vagues immenses, et dont les flots par moments s'entrechoqueraient et se briseraient les uns contre les autres.

C'est l'océan, dont notre terre tout entière est encore enveloppée comme d'un linceul. Le souffle qui l'agite est celui de l'Esprit du Créateur qui couve cet ouf mystérieux pour en faire éclore un monde de merveilles, une humanité, un Christ !

Nous sentons que ces ténèbres ne sont pas celles du sépulcre, mais la nuit féconde qui sert de berceau à toute vie. Et dans cette obscurité d'un moment, se trouvent concentrés des siècles sans nombre, les temps qui se sont écoulés depuis la création de la matière jusqu'à la formation de la croûte solide du globe et à la condensation des eaux à sa surface.

Tout à coup une voix rompt le silence de cette longue nuit : Que la lumière soit !

Soudain un jet lumineux, suivi de gerbes éblouissantes qui jaillissent vers tous les points de l'horizon, illumine la scène. C'est une lumière radieuse comme celle qui éclaire de temps en temps les habitants des régions polaires pendant leur longues nuits de plusieurs mois. A sa clarté nous discernons, à travers les vapeurs épaisses qui couvrent la terre, la plaine liquide sans rivage qui nous entoure.

De temps en temps des gaz, se dégageant de la fournaise intérieure du globe, font bouillonner les flots et soulèvent à leur surface un sol qui bientôt s'affaisse et s'engloutit de nouveau. Les jets lumineux perdent peu à peu leur splendeur, et leur éclat pâlissant finit pas s'éteindre tout à fait. Nous n'entendons plus que le bruit des grosses eaux qui se meuvent tout autour de nous. L'obscurité nous environne. Et dans ce jour unique nous avons contemplé la représentation de milliers de jours, qui ont éclairé notre terre avant qu'aucun oil d'homme fût là pour les discerner.

La voix retentit de nouveau : Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et que les eaux d'en bas soient séparées de celles d'en haut.

Il fait jour de nouveau, nos regards se promènent encore sur une plaine liquide qui se confond de toutes parts avec l'horizon. Peut-être y a-t-il de la vie dans le sein de cette mer, de la vie animale et végétale ; mais nous ne l'apercevons point. Ce qui captive nos regards, c'est le changement qui s'opère graduellement dans l'espace au-dessus de l'océan.

Auparavant les vapeurs s'élevaient de la mer comme d'une chaudière d'eau bouillante ; et la lumière étincelante sillonnait des tourbillons noirâtres. Maintenant la mer semble plus calme ; une cloison plus épaisse la sépare sans doute du feu souterrain. Ses eaux tièdes, mues par un frais zéphyr, s'élèvent et retombent en ondulations régulières.

Les vapeurs moins denses s'élèvent plus légèrement vers les régions supérieures ; et lorsqu'elles y rencontrent une température plus froide, elles se forment en épais nuages qui restent suspendus tout à l'entour du globe. Au-dessous de cette sombre enveloppe, entre elle et la mer, apparaît pour la première fois l'air transparent, l'étendue azurée qui sépare la mer aérienne et la plaine liquide.

Tel fut le second jour, dans le tableau duquel se concentre l'image de milliers de jours.

Nous sommes replongés dans l'obscurité, mais non sans pressentir l'approche d'une ouvre plus grande. La voix dit : Que la mer se rassemble en son lieu, et que le sec paraisse, et que la terre pousse son jet !

Pour la troisième fois la scène s'illumine. Le dais d'épaisses nuées suspendu autour du globe n'est pas encore dissipé. Mais sur la scène inférieure quel changement s'est opéré !

L'océan n'est plus cette nappe uniforme ou nos yeux cherchaient en vain quelque point d'arrêt. Les flots se heurtent contre des roches en pointes ou à larges dômes. De longues lignes d'écume blanchâtre annoncent la présence d'îles coralliques à fleur d'eau, contre lesquelles se brise la vague. Nous apercevons même dans le lointain de vastes terres basses et marécageuses.

C'est que, à l'ordre du Créateur, le fond des mers s'est soulevé et les continents ont surgi. Et ces terres nouvellement nées, elles se revêtent sous nos yeux d'un vert et frais duvet. Des mousses, des herbes de marais, des roseaux, des fougères, des forêts de pins et de palmiers paraissent. Ces roseaux de la hauteur des chênes, ces fougères de l'épaisseur de nos marronniers d'Inde, se balancent sur les bords de rivières aux eaux noirâtres et de lacs tranquilles et peu profonds.

Elle est sous nos yeux, dans sa luxuriante richesse, cette flore puissante et tropicale que le Seigneur a conservée à nos temps sous la forme de charbon de pierre.

Au fond de ces eaux la vie se remue, les coraux bâtissent ; d'innombrables mollusques se traînent dans la vase sur ces bas rivages. Mais le trait dominant du tableau, c'est cette admirable végétation que nous venons de décrire ; tout le reste s'efface devant cette incomparable apparition.

Seulement dans ces forêts règne encore le silence de la mort. L'on n'y remarque d'autre mouvement que celui des longues tiges qui se balancent au gré du vent, et des épais brouillards qui se traînent le long des plages marécageuses. Tel fut le troisième jour, échantillon de milliers de jours.

Et tandis que l'obscurité descend de nouveau sur nous, quelque chose d'extraordinaire dans l'état de l'atmosphère nous annonce le progrès nouveau et décisif qui va s'opérer dans l'ouvre divine.

La voix du Seigneur dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue des cieux.

C'est la nuit ; nos regards se dirigent vers les cieux. Le dais de nuages s'est brisé ; et par les intervalles de ces déchirures, nos yeux plongent pour la première fois dans d'impénétrables profondeurs.

Spectacle nouveau, sans pareil : les étoiles scintillent au firmament. A mesure que le ciel se dégage des vapeurs qui nous le voilaient, ces astres se multiplient. Ils étincellent bientôt de toutes parts. La voûte céleste tout entière est là, resplendissante, sans le moindre nuage, au-dessus de nos têtes.

Radieuse, l'étoile du matin brille comme une reine au milieu de sa cour et projette pour la première fois sur notre globe sa pure image. Mais elle ne tarde pas à pâlir. Les vapeurs, répandues à l'horizon en masses légères, semblent s'éclairer ; elles passent du gris au bronzé, du bronzé au doré ; le doré se change en feu... ; un point étincelant paraît au-dessus des eaux ; le soleil est là ; il a célébré son premier lever.

S'élançant dans l'azur, il entreprend hardiment sa course. Les eaux, agitées par le zéphyr du matin, étincellent de ses splendeurs. Sous l'influence des ses rayons brillants, apparaît une végétation nouvelle, ornée de mille couleurs inconnues de la flore précédente.

Un tapis de verdure, plus épais et plus varié, couvre le sol noirâtre des continents. Bientôt nous voyons le flambeau céleste descendre vers l'horizon occidental dans une gloire plus magnifique que celle qui entoura son lever ; et pour la première fois, au point opposé de l'horizon, apparaît le second luminaire de la création terrestre.

S'élevant silencieusement dans la voûte azurée, la lune répand sa douce lumière sur terre et sur mer. Tel fut le quatrième jour, image de milliers de jours. Pourquoi les anges en furent-ils seuls les témoins ? Mais, par l'oil du Voyant, nous venons de contempler aussi quelque chose de ses sublimes beautés.

Pour la cinquième fois la nuit couvre le tableau. Mais la voix a parlé : Que les eaux produisent des animaux en abondance, et que les oiseaux volent sur la terre.

Le jour luit. Semblable à une épouse qui se prépare à recevoir son époux, la terre s'est ornée de fleurs aux couleurs variées. Mais qu'entends-je ? Pour la première fois, une autre voix que celle du Seigneur et celle des grosses eaux, frappe mon oreille. C'est comme un bruit de cris discordants.

Des oiseaux en troupes serrées, comme les insectes dans un soir d'été, volent au-dessus des lacs, ou traversent les forêts, tandis que leurs frères, d'une taille gigantesque, montés comme sur de hautes échasses, se promènent dans les étangs couverts de roseaux, et y poursuivent de gros poissons.

Mais ils deviennent eux-mêmes la proie d'ennemis redoutables. Car c'est également le temps des amphibies rampants, nageants ou volants ; monstres couverts de massives écailles, armés de dents meurtrières, ils hantent les rivières aux longs circuits, ou se traînent sur les prairies humides, ou se tiennent suspendus aux arbres et aux rochers pour s'abattre sur leur proie.

L'océan aussi a sa vie. C'est là que se promènent les géants de l'époque ; ils remuent ses profondeurs des coups de leurs puissantes nageoires, et soulèvent au-dessus de sa surface leurs corps immenses et leurs têtes affreuses. L'eau, l'air, la terre encore marécageuse, tout est saturé de vie animale.

L'Eternel n'a-t-il pas dit : Que les eaux produisent à foison des êtres qui aient vie et qui se meuvent, et que les oiseaux volent sur la terre.

Et à cette voix puissante tous ces êtres nouveaux et inconnus ont apparu ! Et sur cette scène mobile et animée, le soleil s'abaisse, et la nuit couvre bientôt de ses voiles le mystère de ces innombrables vies.

Le cinquième jour est passé, et dans cet unique tableau s'est offert à nos yeux le spectacle de milliers de jours, qui ont luit réellement sur notre globe.

Nous sommes replongés dans la nuit. Pour la sixième fois, la voix retentit : Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce.

Et quand la lumière vient éclairer de nouveau ce théâtre où s'accomplit par degrés l'ouvre divine, quel spectacle s'offre à nos yeux ! Les monstres marins ont disparu. De tous ces horribles amphibies, il ne reste plus qu'un petit nombre d'espèces moins colossales et moins redoutables.

En échange, dans les plaines couvertes de verdure, paissent le bétail et les bêtes des champs ; de grands troupeaux de mastodontes et de mammouths cherchent leur pâture dans les frais herbages de la forêt.

Les bois sont traversés par des troupes de cerfs et d'élans ; l'ours veille sur ses petits dans la caverne ; l'hippopotame se tapit parmi les roseaux ou plonge majestueusement dans la rivière ; le rhinocéros s'ébat dans les marais, tandis que le lion, le léopard et d'autres animaux féroces se tiennent aux aguets dans les fourrés obscurs, prêts à s'élancer sur les troupeaux d'antilopes qui courent à l'abreuvage.

Enfin, à l'heure où le soleil décline et le jour baisse, une parole suprême retentit : Faisons l'homme à notre image.

Et le maître responsable de toute cette création, l'homme formé à la propre image de Dieu, paraît à l'appel de son Créateur sur ce théâtre disposé, orné, peuplé pour le recevoir.

A ce moment cesse l'ouvre créatrice. Le repos de Dieu commence ; mais ce repos est destiné à une nouvelle ouvre, celle de l'éducation morale du genre humain, de sa rédemption et de sa glorification finale.

Le travail de ce septième jour dure encore ; jour sanctifié par Dieu entre tous les autres, mais profané par l'homme, comme ne l'a été et n'a pu l'être aucun des précédents par les créatures dont ils éclairèrent l'existence. Jour à la onzième heure duquel nous sommes peut-être parvenus, et qui sera suivi pour les uns d'un jour sans déclin, pour les autres d'une nuit sans matin.

Dans ce divin jour de sabbat, auquel nous assistons avec l'homme de Dieu sur la montagne, nous contemplons aussi l'échantillon de milliers de jours, de tous ceux qui composent la période dans laquelle nous vivons nous-mêmes, en particulier de tous les milliers de sabbats que Dieu emploie présentement à la sanctification du genre humain et que le genre humain dissipe si souvent à la honte du Créateur.

Résumons-nous et concluons : Conclusion

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